Manchester et la Révolution industrielle au milieu du XIXe siècle
Vous êtes ici : Première HISTOIRE(programme 2011) CROISSANCE ÉCONOMIQUE, MONDIALISATION ET MUTATION DES SOCIÉTÉS DEPUIS LE DÉBUT DU XXe SIÉCLE CROISSANCE ÉCONOMIQUE

Manchester et la Révolution industrielle au milieu du XIXe siècle

Quelles compétences mettre en œuvre pour passer d’un texte à un croquis cartographique ?

Vincent Lahondère
jeudi 30 novembre 2017

Cette séquence d’une durée de 2 heures s’inscrit dans le cadre du premier thème du programme d’histoire : Croissance économique, mondialisation et mutations des sociétés depuis le milieu du XIXe siècle.

La fiche Eduscol : croissance et mondialisation

1 - Les objectifs

Cet exercice répond principalement à 3 objectifs :

  • Introduire le premier thème à partir d’un portrait de la ville de Manchester et montrer les effets d’une industrialisation accélérée sur la vie quotidienne des populations notamment ouvrière. Pour cela les élèves disposent de l’extrait d’un ouvrage d’Alexis de Tocqueville (document 1) et d’une biographie sommaire de l’auteur (document 2). Au cours de la première heure les élèves analysent le texte avec le professeur à partir de quelques questions posées.
  • Élaborer, à partir de l’analyse d’un texte fourni, un croquis et sa légende organisée répondant au sujet suivant : « Manchester et la Révolution industrielle au milieu du XIXe siècle ». Les élèves disposent d’un fond de carte (document 3)
    Montrer que le croquis est une représentation et nécessite donc des choix personnels. A la fin de l’exercice je leur propose un corrigé non exhaustif en évoquant mes choix (document 4)

2 - Le corpus documentaire

Document 1 - Alexis de Tocqueville visite Manchester en 1835

Dans son carnet de notes personnelles, Tocqueville, fortement impressionné en juillet 1835 par l’aspect extérieur de Manchester, métropole britannique du coton, relève les grands traits de la cité.

