Quand on veut bien préparer ses élèves, rien de tel que de reprendre les sujets de l’examen… Vous trouverez ici les annales des années précédentes, classées par thème.

Dissertations sur guerre et paix

  • Les acteurs et les modes de résolution des conflits depuis 1648. Métropole, jour 2 (2026). Le corrigé des Clionautes est disponible. 
  • Les évolutions des formes de la guerre du XVIIIe siècle à nos jours. Métropole, jour 1 (2026).
  • Les conflits du Moyen-Orient depuis 1948 remettent-ils en cause le modèle de Clausewitz ? Centres étrangers. Afrique. Jour 2 (2026)
  • Construire la paix depuis le XVIIe siècle : acteurs, moyens, limites. Centres étrangers Afrique, jour 1 (2026)
  • Peut-on construire la paix collectivement depuis les traités de Westphalie ? Amérique du nord, jour 1 (2026) Le corrigé des Clionautes est disponible. 
  • Construire la paix depuis le XVIIIème siècle. Métropole, jour 2 (2025). Le corrigé des Clionautes est disponible. 
  • Guerres régulières et guerres irrégulières après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Centres étrangers. Afrique. Jour 1
  • Pourquoi est-il plus difficile de construire la paix lorsque les guerres prennent des formes irrégulières ? Amérique du Sud, jour 1, 2025
  • Formes et acteurs de la guerre du 18ème siècle à nos jours. Polynésie, jour 2 (2025)
  • Faire la paix depuis le XVIIe siècle : réussites et limites. Centres étrangers Afrique, jour 1 (2024)
  • Les guerres sont-elles toutes irrégulières depuis 1991 ? Asie, jour 2 (2024)
  • Quelle place pour les armées régulières dans les conflits depuis l’époque de Clausewitz ? Amérique du Nord, jour 1 (2024)
  • Ruptures et continuités des formes de la guerre depuis la fin du XXe siècle. Métropole, jour 1 (2023). Le corrigé des Clionautes est disponible. 
  • La guerre du XVIIIe siècle à nos jours : diversification des acteurs et de leurs motivations. Centres étrangers, Afrique, jour 1 (2023). 
  • La pensée clausewitzienne permet-elle de comprendre les conflits contemporains (à partir des années 1990) ?  Polynésie, jour 1 (2023) .
  • La diplomatie et le défi de la construction de la paix depuis 1648. Asie, jour 2 (2023). 
  • Le Moyen-Orient depuis 1948, formes de conflits et tentatives de résolution. Asie, jour 1 (2023). 
  • Le modèle de Clausewitz et les conflits du XXIe siècle. La Réunion, jour 1 (2023). 
  • Existe-t-il toujours un schéma « classique » de la guerre, tel que l’avait pensé Clausewitz ? Amérique du Sud, jour 1 (2022)
  • La guerre : un affrontement armé entre États ? Amérique du Sud, jour 2 (2022).
  • Les guerres irrégulières, de la guérilla au terrorisme. Asie, jour 2 (2022).
  • Justifiez et nuancez l’affirmation suivantes : « les guerres sont la continuation de la politique par d’autres moyens ». Centres étrangers, Afrique, jour 2 (2022). Le corrigé des Clionautes est disponible. 
  • Le Moyen-Orient depuis 1948, une paix impossible ? Mayotte-Liban, Jour 2 (2022). 
  • Les nouvelles formes et logiques de la guerre au XXIe siècle. Métropole, Jour 2 (2022).
  • Les remises en cause des formes traditionnelles de la guerre depuis les années 1990. Métropole, sujet de remplacement, jour 2 (2022).
  • Pourquoi la construction de la paix constitue-t-elle un défi et se confronte-t-elle à de multiples difficultés depuis la signature des traités de Westphalie ? Amérique du Nord, Jour 1 (2021). 
  • La dimension politique de la guerre, évolutions et ruptures du XVIIIe à nos jours. Asie, jour 2 (2021).
  • Quels rôles jouent les acteurs internationaux (étatiques ou non) dans les conflits et les tentatives d’établir la paix au Moyen-Orient ? Centres étrangers. Afrique, Jour 1 (2021)
  • Quels sont les moyens pour construire la paix depuis 1648 ? Métropole, candidat libre, jour 1 (2021). 
  • Pourquoi la paix est-elle difficile à établir au Moyen-Orient depuis 1948 ? Métropole, candidat libre, jour 2 (2021). Le corrigé des Clionautes est disponible. 
  • Les formes de la guerre du XVIIIe siècle à nos jours. Métropole, sujet de remplacement (2021). 

