Signalée par Loïc Langlois sur
La liste de diffusion professionnelle de la communauté des historiens-géographes
cette erreur qui concerne quand même deux documents sur les deux proposés (100 %) mérite d’être portée à la connaissance des professeurs d’histoire de géographies qui seront amenés –et qui pour certains ont déjà commencé – à corriger ces épreuves.

Il n’est pas question dans notre esprit de pénaliser les élèves, qui n’y sont absolument pour rien.

Mais peut-être conviendrait-il de s’interroger sur les conditions dans lesquelles les sujets du baccalauréat sont réalisés, les conditions dans lesquelles–au nom des obligations de service Aucune rémunération n’est prévue pour un travail qui n’est pas évident et qui est particulièrement chronophage –, ces sujets sont élaborés.

Si les Clionautes sont des lanceurs d’alerte dans leur champs de compétences, cela est parfaitement assumé.
Il en va de la crédibilité de nos enseignements disciplinaires, et peut-être aussi de la crédibilité de cet examen.

Et puis, puisque l’épreuve s’intitule «étude critique de documents», nous ne pouvions pas faire à moins…que d’exercer notre esprit critique.

Interview de Bruno Modica, président des Clionautes, sur France-Info le Mardi 23/06/2015 à 21h15:

Les explications détaillées sur le blog de Loïc Langlois

On retrouve une photo identique dans l’Apollo Lunar Surface Journal de la NASA, section Apollo 17, la mission Apollo 17 date de décembre 1972.

Cela change quand même «légèrement» le contexte de la puissance à l’échelle mondiale des États-Unis à la fin des années 1960…

La «bonne» image aurait pu être celle-ci:

Les images de la NASA sur la mission Appolo 11

Dans ce cas, il aurait fallu préciser que c’est Armstrong qui prend la photo tandis qu’Aldrin EST sur la photo… Après tout la notoriété du DEUXIÈME homme sur la lune aurait pu aussi être mise en avant… Une sorte de Poulidor de la conquête spatiale… Et surtout cela n’aurait rien changé au sujet…
Ce qui est quand même gênant dans cette affaire c’est que cela risque d’apporter du crédit aux différentes théories du complot qui circulent sur le net et auxquelles nous sommes parfois confrontés dans nos classes.

Apollo-XI-La théorie du complot

  • Le second des deux documents proposé en analyse au bac ES-L, extrait traduit de la chanson I Feel Like I’m Fixin’ To Die du groupe Country Joe and the Fish, est doublement mal référencé.

– La chanson «I Feel Like I’m Fixing To Die Rag» n’est pas du tout « interprétée pour la première fois » à Woodstock en août 1969. Au disque, on en trouve une version au style très « folk » interprétée par Country Joe McDonald and the Fish dès… 1965 ! Dans un 45 tours certes à diffusion confidentielle, vendu avec un fanzine.


Pour les aficionados, une référence précise ici :

Country-Joe-McDonald-Pete-Krug-Songs-Of-Opposition-Rag-Baby-Talking-Issue-Vol-1-Issue-A

Elle figure ensuite, avec une nouvelle instrumentation, dans leur deuxième 33 tours sorti en mai 1967 chez Vanguard et très largement vendu ! La chanson a même fourni le titre de l’album. Quant à la scène, le groupe l’interprète bien avant Woodstock, non seulement sur la côte ouest, mais aussi dans tout le pays, et notamment à New York (par exemple au Schaefer Summer Music Festival en 1968, à Central Park).

Woodstock 1969, où l’on voit que le public connaît déjà la chanson par cœur...

Il semble qu’elle n’a jamais été « interdite » de diffusion (pratique de toute façon rarissime aux États-Unis, voire impossible en raison du Premier amendement «Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l’établissement ou interdise le libre exercice d’une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu’a le peuple de s’assembler paisiblement et d’adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre» : http://mjp.univ-perp.fr/constit/us1787a.htm, et où on laisse plutôt l’industrie de la musique faire le ménage toute seule…). De retour d’un « atelier corrections », dans une Académie dont on taira le nom par charité, on écrit l’anecdote suivante. On fait remarquer que la chanson de Country Joe n’a pas été interdite. Réponse non ironique de l’inspectrice : «cette indication était peut-être destinée à attirer l’attention des élèves…»

Nous sommes en 2025. «Atelier corrections» dans l’académie de Nice-Versailles-Strasbourg récemment créée dans le cadre de la simplification territoriale. Un prof d’histoire-SVT-italien (on a fait passer la trivalence) fait remarquer que le document exagère un peu en disant que la Seconde Guerre mondiale a fait 500 millions de morts. Réponse du directeur du management cognitif (nouvelle appellation des inspecteurs) : «c’était pour attirer l’attention des élèves sur la notion de guerre d’anéantissement».Son caractère contestataire a simplement occasionné des réticences. Par exemple, elle devait figurer sur le premier 33 tours du groupe mais Vanguard l’a refusée et, devant le succès de celui-ci, n’a pas renouvelé son veto pour le deuxième.

Grandeur du capitalisme ! Au temps de la guerre du Vietnam, le marché a su renifler dans le protest song un bon filon : Bob Dylan, Joan Baez, Peter Paul & Mary, Pete Seeger et les autres n’ont pas trop mal vécu en ce temps-là (et tant mieux pour eux). Le seul cas de censure, ponctuelle, intervient après la prestation du groupe à Central Park : il est invité sur le plateau du fameux Ed Sullivan Show pour la soirée de Noël 1968, puis finalement déprogrammé. Mais la chaîne a honoré son contrat et Country Joe a été payé pour ne pas chanter, encore et toujours grandeur du capitalisme !

-* Yves Borowice
Lycée Louis le Grand – Paris

  • Bruno Modica
    Lycée Henri IV – Béziers