Les cartes qui suivent ont été élaborées à partir des données statistiques fournies par Laurent Joly dans son dernier ouvrage, « L’État contre les juifs”,(1) sorti en octobre 2018 et dont nous avions fait la recension pour les clionautes.https://clio-cr.clionautes.org/l-etat-contre-les-juifs-vichy-les-nazis-et-la-persecution-antisemite.html

Le tableau statistique (p. 94-95) de l’auteur est fondé sur l’exploitation du fichier Excel de la dernière édition du « Mémorial de la déportation des juifs de France » (2) de Serge Klarsfeld. Les chiffres ne concernent que les adultes et excluent les enfants de moins de 16 ans, ainsi que les juifs raflés dans la banlieue parisienne, hors de Paris intra muros. Ces chiffres sont des estimations fort proches de la réalité et dont l’analyse est éclairante à plusieurs points de vue.

(1) L’État contre les juifs. Vichy , les nazis et la persécution antisémite, Laurent Joly, Grasset, 2018. Les informations de cet article et les numéros de pages renvoient à cet ouvrage.

(2) Mémorial de la déportation des juifs de France, Serge Klarsfeld, Filles et Fils des déportés juifs de France,2012.

On remarque d’emblée le rôle essentiel joué par le fichage systématique des juifs de la capitale par la Préfecture de police de Paris. Ordonné par les autorités militaires allemandes, le fichage des juifs est effectué par les fonctionnaires du service des étrangers de la Préfecture à partir du mois d’octobre 1940. Un nouveau fichage plus précis et plus systématique, avec des fiches dactylographiées, est mené à bien pendant l’automne 1941, ordonné cette fois-ci par le “service juif” de la Gestapo en France. C’est, selon Laurent Joly, “l’outil principal des rafles à partir de l’été 1942”. (P.66)

Les cartes mettent en évidence les grosses différences des taux d’arrestations selon les arrondissements: un juif sur 5 dans le 2ème arrondissement contre près de 2 juifs sur 3 dans le 12ème! Laurent Joly avance plusieurs explications pour expliquer ces différences. Plus la population juive est dense et concentrée, plus elle a de chance d’échapper aux arrestations, de fuir à temps, d’avoir été prévenue ou de trouver des complicités pour se cacher. Par exemple, dans le 7 ème arrondissement, là où les juifs sont peu nombreux ( 68 fiches), le taux d’arrestations dépasse les 50%.

L’autre explication réside dans l’attitude des acteurs chargés des arrestations sur le terrain, à savoir les 20 commissaires des arrondissements qui ont sous leur autorité les équipes d’agents travaillant en binôme auxquels on a remis en moyenne 17 fiches. La carte du nombre d’arrestations par équipe est particulièrement éclairante. Le nombre d’arrestations varie de 3-5 à 8-11 par équipes selon les arrondissements, soit dans une proportion de 1 à 3 environ. L’un des facteurs déterminant de ces différences réside dans le comportement des commissaires et des agents chargés d’obéir aux ordres. Manifestement, certains ont accompli leur tâche a minima alors que d’autres ont fait preuve de zèle pour diverses raisons ( antisémitisme, obéissance aveugle aux ordres, carriérisme etc…). Laurent Joly étaye cette thèse de manière convaincante en analysant le comportement de quelques commissaires et agents (pp. 91-102). Ces différences d’attitude ont été déterminantes dans le destin des milliers de juifs étrangers résidant à Paris en juillet 1942, car pour la grande majorité d’entre eux, «le moment précis de l’arrestation, par les agents de la Préfecture de police, constitue bel et bien un véritable arrêt de mort». (p. 102)