1. Chronologie

  • Début XIXe – Arrivée en Guyane de l’arrière-grand-père africain de Félix Éboué.

  • 1884 – Naissance de Félix Éboué à Cayenne en 1889.

  • 1901 – Arrivée à Bordeaux. Lycée Montesquieu puis Montaigne.

  • 1905 – Baccalauréat de philosophie puis École coloniale à Paris.

  • 1909-1931 – Administrateur colonial en Oubangui-Chari.

  • 1932-1934 – Gouverneur par interim (remplaçant) en Martinique.

  • 1934-1936 – Gouverneur au Soudan (actuel Mali), en AEF1.

  • 1936-1938 – Gouverneur titulaire en Guadeloupe.

  • 1939-1940 – Gouverneur du Tchad.

  • 1940-1944 – Gouverneur général de l’AEF

  • 1944 – Décès au Caire.

  • 1949 – Transfert au Panthéon.

2 – AEF et AOF. Carte extrait de F. Schraeder et L. Gallouedec, Atlas classique, Hachette, 1947

3 – Le regard de l’Italie fasciste sur l’administrateur colonial français

Rappelé de Guadeloupe à la suite des intrigues à Paris des deux députés guadeloupéens, Éboué, se sent humilié d’être nommé au Tchad, dont la frontière nord jouxte la Libye italienne. L’Azione coloniale lui adresse une lettre ouverte en janvier 1939.

«Excellence, je ne sais pas quel effet a produit sur vous, nègre […] votre nomination au poste de gouverneur de la colonie française intitulée lac Tchad; je ne sais pas si vous aviez ou non exprimé votre joie colorée par une de ces belles danses à pieds nus et derrière découvert à la mode de votre pays d’origine, ou si vous aviez fêté le joyeux événement en vous faisant tatouer (une autre gentille coutume que les matelots ont apprise chez les vôtres) une belle égalité fraternité et liberté entre le sternum et le nombril. Mais probablement vous étiez vous donné au Champagne comme ont l’habitude de le faire vos gouvernés […] dans le vaste et décadent sein de la IIIe République entre Montmartre et la tour Eiffel.

Cette revanche de votre race […] sur l’habituelle prédominance blanche doit vous paraître vraiment digne d’une épopée. Et certainement vous vous êtes imaginé votre vie future […] avec une ombrelle, chapeau haut de forme et chemise hors le pantalon ; […] à votre arrivée les visages blancs de vos nouveaux sujets […] se pliant pour un salut démocratique de révérence (et) la grâce […] de leurs dames ont été bien agréables à votre simple et primitive âme.

Mais je vous prie de ne pas vous laisser reprendre par la nostalgie du tam-tam originaire, ne renvoyez pas votre médecin blanc pour le remplacer par un sorcier de la tribu. Car alors pourraient renaître venant […] du temps passé les désirs cannibalesques de vos illustres ancêtres. Vous voilà poussé à goûter la côtelette d’un petit Français colonial à la traditionnelle mode de tournebroche familial. Ne le faites pas excellence, vous à qui par aventure est imposé un nom qui est tiré de … la boue […]

Les petits Français d’aujourd’hui sont tellement coriaces et maladifs que vous pourriez attraper une de ces coliques mortelles qui épouvantaient tellement vos sages chefs noirs, à l’époque de leurs tranquilles indigestions de chair humaine.»

Signé Sim, L‘Azione coloniale, 26 janvier 1939, traduction sommaire établie par le cabinet de Georges Mandel, dans le cadre d’une revue de presse destinée au ministre des colonies, Papiers Mandel, Fonds ministériels 18 AP1, Archives nationales, Section Outre-mers (ANOM), Aix-en-Provence.

