Béatrix Pau Des vignes aux tranchées, la grande guerre en pays biterrois
Éditions du Mont – Cazouls les Béziers. 22 €

Des vignes aux tranchées: la grande guerre en pays biterrois.

Discours de la Section socialiste de Villeneuve-les-Béziers à l’enterrement de Léon Boyer (p. 166)

Au pied de cette tombe, prématurément ouverte, je viens en quelques termes émus, retracer la vie de celui que nous venons d’accompagner à sa dernière demeure. Fils d’un modeste travailleur mais sincère républicain, élevé comme tous les déshérités de la fortune à l’école laïque, Boyer fut un élève laborieux et lorsque la Patrie l’appelle, il ne tarda pas à acquérir ses premiers galons dans le Génie. Revenu à la vie civile, il revint à la terre, trimant pour gagner sa vie, et nourrir sa famille: luttant toujours aux menaces de la bourgeoisie spéculatrice. Il était de ceux qui ne fléchissaient jamais et d’une main robuste, il tenait toujours haut et ferme le drapeau rouge qui est celui du prolétariat. Nous qui avons vécu à ses côtés, qui avons partagé les mêmes angoisses, la même misère, lorsqu’une plainte sortait de notre bouche, il savait nous égayer de sa superbe voix.

Toujours dévoué pour les œuvres philanthropiques, toujours le boute en train dans les soirées récréatives, Boyer, quoique pauvre était riche de cœur. C’était le beau temps alors et la classe ouvrière voyait poindre à l’horizon les rayons éclatants d’une ère prospère.

Jalousant cette douce harmonie, ce sol si fécond qui faisait de la France, l’impérialisme prussien convoitant cette richesse, viola les Droits les plus sacrés, piétina la Belgique et l’armée teutonne bondit sur notre pays comme une belle fièvre. Mais nos valeureux amis, oubliant tous leurs querelles politiques animés d’un même sentiment s’élancèrent comme des lions aux devants des Huns. Tu fus un de ceux là, Boyer, et, dans les neiges glacées des Vosges, tu sus défendre pouce par pouce, le terrain de la Liberté que voulait ravir la meute germanique.

À cette fatalité déchaînée contre la France une saison meurtrière vint s’y joindre, et l’hiver 1914 fut très rigoureux et commença à ébranler ta santé et le germe du mal ne t’abandonna plus. Tu fus transporté du front presque mourant ; la terre, qui te vit naître, t’appelait à elle. Combien de nos aînés, combien de pères de famille, tous des héros, n’ont pas eu comme toi avant de mourir les tendres baisers d’une fillette aimée, les soins méticuleux d’une femme adorée et la présence à leur chevet (de) leurs vieux parents attristés. Puisse cette satisfaction apporter un baume à la douleur de ta famille éplorée.

À vous tous Villeneuvois tombés sur le champ d’honneur loin du pays natal, je m’incline profondément. Et à toi, Boyer, cette foule si recueillie qui m’environne, te dit Adieu. Et la Section socialiste de Villeneuve-les-Béziers te salue.Léon Boyer est mort à Villeneuve les Béziers le 20 octobre 1916 des suites d’une maladie contractée au front. A ce titre il a obtenu la mention Mort pour la France. a été prononcé lors de ses obsèques. Le discours manuscrit que la fille de Léon Boyer a remis à Béatrix Pau n’est pas daté mais nous pouvons supposer que son enterrement eut lieu deux à trois jours après son décès.

Adieu Boyer, cher camarade Adieu

Fonds privés – Léon Boyer – 338.