« Manchester, le 2 juillet 1835

La grande ville manufacturière des tissus, fils, cotons... comme Birmingham l’est des ouvrages de fer, de cuivre et d’acier. Circonstance favorable : à dix lieues [50 kilomètres] du plus grand port de l’Angleterre [Liverpool sur la côte ouest face à l’Irlande], lequel est le port de l’Europe le mieux placé pour recevoir sûrement et en peu de temps les matières premières d’Amérique. A côté, les plus grandes mines de charbon de terre pour faire marcher à bas prix ses machines. A 25 lieues [125 kilomètres], l’endroit du monde où on fabrique le mieux ces machines [Birmingham]. Trois canaux et un chemin de fer pour transporter rapidement dans toute l’Angleterre et sur tous les points du globe ses produits.
A la tête des manufactures (1), la science, l’industrie, l’amour du gain, le capital anglais. Parmi les ouvriers, des hommes qui arrivent d’un pays [l’Irlande] où les besoins de l’homme se réduisent presque à ceux du sauvage, et qui travaillent à très bas prix ; qui, le pouvant, forcent les ouvriers anglais qui veulent établir une concurrence, à faire à peu près comme eux. (…) Comment s’étonner que Manchester qui a déjà 300.000 âmes s’accroisse sans cesse avec une rapidité prodigieuse ? (…)
Trente ou quarante manufactures s’élèvent au sommet des collines (…). Autour d’elles ont été semées comme au gré des volontés les chétives (2) demeures du pauvre. Entre elles s’entendent des terrains incultes, qui n’ont plus les charmes de la nature champêtre (…). Ce sont les landes de l’industrie (…) Quelques-unes de ces rues sont pavées, mais le plus grand nombre présente un terrain inégal et fangeux (3), dans lequel s’enfonce le pied du passant ou le char du voyageur. Des tas d’ordures, des débris d’édifices, des flaques d’eau dormantes et croupies se montrent ça et là le long de la demeure des habitants ou sur la surface bosselée et trouée des places publiques. (…) Parmi ce labyrinthe infect, du milieu de cette vaste et sombre carrière de briques, s’é1ancent, de temps en temps, de beaux édifices de pierre dont les colonnes corinthiennes surprennent les regards de l’étranger. On dirait une ville du Moyen-âge, au milieu de laquelle se déploient les merveilles du XIXe siècle.
Sur un terrain plus bas que le niveau du fleuve et dominé de toutes parts par d’immenses ateliers, s’étend un terrain marécageux (…) Là aboutissent de petites rues tortueuses et étroites, que bordent des maisons d’un seul étage, dont les ais (4) mal joints et les carreaux brisés annoncent de loin comme le dernier asile que puisse occuper l’homme entre la misère et la mort (…) Au-dessous de leurs misérables demeures, se trouve une rangée de caves à laquelle conduit un corridor demi-souterrain. Dans chacun de ces lieux humides et repoussants sont entassés pêle-mêle douze ou quinze créatures humaines.
Tout autour de cet asile de la misère, l’un des ruisseaux traîne lentement ses eaux fétides (5) et bourbeuses, que les travaux de l’industrie ont teintées de mille couleurs. Elles ne sont point renfermées dans des quais ; les maisons se sont élevées au hasard sur ses bords. Souvent du haut de ses rives escarpées, on l’aperçoit qui semble s’ouvrir péniblement un chemin au milieu des débris du sol, de demeures ébauchées ou de ruines récentes. (…) Levez la tête, et tout autour de cette place, vous verrez s’élever les immenses palais de l’industrie. Vous entendrez le bruit des fourneaux, les sifflements de la vapeur. Ces vastes demeures empêchent l’air et la lumière de pénétrer dans les demeures humaines qu’elles dominent ; elles les enveloppent d’un perpétuel brouillard ; ici est l’esclave, là est le maître ; là, les richesses de quelques-uns ; ici, la misère du plus grand nombre ; là, les forces organisées d’une multitude produisent, au profit d’un seul, ce que la société n’avait pas encore su donner (…). Une épaisse et noire fumée couvre la cité. Le soleil paraît au travers comme un disque sans rayons. C’est au milieu de ce jour incomplet que s’agitent sans cesse 300.000 créatures humaines.
C’est au milieu de ce cloaque (6) infect que le plus grand fleuve de l’industrie humaine prend sa source et va féconder l’univers. De cet égout immonde, l’or pur s’écoule. C’est là que l’esprit humain se perfectionne et s’abrutit ; que la civilisation produit ses merveilles et que l’homme civilisé redevient presque sauvage… »

1 - Usines 2 - D’apparences fragiles 3 - Plein de boue liquide et sale 4 - Pièces de bois sur laquelle on fixe des lattes qui soutiennent la toiture 5 - Nauséabond 6 - Lieu malpropre

Source - Alexis de Tocqueville, « Voyages en Angleterre, Irlande, Suisse et Algérie », Œuvres complètes, 1864

QUESTIONS

  1. Comment expliquer la croissance industrielle de Manchester ?
  2. Qu’apprend-t-on sur la population irlandaise ?
  3. Quelles sont les conséquences de la rapide croissance urbaine ?
  4. Quels aspects de la condition ouvrière sont révélés ici ?
  5. Expliquez la phrase en gras.

Par Vincent Lahondère

Documents

  • PDF 109.6 ko
  • PDF 123.2 ko
  • PDF 58.8 ko
  • PDF 110 ko

Clio-Lycée 2017

Licence Creative Commons
Les Clionautes sous licence Creative Commons Attribution
Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International

Site développé avec SPIP, un programme sous licence GNU/GPL.

Design et Squelettes : B. Modica & X. Birnie-Scott pour Clio-Lycée.

Hébergement Clio-Lycée par