Étude de documents
Les mémoires de la guerre d’Algérie

En quoi ce document illustre les problématiques des mémoires de la guerre d’Algérie ? Nous verrons dans un premier temps que cette loi constitue l’aboutissement d’un long et difficile chemin vers le devoir de mémoire puis nous soulignerons qu’elle marque la volonté d’une histoire officielle et qu’à ce titre elle illustre la difficulté d’écrire une histoire critique de cette guerre.

« Une fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie […] est créée ». Que de chemin parcouru depuis les années 1960, où la guerre est appelée « événements d’Algérie » pour mieux lui donner l’apparence d’opérations de maintien de l’ordre face à des terroristes ! Jusqu’aux années 1980-1990, l’Etat a été en effet d’un silence assourdissant sur la guerre et sa position était celle de la négation. A partir de 1999, date à laquelle Jacques Chirac reconnaît qu’il y a bien eu une guerre en Algérie, la « guerre sans nom », « ensevelie » (Stora) est désormais reconnue par l’État qui s’inscrit résolument dans l’acceptation de l’histoire et surtout dans un devoir de mémoire. Cette loi est donc l’aboutissement de cette lente évolution de la position de l’État Français.
Pour en arriver là, il a fallu que les protagonistes de la guerre s’érigent en groupes de pression et luttent pour la reconnaissance de ce qu’ils avaient subi. Les articles 1 et 2, qui cherchent à tous les énumérer, s’en font l’écho : pieds-noirs, harkis, civils et soldats mais aussi population algérienne sont tour à tour mentionnés (on notera cependant que la loi est volontairement imprécise et qu’à aucun moment elle n’évoque explicitement les Algériens tués par les Français). La volonté d’apaiser les blessures mémorielles est évidente tout comme celle d’apaiser les conflits mémoriels en tachant de mettre tout le monde à égalité.
Enfin, « la coopération permettant la mise en relation des sources orales et écrites disponibles en France et à l’étranger est encouragée ». L’État Français tente ici de commencer à construire une histoire transméditerranéenne de la guerre : même si l’État Algérien n’est pas mentionné, c’est bien à lui que s’adresse cette volonté de coopérer. Là encore, l’État s’appuie sur un processus émanant de la société civile : ce sont en effet les historiens (Algériens comme Français) qui les premiers ont collaboré à l’écriture franco-algérienne du conflit.

Benjamin Stora, les mémoires de la guerre d’Algérie


Benjamin Stora, les mémoires de la guerre d… par AUXERRETV

Si l’État s’engage dans un devoir de mémoire, il n’empêche qu’il tente ici d’écrire une histoire officielle et par là-même partiale et partielle
« Elle reconnaît les souffrances… » Sans les mentionner explicitement, sans doute aussi parce qu’ils sont sujets à controverse, le texte évoque les 200 000 à 1,5 million de victimes de la guerre. Elle reconnaît également les « massacres et les exactions » commises pendant la guerre mais refuse de préciser le rôle que l’armée française a joué notamment en terme d’utilisation systématique de la torture sur des populations militaires mais aussi civiles. En revanche, elle évoque explicitement les massacres commis « en violation des accords d’Évian », c’est-à-dire après la guerre par les Algériens (et notamment le FLN) contre les harkis et contre certains opposants externes ou internes aux mouvements de libération nationale.
L’article 5 prend nommément parti pour les harkis et leurs descendants et contredit quelque peu les articles précédents qui présentaient un État soucieux d’unifier les mémoires, de les mettre à égalité. Il montre ainsi que l’histoire officielle française a aussi pour but d’apaiser les revendications de la communauté d’origine algérienne en faisant un geste vers une partie d’entre elle. L’enjeu est évidemment éminemment politique. Il s’agit donc ici d’une histoire officielle (et donc non critique) et victimaire.
D’autre part, cette loi introduit une confusion entre deux objets mémoriels : la guerre d’une part et la colonisation de l’autre. Les articles 1 et 4 font référence au rôle positif de la colonisation et particulièrement du rôle de la France en Algérie. Dans un texte qui prend souvent le ton de la repentance, il s’agit ici de souligner à l’inverse une image positive de la France. Mais cela brouille l’objet mémoriel et implique une vision de l’histoire non scientifique. Sous la pression des historiens, cet article sera abrogé, ce qui montre qu’en France, il existe encore, malgré les injonctions étatiques une histoire indépendante.
Ainsi deux problématiques centrales de l’écriture de le guerre d’Algérie sont présentes dans ce texte : celle du rejet de la négation de la guerre et de la volonté d’un devoir de mémoire, et celle de la mise en place d’une histoire officielle, très contestable d’un point de vue scientifique. Le texte ne permet cependant pas d’évoquer les difficultés algériennes à écrire l’histoire de ce conflit.

La mémoire de la guerre d’Algérie – Révisions Bac Histoire


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