3. Le ralliement

« La plupart des administrateurs coloniaux en Afrique n’avaient pas entendu l’appel de de Gaulle et ne le connaissait pas de toute façon […] Mais immédiatement après le 18 juin, une majorité de gouverneurs et de militaires en Afrique affirma sa détermination à continuer le combat […]

Le 8 juillet […] le (gouverneur général) Boisson […] affirma publiquement que le groupe de colonies ne pouvait pas continuer la guerre […] Le 20, Boisson atterri à Fort Lamy. […] Aux dires d’un récit, au moins un homme voulait l’abattre. D’après un autre, certains pressèrent Éboué de l’arrêter […] Le général de Gaulle et les Britanniques à Londres approuvaient formellement l’idée que le chef français allait agir en mettant sur pied une force française constituée de volontaires […] Les Britanniques garantissaient de fournir cette force avec les équipements utilisés par leur propre armée […] le 5 août, de Gaulle envoya trois hommes en mission en Afrique. Il s’agissait du commandant Leclerc […], de René Pleven […] de de Larminat […] et de Colonna d’Ornano […]

Le 26 août, les Européens de la colonie furent invités à l’hôtel de ville de Fort Lamy. Pleven et d’Ornano se tenaient à l’arrière de la salle. Le colonel Marchand se tenait à l’avant avec Éboué à ses côtés. Marchand lu une déclaration rédigée par Pleven, Éboué et Laurentie qui proclamait le ralliement du Tchad au mouvement qui se formait derrière le général de Gaulle et à l’alliance avec les Britanniques […] :  » La restauration de la grandeur et de l’indépendance françaises exige que la France d’outre-mer continue la lutte aux côtés de la Grande-Bretagne (et nous) proclamons l’union de ce territoire […] aux Forces françaises libres du général de Gaulle. «  

Il revint à Marchand plutôt qu’à Éboué, de lire la déclaration […] parce que les représentants de de Gaulle voulait conférer une dimension militaire au mouvement de la France libre. Le préjugé racial au sein de l’armée peut aussi avoir eu une influence sur le choix de Marchand, qui était blanc […] En trois jours, le mouvement du général de Gaulle devint autre chose qu’un groupe de désespérés réunis à Londres […] Le général de Gaulle établissait son autorité sur un vaste […] territoire (et) de plus de 7 millions d’individus […] (Il) déclara immédiatement que le Tchad avait montré le chemin du devoir et donnait le signal de la reconquête de tout l’Empire et […] éleva Éboué ainsi que e Larminat et Leclerc à l’ordre de la Libération qu’il venait de fonder. Leclerc dédicaça une photo de lui-même « Au gouverneur général Éboue dont la position en 1940 sera toujours un exemple historique à tous les Français”. Le 8 octobre, (de Gaulle) s’envola pour le Tchad où Éboué invitait Européens et Africains à l‘accueillir dans l’enthousiasme […] Le 9 novembre, de Gaulle écrivit une longue lettre personnelle à Éboué […]  » Il n’y a plus de doute sur le fait que Vichy est définitivement pour la collaboration avec l’Allemagne et l’Italie, une collaboration qui sera un complet esclavage.«  »

Traduit et rétro-traduit de Brian Weinstein, Éboué, New-York, Oxford University Press, 1972, p. 233-257.

  1. Quelle était l’origine de Félix Éboué ? Les natifs de Guyane, Martinique, Guadeloupe et de la Réunion étaient-ils citoyens français ou indigènes ?

  2. Éboué était-il la preuve d’une absence totale de préjugés ?

  3. Quel regard portait l’Italie fasciste sur la nomination d’Éboué au Tchad ?

  4. Quelles sont pour l’historien, Brian Weinstein, les deux raisons pour lesquelles Éboué, chef de la colonie, se tient à l’arrière en laissant parler Marchand, qui représente l’autorité militaire de la colonie ?

  5. Expliquez ce qu’apporte le ralliement du Tchad au mouvement de la France libre initié à Londres le 18 juin 1940 par le général de Gaulle.

  6. Que devient Éboué après le ralliement ? Quelle décision est prise après sa mort, quelques mois après le centenaire de la révolution de 1848 ?