L’exercice proposé permet d’aborder la mutation de la presse sous la 3ème République avec la naisssance et l’essor de  journaux populaires à grand tirage, à travers le cas du Petit Journal. Il s’agit de mettre en activité les élèves, individuellement ou en petit groupe, par l’étude et l’analyse de documents de différentes natures. Cette étude peut bien sûr être adaptée en ne proposant aux élèves que le texte qui contient l’essentiel des informations. Le questionnement est précis et doit permettre lors de la correction en classe un approfondissement de certains aspects. Il s’agit de faire comprendre aux élèves que l’essor de la presse de masse repose sur la combinaison d’un faisceau de facteurs.

 

Un lien utile pour le jalon 1  de l’axe 2 :

Y L’affaire Dreyfus, la presse et l’opinion

 


Corpus documentaire

Doc.1  Le Petit Journal, la presse de masse à la conquête des français…

Lorsqu’en 1863 Moïse Millaud lance Le Petit Journal, cet ingénieux entrepreneur va donner le coup d’envoi au plus grand bouleversement de l’histoire de la presse, celui de l’avènement des quotidiens de masse. Sa formule est inédite : deux fois moins cher que ses concurrents (un sou, c’est-à-dire 5 centimes), sortant sur quatre pages et non plus deux (le format ayant été réduit de moitié), vendu au numéro (alors que les journaux étaient jusqu’ici écoulés sur abonnement), Le Petit Journal vise une clientèle nouvelle et populaire – du petit boutiquier à l’ouvrier instruit – qui renâcle à lire un quotidien en raison du prix de l’abonnement annuel, mais est déjà conquise par la lecture des petits périodiques nourris de faits divers et d’histoires extraordinaires. Le pari est audacieux  : le coût élevé doit être compensé par l’ampleur des ventes. Millaud tente pourtant l’expérience, en appliquant une recette simple : fidéliser le public en satisfaisant son goût pour la fantaisie, le récit, les histoires spectaculaires, bref miser sur la chronique, le roman-feuilleton et le fait divers. L’entreprise réussit au-delà de ses espérances. Afin de répondre à la demande, le quotidien, en 1867, adopte la rotative Marinoni : les machines, mises en batterie, impriment chacune 20 000 feuilles à l’heure. Deux ans plus tard, en pleine affaire Troppmann (un jeune assassin massacre une famille de huit personnes), Le Petit Journal écoule chaque jour jusqu’à 430 000 exemplaires, soit dix fois plus que ses rivaux. Il devient le quotidien le plus vendu dans le monde.

À la veille de la Grande Guerre, quatre quotidiens à un sou frôlent ou dépassent le million d’exemplaires : Le Petit JournalLe JournalLe Matin et Le Petit Parisien, plus fort tirage de la planète (1,3 million d’exemplaires). En 1914, avec près de 10 millions d’exemplaires quotidiens, la presse quotidienne française est devenue la première en Europe, la deuxième dans le monde après les États-Unis. On compte près de 80 quotidiens à Paris, près de 240 en province.  On aurait tort de croire, cependant, que l’essor des quotidiens de masse s’est fait du jour au lendemain. Bien sûr, le succès du Petit Journal a aiguisé des appétits. Mais les débuts du Petit Parisien (1876) ou du Matin (1884) sont, pour le moins, difficiles. En 1880, le premier plafonne à 50 000 exemplaires, alors que son modèle atteint les 600 000. Quant au Matin, il demeure longtemps marginal. En vérité, dans les années 1880, la presse quotidienne reste dominée par les titres politiques, classiques sur le fond mais bénéficiant de la toute nouvelle liberté républicaine (telles La Lanterne ou La Petite République). Or, tout change brusquement dans les deux ou trois décennies qui suivent. Les tirages du Petit Parisien et du Matin s’envolent, rejoints même, en 1892, par ceux d’un nouveau quotidien, Le Journal. Les uns et les autres se livrent une rude bataille dans les kiosques, rivalisant d’imagination pour capter la clientèle, à coups de vastes campagnes d’autopromotion, d’affiches immenses annonçant la publication d’un roman-feuilleton inédit, de concours publicitaires, de manifestations sportives. On attire le chaland avec des titres spectaculaires que hurlent les vendeurs de rue ou en publiant en une – comme Le Petit Parisien, à partir de 1903 – les premières photographies d’actualité, encore limitées à des portraits en médaillons ou des clichés situant l’événement pour le lecteur (comme la façade d’un immeuble ou la pièce, vide, où eut lieu le crime décrit par le reporter). Mais si la presse parisienne triomphe, c’est qu’elle parvient à conquérir la province : un quotidien national comme Le Petit Parisien réalise l’exploit d’arriver dans les plus petits bourgs en même temps que les journaux locaux et de fournir au lecteur des informations souvent plus fraîches et plus fiables qu’eux, grâce à ses correspondants et ses pages départementales. On ne saurait attribuer à un unique facteur l’apparente brutalité de la mutation. Un faisceau d’explications l’éclaire : avec les progrès de l’instruction, la presse de l’âge du suffrage universel dispose d’un marché consolidé qui s’offre bientôt à ses appétits ; le développement du chemin de fer – notamment la construction d’un réseau secondaire – favorise la conquête de la province ; l’essor de la presse quotidienne s’appuie sur un réseau humain de diffusion qui permet de toucher les gares (librairies Hachette) comme les plus petites villes. Surtout, la presse s’adapte à la demande, celle de l’actualité immédiate, de l’information variée et attractive, nourrie de nouvelles et de récits, portée par les nouveaux genres dominants, petit et grand reportage, enquêtes et interviews, qui bouleversent la conception même du journalisme.  

Christian Delporte, catalogue de l’exposition « De la gazette à internet », BNF, 11 avril 2012 au 15 juillet 2012,

Pour un consultation complète du catalogue de l’exposition, voir le lien :

expositions.bnf.fr/ de la gazette à internet

Doc.2 Les « Une » du Petit journal consultables sur Retronews.
retronews.fr/ les Une du petit journal

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