Études critiques de document sur guerre et paix


L’ONU face aux défis de la construction de la paix (Antilles-Guyane, 2026)

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, vous expliquerez les défis auxquels l’ONU doit faire face pour construire la paix au début du XXIe siècle.

« Un même esprit de réforme et de renouveau souffle à l’Organisation des Nations unies, où nous célébrons aussi notre soixantième anniversaire cette année. Comme vous le savez, j’ai présenté lundi, à l’Assemblée générale, un rapport dans lequel je formule des propositions en vue de rendre notre système international, ainsi que l’Organisation des Nations unies elle-même, mieux à même de répondre aux menaces et aux défis qui se posent aujourd’hui à l’humanité.

Intitulé « Dans une liberté plus grande » – expression extraite de la Charte des Nations Unies –, le rapport comporte quatre grandes sections : développement, sécurité, droits de l’homme et institutions mondiales, cette dernière mettant plus particulièrement l’accent sur l’Organisation des Nations unies elle-même.

Dans ce rapport sont énoncées les décisions fondamentales qu’à mon avis, vous et vos collègues chefs d’État et de gouvernement d’autres régions du monde devriez prendre lorsque vous vous réunirez à New York, en septembre, pour examiner la mise en œuvre de la Déclaration du Millénaire.

L’idée qui le sous-tend est que les grands problèmes de notre époque sont interdépendants et que la recherche de solutions doit être collective : c’est l’intérêt bien compris de chacun.

Le rapport fait valoir également que ces propositions forment un tout, une stratégie globale qui accorde une importance égale à l’ensemble des buts de l’Organisation et à l’ensemble des préoccupations de ses États membres.

Il appelle à mener une action concertée pour promouvoir le développement. À ce sujet, le monde a une approche commune, inscrite dans les Objectifs du Millénaire pour le développement, mais c’est la mise en œuvre qui laisse à désirer dans de nombreux États. Nous disons souvent qu’il ne peut y avoir de sécurité pour l’humanité sans développement et justice sociale. Mais nous n’agissons pas toujours comme si nous y croyions.

S’agissant de la sécurité, il semble, par moments, que nous ne puissions même pas nous entendre sur ses aspects les plus fondamentaux. Et des situations particulières peuvent mener à de profonds désaccords, comme nous l’avons vu ces dernières années, surtout à propos de l’Irak.

Aujourd’hui plus que jamais, alors que le sentiment de menace et de vulnérabilité s’accroît, nous avons besoin d’un système de sécurité collectif qui réponde aux besoins de chacun. La sécurité n’est pas seulement le premier devoir de tout gouvernement, c’est également un préalable fondamental au développement.

Nous devons donc renforcer notre action au service du désarmement, ainsi que nos régimes internationaux de lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. Nous devons améliorer notre capacité collective de consolidation et de maintien de la paix. Nous devons également rendre plus crédibles nos mécanismes de défense des droits de l’homme. Nous devons rendre le Conseil de sécurité plus représentatif, pour que ses décisions puissent être reconnues universellement avec une légitimité et une autorité plus grande.

