« Les acteurs et modes de résolution des conflits depuis 1648 » qui vient en miroir du sujet sur la guerre, est un sujet riche qui comporte quelques pièges qu’il faut savoir anticiper avant de livrer un plan trop simpliste. Je propose ici d’explorer le sujet en trois phases. En partant du temps disponible pour un ou une élève, 2H à 2H30 pour laisser du temps pour le commentaire de document, une analyse du sujet sous la forme d’un plan détaillé.
Suivra alors un exemple de copie pouvant être rédigé par un ou une élève, avant de prendre plus de temps pour explorer la richesse du sujet de façon plus approfondie. Ainsi les collègues disposeront de bases pour alimenter les futurs cours et réflexions sur ce thème.
Analyse liminaire
« Acteurs » n’est pas un mot neutre quand on le date de 1648. La paix de Westphalie n’institue pas seulement la fin de la guerre de Trente Ans, elle institue un acteur, l’État souverain, comme sujet exclusif de la guerre et surtout de la paix, celui qui délègue ses plénipotentiaires et qui ratifie. Tout l’arc du sujet est l’histoire de la diversification et de la contestation de ce monopole : l’État souverain au sommet, puis l’acteur collectif (Concert européen, SDN, ONU et ses casques bleus), puis l’acteur non étatique (insurgés, mouvements qualifiés de terroristes, ONG comme MSF et le Kouchner de la résolution 688, sociétés militaires privées, médiateurs).
« Modes de résolution » est à mon sens un terme piégeux. L’Axe 2 distingue quatre états successifs : le conflit géré (la violence est contenue), le conflit terminé (un accord est signé, Belfast 1998), le conflit résolu (les causes s’effacent dans le temps long, Égypte-Israël depuis 1978), et la paix durable (réconciliation, France-Allemagne depuis 1945). Cette gradation interdit de confondre arrêter une guerre et résoudre un conflit. Le mot « résolution » contient donc en lui-même une tension : entre l’événement juridique qui suspend les armes et la transformation lente qui supprime les causes. C’est très exactement l’impensé que Benoist Bihan, lisant Svetchine, reproche à la pensée stratégique occidentale, l’incapacité à penser la sortie de guerre.
« Conflits », au pluriel, refuse de se réduire à la guerre interétatique. Le cours introductif du thème 2 impose la distinction interétatique / intraétatique, ajoute l’asymétrique, et l’OTC montre le glissement « d’une guerre interétatique à un conflit asymétrique ». Or la nature du conflit commande le mode de résolution disponible : un duel entre souverains se clôt par un traité entre égaux, un conflit intra-étatique ou asymétrique y résiste, parce que le statut même de l’adversaire est contesté. C’est ici que se noue le lien entre les deux moitiés du sujet.
« Depuis 1648 » n’est pas une borne anodine. Elle fait de Westphalie la matrice : l’État comme acteur légitime et le traité comme mode canonique sont co-engendrés par le même moment. Le jus publicum europaeum qui en sort règle la guerre entre souverains chrétiens. Le sujet pose donc implicitement la question du devenir de ce couple « État souverain / traité » lorsque les acteurs et les conflits cessent, l’un après l’autre, d’y tenir.
Les tensions cachées
La première, décisive, est que acteur et mode ne sont pas deux questions, mais une seule vue deux fois. Le mode de résolution accessible dépend du statut politique reconnu aux acteurs. On ne fait la paix qu’avec un ennemi tenu pour un hostis, un ennemi public légitime, jamais avec un inimicus rangé parmi les criminels : c’est la criminalisation de l’ennemi chez Schmitt, en affirmant que « nommer la guerre, c’est faire de la politique », avec Gérard Chaliand en témoin. Séparer les acteurs des modes serait donc manquer la démonstration.
La deuxième tension oppose régler et résoudre. La paix des traités peut être porteuse de guerre : Versailles 1919 est traité potentiellement dans l’Axe 2 comme l’échec même de la paix. La plupart des résolutions sont des suspensions.
La troisième tension porte sur la force comme mode de résolution. Peut-on résoudre un conflit en le gagnant ? Le Golfe de 1991 offre le cas-limite : triomphe militaire écrasant qui règle juridiquement l’invasion du Koweït mais ne résout rien, laisse Saddam en place, fabrique la question kurde et nourrit la lame de fond terroriste dont on peut tirer un fil jusqu’au premier attentat du World Trade Center en 1993. La force termine, elle résout rarement, et quand elle paraît résoudre, c’est parfois en abolissant l’adversaire plutôt qu’en réduisant sa volonté.
La quatrième tension est celle de l’acteur collectif dépendant. De la sécurité collective rêvée à la sécurité collective réelle, la conclusion de l’Axe 2 est sans appel : ces instruments restent « entièrement dépendants de la volonté des États », l’ONU s’avère meilleure médiatrice que soldate, l’ex-Yougoslavie est un « laboratoire des échecs », et la réforme bute sur les cinq permanents.
Le piège à éviter
Le piège majeur est le catalogue chrono-institutionnel des modes, c’est-à-dire reprendre une table des matières du cours comme plan : I. les traités (Westphalie, Versailles), II. la sécurité collective (SDN, ONU), III. les nouveaux acteurs (ONG, terrorisme). Efficace pour une cours, il produit un inventaire et non une démonstration, il aligne les modes sans tension maîtresse, et il glisse insensiblement vers une téléologie naïve, le récit d’une paix qui s’institutionnaliserait du chaos de 1648 vers le progrès de la sécurité collective, récit que le cours lui-même démonte (Versailles échoue, l’ONU est dépendante, la Yougoslavie est un laboratoire d’échecs).
Deux pièges secondaires l’accompagnent. Celui de dissocier « acteurs » et « modes » en deux blocs successifs, alors que le « et » du sujet est précisément le lieu de la démonstration. Et celui du présentisme, qui daterait du XXIe siècle la prolifération des acteurs non étatiques, l’asymétrie ou la difficulté à finir les guerres, alors que ces traits sont anciens : c’est l’Alzheimer stratégique, le réflexe contre lequel il faut se garder.
Problématique
On se demandera pourquoi, depuis 1648, l’art de mettre fin aux guerres n’a cessé de se perfectionner sans que celui de résoudre les conflits progresse à la même mesure : comme si arrêter la violence, affaire d’un acte et parfois d’une seule volonté, demeurait toujours plus accessible que de pacifier durablement, affaire de réciprocité, de peuples et de temps.
Réflexion sur le plan
I – Faire la paix fut d’abord tenu, depuis Westphalie, pour un acte d’État, le traité signé entre souverains, dont Versailles révèle l’insuffisance, car régler par l’acte ne suffit pas à résoudre.
II – Le vingtième siècle entreprend alors d’instituer le dialogue des volontés, de la Société des Nations à l’ONU puis à une diplomatie de la reconnaissance, mais cet acteur collectif demeure suspendu au bon vouloir des États.
III – Reste le seuil le plus difficile, celui de la durée, puisqu’une paix ne tient que si les peuples y consentent et si les mémoires se désarment, faute de quoi la résolution se défait à mesure qu’on la signe.
Deux sous-parties, pour tenir le temps. Un « C » est proposé pour une analyse plus approfondie, au-delà des limites de l’exercice du bac.
1 – Le plan détaillé

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