https://www.youtube.com/watch?v=djuLvrGSFiI

https://www.youtube.com/watch?v=cOnk4G8XluQ

Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins,
Que des vieillards tristes en larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux mêmes sont tremblant.
La mode est aux conseils de guerre,
Et les pavés sont tous sanglants.

Refrain
Oui mais !
Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare ! à la revanche,
Quand tous les pauvres s’y mettront.
Quand tous les pauvres s’y mettront.

Les journaux de l’ex-préfecture,
Les flibustiers, les gens tarés,
Les parvenus par l’aventure,
Les complaisants, les décorés
Gens de Bourse et de coin de rues,
Amants de filles au rebut,
Grouillent comme un tas de verrues,
Sur les cadavres des vaincus.

On traque, on enchaîne, on fusille
Tout ceux qu’on ramasse au hasard.
La mère à côté de sa fille,
L’enfant dans les bras du vieillard.
Les châtiments du drapeau rouge
Sont remplacés par la terreur
De tous les chenapans de bouges,
Valets de rois et d’empereurs.


LES OTAGES DE LA COMMUNE DE PARIS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Nous voilà rendus aux jésuites
Aux Mac-Mahon, aux Dupanloup.
Il va pleuvoir des eaux bénites,
Les troncs vont faire un argent fou.
Dès demain, en réjouissance
Et Saint Eustache et l’Opéra
Vont se refaire concurrence,
Et le bagne se peuplera.

Demain les manons, les lorettes
Et les dames des beaux faubourgs
Porteront sur leurs collerettes
Des chassepots et des tambours
On mettra tout au tricolore,
Les plats du jour et les rubans,
Pendant que le héros Pandore
Fera fusiller nos enfants.

Demain les gens de la police
Refleuriront sur le trottoir,
Fiers de leurs états de service,
Et le pistolet en sautoir.
Sans pain, sans travail et sans armes,
Nous allons être gouvernés
Par des mouchards et des gendarmes,
Des sabre-peuple et des curés.

Le peuple au collier de misère
Sera-t-il donc toujours rivé ?
Jusques à quand les gens de guerre
Tiendront-ils le haut du pavé ?
Jusques à quand la Sainte Clique
Nous croira-t-elle un vil bétail ?
À quand enfin la République
De la Justice et du Travail ?

La Semaine sanglante est une chanson révolutionnaire de Jean Baptiste Clément écrite en 1871 à Paris pendant les combats de la commune de Paris.

 

  1. Expliquer le contexte du premier couplet.
  2. À qui est-il fait référence dans le deuxième couplet ?
  3. Quelle a été la répression pendant la commune de Paris ? (Couplet trois)
  4. Qui sont les deux personnages cités dans le quatrième couplet ? Pourquoi sont-ils pris à partie ?
  5. Quel est le sens dans le cinquième couplet de la référence au drapeau tricolore ?
  6. En quoi cette chanson en quoi illustre-t-elle le message politique de la commune de Paris ?

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Question 1: Expliquer le contexte du premier couplet.

Après une succession d’actions du gouvernement prises comme de réelles trahisons pour les parisiens à l’instar de l’occupation prussienne puis de l’armistice signé avec ce même pays qui outre la paix de Francfort, mena également à un défilé de l’ennemi sur les Champs Élysées le 1er mars 1871, les tensions au sein de la capitale ne cessèrent de croître, jusqu’à atteindre leur paroxysme le 18 mars.
En effet, le gouvernement d’Adolphe Thiers, installé depuis peu à Versailles voyait en Paris la ville révolutionnaire par excellence, de peur que des insurrections violentes n’éclatent au sein de la capitale, la décision fut prise de retirer les canons de la butte Montmartre. Ce choix des Versaillais, loin de prévenir les révoltes, les alimenta.
Mars 1871, fut marqué par de nombreux soulèvements populaires menés par le comité central de la garde nationale.
De ce mouvement révolutionnaire, naquit le Conseil général de la Commune, élu le 26 mars 1871, malgré près de 50 % d’abstention.
Loin du gouvernement versaillais, ce dernier composé de 10 institutions elles-mêmes dominées par les artisans, les ouvriers et la petite bourgeoisie était d’une homogénéité remarquable. L’extrême gauche dans toutes ses nuances des blanquistes au proudhoniens en passant par les marxistes y était représentée dans une volonté commune de créer une république fédéraliste.
Les Communards, ne dirigèrent Paris que pendant deux mois, ce qui ne les empêcha pas d’établir des mesures fortes à l’image de la liberté de la presse, la séparation de l’église et de l’état ou encore la laïcité de l’enseignement.
Cependant, en parallèle de ces décisions avant-gardistes, la capitale dès avril ressemblait de plus en plus à ce qu’elle était 80 ans plus tôt, les exécutions ainsi que les violences dans un but de maintien de la République étaient assez courantes en raison de la menace extérieure représentée des armées de Mac -Mahon.
Malgré un engagement fort, et la présence de près de 30 000 soldats pour se défendre, la Commune ne parvint pas à résister et finit par tomber dans la semaine du 21 au 28 mai 1771.
Cette semaine dites sanglante fut marqué par la mort de près de 10 000 personnes, dont un certain nombre fusillés au cimetière du père Lachaise.
Les survivants, eux, furent jugés puis déportés avant d’obtenir l’amnistie 10 ans plus tard.
C’est dans ce contexte aussi violent que traumatisant qu’émanèrent de nombreux chants comme « La semaine sanglante » par Jean-Baptiste Clément dont le premier couplet relate de l’événement du même nom.

