Aux origines du cyberespace : quand nos élèves découvrent que TikTok aurait pu ne pas exister
Les allègement de programme font que l’OTC « Le cyberespace : conflictualité et coopération entre les acteurs » est à présent traité une année sur deux. Ce sera donc pour l’année scolaire 2026-2027, si du moins nous n’avons pas encore droit à de nouvelles surprises … Toujours est-il que le moment venu, nous faisons face à un défi complexe : comment faire comprendre à nos élèves que le cyberespace n’est pas quelque chose de naturel, mais bien le produit de choix politiques ?
Ils vivent dans un monde où « Google = internet », où « TikTok = les réseaux sociaux », où la surveillance de masse leur semble aussi inévitable que la gravité. Pour eux, GAFAM et BATX sont des évidences, pas des constructions historiques.
Le problème : comment déconstruire ce sentiment de naturalité ? Comment leur faire comprendre que rien de tout cela n’était écrit d’avance ?
Voici la solution que je propose à travers cette séquence. Remonter à la source. 1981-1984. Les années où des acteurs — le Chaos Computer Club en Allemagne, Richard Stallman au MIT — ont défendu une vision radicalement différente du cyberespace : décentralisé, libre, coopératif.
Ces visions ont perdu. Le cyberespace actuel est leur exact opposé. Mais c’est précisément cet écart entre vision et réalité qui permet aux élèves de comprendre que des choix ont été faits. Et que d’autres choix restent possibles.
Cette activité propose d’utiliser les textes fondateurs du CCC et de Stallman comme grille de lecture critique du cyberespace contemporain. En 2-3 heures, vos élèves vont mener une enquête historique qui leur fera comprendre plus sur les enjeux géopolitiques du numérique que des heures de cours magistral sur les GAFAM. Maitenant que nous avons du temps, nous allons pouvoir explorer de nouveaux chemins …
Tout ce qui est proposé ici a été testé en classe ces deux dernières années.
L’exploitation de nombreux textes permet de travailler la méthode du commentaire de document, de lire, de décortiquer et tout ce temps consacré à ces questions est donc pleinement utile, bien au-delà de la simple maitrise des enjeux du cyberespace. Certaines activités permettent en outre de travailler spécifiquement la prise de parole, et donc le Grand Oral.
I – Ancrage dans le programme officiel
Positionnement dans le programme
Thème 6 : L’enjeu de la connaissance
Objet de Travail Conclusif (OTC) : Le cyberespace : conflictualité et coopération entre les acteurs
Objectifs du programme :
- Comprendre le cyberespace comme environnement d’information créé par l’interconnexion planétaire
- Analyser les enjeux de pouvoir liés au contrôle des données et des infrastructures
- Identifier les différents acteurs (États, FTN, organisations internationales, société civile)
- Examiner les formes de conflictualité (cyberattaques, cyberespionnage, manipulation de l’information)
- Étudier les tentatives de coopération et de gouvernance internationale
Capacités travaillées :
- Analyser, interroger, adopter une démarche réflexive (savoir construire et vérifier des hypothèses sur une situation historique ou géographique)
- Travailler de manière autonome (procéder à l’analyse critique d’un document)
- S’exprimer à l’oral (présenter à l’oral et de manière critique une production)
Problématique centrale du programme
Le cyberespace est-il un espace de liberté ou de contrôle ?
Cette question traverse tout l’OTC et interroge :
- La tension entre ouverture et fermeture (internet libre vs censure)
- La rivalité entre États pour la souveraineté numérique
- Le rôle des FTN dans la gouvernance de fait
- Les enjeux de surveillance vs protection des libertés
Pourquoi mobiliser les textes du CCC et de Stallman ?
1. Ils apportent une profondeur historique
Le programme aborde le cyberespace comme réalité contemporaine. Or, le CCC (1981) et Stallman (1984) permettent de comprendre :
- Les visions alternatives qui existaient à la naissance du cyberespace
- Comment les choix techniques des années 80 ont façonné le cyberespace actuel
- Que la conflictualité actuelle (surveillance, contrôle, centralisation) était déjà anticipée et contestée dès l’origine
2. Ils incarnent un type d’acteur souvent invisible : la société civile organisée
Le programme mentionne États, FTN, organisations internationales. Mais qui défend les libertés numériques ? Le CCC et Stallman représentent :
- Les hacktivistes (CCC → Anonymous, WikiLeaks)
- Les défenseurs du logiciel libre (Stallman → FSF, EFF, La Quadrature du Net)
- Une forme de contre-pouvoir face aux États et aux entreprises
3. Ils offrent une grille d’analyse critique du cyberespace actuel
Les questions posées par le CCC en 1981 et Stallman en 1984 restent opérationnelles en 2025 :
- « Wem gehören meine Daten? » (À qui mes données ?) → RGPD, scandales Cambridge Analytica
- Les quatre libertés de Stallman → Peut-on les appliquer aux plateformes ? Aux IA ?
- Centralisation vs décentralisation → GAFAM/BATX vs alternatives libres
4. Ils permettent d’interroger le déterminisme technologique
Une idée reçue : « Internet est naturellement libre et ouvert ». Le CCC et Stallman montrent que rien n’est naturel : le cyberespace est le produit de choix politiques et techniques. Il aurait pu être différent. Il peut encore changer.
Je proposerai en fin de séquences les textes et ressources complémentaires nécessaires. Ce travail s’inscrit dans la droite ligne d’une collaboration avec Cliotexte que vous pouvez retrouver ici : Le Chaos Computer Club – 1981 et 1984
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