Les 27 et 28 avril dernier, le projet Geo-Academy et Eurisy ont organisé à Paris une conférence qui a rassemblé une quarantaine d’enseignants en géographique originaire d’une dizaine de pays européens. Geo-Academy est un projet créé en juin 2023 qui met en relation des enseignants originaires de différents pays européens, en formation initiale ou continue, maîtrisant les langues étrangères (principalement l’anglais) et qui mesurent les apports des technologies numériques et des géotechnologies pour transformer leurs manières d’enseigner.
Geo-Academy part du constat que pour sensibiliser efficacement les générations futures à la transition écologique, les enseignants doivent maîtriser des connaissances dans de très nombreux sujets et disposer d’exemples variés à toutes les échelles, du local au global. Partout en Europe, le groupe fait le même constat : il est difficile d’intéresser les élèves aux enjeux planétaires des prochaines années.
Deux jours de conférence feutrée pour échanger sur des activités de cours grâce à une vraie collaboration européenne.
Pendant 2 jours, ces enseignants, ainsi que des membres de l’Agence Spatiale Européenne, se sont réunis autour des mêmes thèmes, des mêmes objectifs et des mêmes ambitions :
- Aider les nouvelles générations à affronter les problèmes de l’avenir (liés aux transformations d’origine anthropique du climat, aux risques naturels, à la transition énergétique, à la géostratégie, au développement urbain…) grâce à la géographie, à la cartographie et aux technologies d’observation spatial
- Comprendre la fragilité de la nature et des sociétés, analyser les enjeux de l’adaptabilité, proposer des solutions et les partage
- Créer une communauté, grâce à des rencontres cosmopolites, des concours internationaux, des symposiums
La première journée était dédiée à la transition entre les politiques éducatives et leur mise en œuvre concrète dans les pratiques pédagogiques. Cette session (intitulée « From Policy to Practice : Keynotes on the Future of GEO-Education ») a mis en lumière le rôle des organisations européennes et des programmes existants mais trop peu connus des enseignants (Agence Spatiale Européenne, Copernicus Data Space Ecosystem, Teach With Space, Teach With GIS-UK, ArcGIS, Living Planet Symposium…) dans le développement des compétences liées à l’observation de la Terre et à l’innovation éducative. Il s’agissait d’abord d’une présentation d’exemples concrets d’intégration des outils géospatiaux dans les contextes éducatifs.
Le deuxième jour, plusieurs sessions thématiques ont eu lieu.
Un premier panel (« Building Tomorrow’s Educators ! Emerging Competence Needs in GEO-Education ») a mis en lumière les évolutions nécessaires pour les enseignants dans un contexte éducatif en mutation, notamment en matière de compétences numériques, spatiales et liées au développement durable. Le vrai défi semble être de convaincre les enseignants (notamment les enseignants français) de s’emparer des outils de l’éducation géospatiale, des programmes et des applications déjà existantes et accessibles en ligne. L’utilisation et la manipulation régulières de ces outils d’observation satellite (autres que Google Earth et Google Maps) et des technologies spatiales permettra de développer un véritable esprit géographique, une « conscience de la globalité » et la compréhension des grands enjeux du développement durable de l’échelle micro à l’échelle macroscopique.
Un second panel (« Transforming Teaching Practices : From GEO-Academy Training to Classroom Impact ») a été consacré à la transformation des pratiques pédagogiques, en examinant la manière dont les formations GEO-Academy ont été mises en œuvre dans les contextes scolaires et leur impact concret sur les approches d’enseignement.
Enfin, une session a permis de partager des expériences concrètes de terrain et de présenter des activités pédagogiques intégrant les outils géospatiaux et l’observation de la Terre (« Teachers Best Practices and Lessons Learned From Geo-Academy Teachers »).
« Mais les SIG, c’est compliqué »
C’est l’une des idées les plus récurrentes de ces deux journées : de nombreux enseignants sont victimes de très lourds préjugés sur les Systèmes d’Information Géographiques, et cela bride leur créativité pédagogique.
Parmi ces préjugés, 4 sont régulièrement cités :
- Les SIG sont des instruments scientifiques trop compliqués à utiliser pour des enseignants issus des sciences humaines
- Les enseignants ne savent pas comment utiliser ces outils, ni quand =>ils préfèrent conserver les méthodes qu’ils maîtrisent le mieux comme l’étude de documents papier ou la cartographie papier
- Les enseignants manquent de temps pour se former ou pour former les élèves à des outils méconnus et jugés trop complexes
- Les programmes scolaires sont trop rigides et ne permettent pas d’essayer une autre forme d’enseignant plus technologique et numérique
Pourtant, de nombreux programmes de formation existent dont les enseignants peuvent s’emparer facilement. Il suffit souvent de s’inscrire pour recevoir une formation en ligne et maîtriser les outils proposés :
- Geo-Academy a développé sa propre plateforme gratuite et respectueuse des normes RGPD : Geobserve ; il existe un fascicule (Booklet) qui explique l’utilisation du portail Geobserve
- Une collaboration entre les établissements scolaires et l’European Space Education Resource Center (CNES et Agence Spatiale Européenne)
- Les conférences de l’Agence Spatiale Européenne Teach With Space destinées aux enseignants
- Le programme Enrich your teaching with GIS
Il existe également des sites internet et des applications faciles d’utilisation après quelques heures d’entraînement :
- Copernicus Brower
- Climate Detectives
- ESA School Atlas
- Zoom Earth (Weather Map and Hurricane Tracker)
- De nombreux autres programmes sont listés sur la page « Resources and Tools » de Geo Academy
Que peut-on créer ?