2. À qui est-il fait référence dans le deuxième couplet ?

L’énumération du deuxième couplet fait référence à tous les partisans des Versaillais se réjouissant de la chute du premier gouvernement prolétarien.
Ces derniers considéré par l’auteur comme « un tas de verrues » sont issus des sphères les plus hautes de la société.
Parmi eux des « flibustiers » autrement dit des riches escrocs en opposition avec les communards issus pour la plupart de la classe ouvrière. Cette haine des plus aisés et des banquiers communes aux populistes de tout temps se retrouve également dans le terme « gens de bourse ».
En plus d’une bourgeoisie apparaissant comme l’antagoniste logique de la Commune, sont également pris à partie tous les non-communards. Exécutés et emprisonnés du temps de Raoul Rigault, leur manque d’engagement est vu comme un signe de collaboration et leur vaut dans l’œuvre d’être désigné comme « complaisant ».
Le couplet se conclut sur « les cadavres des vaincus », les vaincus étant les 10 000 communards décédés lors de la semaine sanglante.

3. Quelle a été la répression pendant la commune de Paris ? (Couplet trois)

Le troisième couplet de ce chant en l’honneur de la Commune se profile comme le plus riche en références historiques. Dans celui-ci, l’auteur mets en parallèle la violence de la semaine sanglante avec les répressions qui eurent lieu lors de la Commune elle-même. En effet, à l’image de Robespierre près d’un siècle plus tôt Rigault, menacé de toute part se vit contraint d’établir une justice violente et arbitraire afin de protéger une République naissante. Ces actes du ministre de l’intérieur sont reconnus par l’auteur dans le 5ème vers du couplet avec l’expression « les châtiments du drapeau rouge. ». Cependant, ces actes du Comité de Salut public ne sont, aux yeux du parolier, qu’infimes face aux actes des Versaillais « On traque, on enchaîne, on fusille Tous ceux qu’on ramasse au hasard. » Ces derniers ont selon lui remplacé la Commune par « La Terreur ». Si pour une grande majorité la Terreur est celle de Robespierre, ici Jean-Baptiste Clément fait référence à la Terreur Blanche mise en place à la suite de celle de Robespierre par ceux qui furent réprimé par ce derniers : les monarchistes.
De plus, l’auteur n’hésite pas à appuyer cette référence en critiquant Monarchistes et Bonapartistes « Valets de rois et d’empereurs. »

Question 4: Qui sont les deux personnages cités dans le quatrième couplet ? Pourquoi sont-ils pris à partie ?

Suite à l’épisode de la Commune, les monarchistes en attente de trouver un héritier au trône digne de ce nom, se servirent de la République comme régime de transition.
Après la chute de Thiers, ce fût le Maréchal Patrice de Mac-Mahon, déjà en charge du siège de Paris quelque mois plus tôt, qui devint président de la République.
Ce Noble grandement influencé par le Clergé, représenté par des députés à l’instar de l’évêque Dupanloup, met en place l’Ordre moral.
L’Église prit alors une place centrale dans la vie politique du pays, dans une volonté de fédérer les Français autours des valeurs chrétiennes, à l’image de la Restauration avec le Culte Marial.
Cependant, loin d’unir, cette politique renforça l’anticléricalisme Républicain. En effet, la Révolution et la Commune farouchement opposée au clergé et à la Noblesse laissèrent des traces inaliénables et n’eurent de cesse de lutter contre ce gouvernement.
Les personnages de Mac-Mahon et Dupanloup sont aux yeux des partisans de la Commune les symboles même d’une République illusoire dominée par des Clercs. Alors qu’à peine quelques mois plus tôt les Fédérés proclamaient la séparation de l’Église et de l’état, le lien entre ces deux derniers ne fût jamais aussi fort que lors des années qui suivirent.

Question 5: Quel est le sens dans le cinquième couplet de la référence au drapeau tricolore ?

Le drapeau tricolore, s’il est aujourd’hui encore le symbole de notre République, n’a pas la même significations aux yeux des communards qui l’ont rejeté pour le drapeau rouge.
Outre la volonté de supprimer le blanc de la monarchie de leur étendard dans un geste républicain extrême, ce drapeau se dresse dans l’œuvre en présence comme la muraille de l’hypocrisie.
En effet selon l’auteur celui-ci aurait vocation a renforcé l’illusion d’une République rempart contre une Commune tyrannique alors qu’en réalité derrière ce symbole de 1789 se cache l’ombre monarchiste exterminant les « vrais » républicains à l’instar des fédérés « Pendant que le héros Pandore Fera fusiller nos enfants. ».

 

Question 6: En quoi cette chanson en quoi illustre-t-elle le message politique de la commune de Paris ?

L’œuvre de Jean-Baptiste Clément apparaît comme l’illustration parfaite du message politique de la Commune dans toutes ses nuances.
Le premier couplet s’il se profile d’abord comme une simple contextualisation historique, retranscrit en réalité ce qui est à la base de la Commune et plus globalement des mouvements d’extrême gauche. « Paris suinte la misère » est l’expression même d’une classe ouvrière laissée pour compte depuis bien trop longtemps et qui n’a de cesse de s’enfoncer dans le paupérisme.

C’est d’ailleurs ce sentiment d’oppression ressenti par les classes les plus modestes qui amènera aux insurrections que l’on connaît aujourd’hui. Ce soulèvement populaire désiré et attendu par les partisans de la commune « Quand tous les pauvres s’y mettront. » a pour objectif l’instauration de réelles mesures sociales comme celle mise en place lors des deux mois au pouvoir du drapeau rouge.

Cependant, le traumatisme dû à la Semaine Sanglante enrobe les revendications sociales réelles d’une haine viscérale de ceux qui dominent la société. Les plus riches à l’instar des banquiers et de la haute bourgeoisie sont violemment attaqués, les expressions « flibustiers » et « Gens de Bourse et de coin de rues » reprenant l’amalgame classique des politiciens et banquiers corrompus encore très présent aujourd’hui. Cette image ancrée depuis toujours dans les consciences des classes populaires traduisant le manque de confiance du peuple envers ces dirigeants est à l’origine de tous les populismes, on peut d’ailleurs voir en cette citation les prémices de ce que sera le Boulangisme.

Il ressort également de cette chanson un anticléricalisme profond, mis en avant dans le couplet 4, les personnages de Mac-Mahon et Dupanloup étant aux yeux des Communards les porte-paroles d’un ordre moral qu’ils rejettent. En effet, depuis la révolution Française, les républicains refusent le contrôle de l’Église sur la politique nationale, la Restauration et la mise en place du culte marial n’ayant en rien changé cela. De plus, si les républicains dans leur ensemble refusent l’influence Catholique, les communards eux y sont profondément hostiles comme en témoigne la séparation de l’Église et de l’état mise en place par la commune plus de 30 ans avant la loi de 1905.
S’ajoutent à ces ennemis, des adversaires politiques évidents à l’instar des monarchistes « Valets de rois » mais aussi des bonapartistes « [Valets]d’empereurs » alors même que Louis Napoléon Bonaparte en dépit de l’autoritarisme de son régime fut l’un des premiers à constater la misère ouvrière dans son ouvrage « l’extinction des paupérismes ». Mais au-delà de tout cela, ce qui caractérise le plus profondément la Commune demeure et demeurera toujours son aspect révolutionnaire propre à ce qui sera plus tard le Communisme.
En effet la fin du texte et la volonté de l’auteur d’une République « de la justice et du travail » obtenu par des insurrections populaires n’est pas sans rappeler ce qui se déroulera presque 50 ans plus tard, à des milliers de kilomètres de Paris, en Russie.
Ce n’est pas un hasard si le père du Communisme en la personne de Karl Marx définit la Commune comme le premier gouvernement prolétarien de l’histoire.
Se profile alors une question : Au vu de la proximité idéologique entre la commune et la révolution russe, des violences perpétrés à l’encontre des non-communards sous le régime du drapeau rouge mais également dans cette chanson de l’hostilité généralisée envers tous ceux qui n’ont simplement pas voulu prendre part au combat pour défendre cette jeune République, il est légitime de se demander si la Commune, et plus généralement, le communisme sont compatibles avec la démocratie.