Le map storytelling est une technique permettant de créer un récit interactif dans un format numérique. Ce récit peut prendre la forme d’une carte, d’une timeline, d’une modélisation mathématique, une génération statistique…
Pour produire ce genre de création, les enseignants travaillent très souvent en équipe avec d’autres enseignants. La géographie devient en effet une science qui s’associe à l’histoire, à la biologie, à la physique-chimie, aux mathématiques, aux sciences numériques. Il est collaboratif.
Il s’agit d’utiliser le rôle transformateur des Systèmes d’Information Géographique dans la modernisation de l’enseignement primaire et secondaire. Les enseignants s’appuient sur des outils de cartographie interactifs pour étudier l’écologie, l’histoire et les enjeux sociaux locaux. Les élèves utilisent des logiciels et du matériel spécialisés, tels que des drones et des capteurs, pour relever des défis concrets comme le suivi des risques d’incendies de forêt, l’accès des villes aux personnes à mobilité réduite, l’analyse des bassins versants, la cartographie des nuisances sonores dans un quartier.
Pour ce qui concerne la cartographie, les SIG ont un avantage certain par rapport à la cartographie papier. Souvent, en version papier, les élèves reproduisent ce que l’enseignant trace au tableau, à la main, sur un simple logiciel de dessin ou sur une dalle numérique. Même si les figurés ont pu être décidés par les élèves, la localisation, le tracé, sont des produits du savoir de l’enseignant. En utilisant une carte vectorielle, les élèves sont libres de leur croquis. Ils peuvent choisir leurs figurés (formes, couleurs, épaisseurs…), chercher les localisations sur le moteur de recherche, se tromper, effacer, recommencer…
Un exemple : Philippe Longchamps a présenté un exercice réalisé en Suède : les élèves d’une école située entre un boulevard et l’hôpital de la ville ont mesuré le niveau des nuisances sonores autour de leur établissement : quand ils font cours, les enseignants ne peuvent jamais ouvrir les fenêtres à cause du bruit extérieur. Pendant plusieurs mois, ils ont enregistré les décibels à différents endroits (de la cour de récréation jusqu’à l’entrée des urgences de l’hôpital), à différentes heures de la journée. Ils en ont produit une carte vectorielle qui représente l’origine, la puissance et la portée de différentes nuisances sonores. De cette carte, ils ont imaginé différentes solutions pour atténuer le bruit comme des plantations d’arbres ou de haies, ou encore l’installation de murs anti-bruits.
Ces élèves s’engagent à présent sur un nouveau projet : grâce à un capteur de rayons cosmiques installé sur le toit de leur école, ils vont mesurer ces rayons qui bombardent continuellement la surface de la Terre et les comparer aux données enregistrées par d’autres capteurs à d’autres endroits de notre planète.
Une formation initiale attendue pour faire évoluer l’enseignement
L’initiative de Geo-Academy et des partenaires du projet met l’accent sur le développement professionnel des enseignants et permet aux élèves de devenir de vrais acteurs de leur apprentissage. Ils observent, organisent et analysent des données pour les transformer en un nouveau support qui synthétise tout ce qu’ils ont découvert, de façon problématisée. Cela favorise la culture spatiale, permettant aux jeunes apprenants de visualiser des données complexes et de mieux comprendre le monde qui les entoure.
Que peut-on gagner à utiliser les SIG en classe ?
De très nombreux chapitres des programmes de géographie peuvent être menés dans une démarche utilisant les Systèmes d’Information Géographiques et les outils de l’observation spatiale. Si la cartographie est souvent le produit fini le plus facile à envisager, la conférence de Geo-Academy a montré d’autres formes de production finale, telles que des maquettes de relief en impression 3D, de la domotique, des bandes dessinées autour d’un projet de développement local ou des propositions d’aménagement du territoire portées à une municipalité. Les possibilités sont infinies, elles dépendent de la créativité des enseignants engagés.
De manière plus générale, il ressort de la conférence que l’utilisation des SIG ne peut pas seulement être un loisir, convoqué une seule fois dans l’année. Il s’agit plutôt d’un long processus d’apprentissage, qui implique une manipulation plusieurs fois au cours d’une année, le mieux étant d’utiliser des SIG pendant tout un cycle (cycle 2, cycle 3, cycle 4, lycée).
La conférence Geo-Academy a été particulièrement inspirante et motivante parce qu’elle a présenté des résultats concrets de ce que des dizaines d’enseignants européens ont réalisé depuis 2023.
Inspiration, là est le maître mot !
A la fin des deux jours, l’usage des SIG devient en effet inspirant pour :
- Faire des élèves de véritables acteurs de leurs recherches et analyses, à partir de cas locaux ou mondiaux ; l’enseignant n’apporte pas son savoir, il laisse les élèves découvrir, organiser et produire
- Observer et mettre en pratique des observations à différentes échelles afin de produire des cartes problématisées qui mettent en évidence une réalité contemporaine, et réfléchir à de possibles solutions au problème mis en évidence ;
- Entretenir un esprit critique ;
- Se représenter dans l’espace ;
- Penser de façon globale ;
- Lier différentes disciplines entre elles et favoriser toutes les synergies dans les établissements scolaires