Nous devons également lutter ensemble pour faire reculer le terrorisme. […]

Cela fait trop longtemps que les initiatives prises par l’Organisation des Nations unies pour s’attaquer à ce phénomène barbare achoppent* sur l’absence d’une convention globale contre le terrorisme, fondée sur une définition claire et acceptée par tous. »

* Achopper : buter sur une difficulté

Source : discours de Kofi Annan à l’occasion du Sommet de la Ligue des États arabes, 23 mars 2005.

 


Permanences et mutations des formes de guerre (Amérique du Nord, jour 2, 2026)

En analysant les documents, en les confrontant, et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez les permanences et les mutations des formes de la guerre dans le monde contemporain.

Document 1 :

1 : Abréviations : AL. Albanie ; AU. Autriche ; KI. Kirghizistan ; KO. Kosovo ; KOW. Koweït ; SE. Serbie ; TA. Tadjikistan. Source : Courrier International, publié le 27 octobre 2015.

Document 2 :

« […] C’est pourquoi je voudrais avec vous ici aujourd’hui faire un tour d’horizon sur notre environnement stratégique et sur les menaces que les armées doivent se préparer à affronter. Je vais évidemment me concentrer sur ce qui concerne plus directement les armées, mais les armées ne sont pas les seules à défendre les Français : il y a les forces de sécurité intérieure, il y a les services de renseignement, la diplomatie, les services de secours et bien d’autres qui y contribuent tous les jours. En préambule, je pense que, comme moi, vous constatez que l’environnement stratégique est marqué par des crises qui se multiplient et se superposent. […] En ce qui concerne les menaces qui touchent directement les Français au quotidien, ces menaces-là, sont caractéristiques de la période qu’on vit, qui est une période de compétition. […] Une compétition qui s’exerce dans tous les champs de l’activité humaine. Ces menaces sont souvent hybrides et difficiles à attribuer. C’est pour ça qu’elles sont utilisées assez facilement par nos compétiteurs. Je constate qu’elles visent à tester notre détermination, nos capacités de réaction et à fragiliser notre cohésion nationale. J’y reviendrai. Je commencerai par les menaces terroristes et la criminalité. La menace terroriste : ce n’est pas parce que la guerre de haute intensité est revenue que la menace terroriste a disparu. Au contraire, elle reste présente. Elle reste présente en particulier sur le territoire national, même si nos forces de sécurité intérieure, nos services de renseignement ont beaucoup progressé et sont aujourd’hui plutôt capables de déjouer les attaques qui sont prévues, que devoir les traiter en gérant les conséquences. C’est quelque chose qui est très bien. Ça peut paraître un peu moins visible mais il y a une vraie menace et elle est traitée. […]

La menace est aussi liée à ce qui se passe dans le reste du monde et en particulier au Proche et Moyen-Orient qui est généralement un peu le bassin, ou en tout cas le vivier des risques de menaces exportées avec des risques de répercussion sur le territoire national. De fait, les armées, indirectement, sont engagées sur ces théâtreslà, par exemple en Irak, pour essayer de contrer au plus loin possible cette menace et limiter ses capacités de projection. C’est le cas en Irak, je l’ai dit, mais elles n’agissent pas seules. Les services de renseignement sont également mobilisés. Cela passe aussi par le contrôle des trafics d’armement dans l’océan Indien et la Corne de l’Afrique. […]

Pour conclure, dans le monde que je viens de décrire, je pense qu’il y a quatre marqueurs qui permettent de comprendre et de voir ce à quoi on est confronté. Le premier marqueur, c’est un emploi de la force désinhibé1. L’emploi de la force aujourd’hui, c’est l’outil principal des relations internationales. Beaucoup de pays considèrent que c’est le moyen le plus simple et le plus rapide d’obtenir des résultats et que dans ce domaine-là, quand on choisit des modes d’action où on produit le plus de pertes possibles, c’est quelque chose qui permet d’afficher sa détermination. La deuxième chose, le deuxième marqueur, c’est la contestation de l’Occident et de l’ordre établi après 1945. Un ordre qui s’appuie sur le droit international, qui aujourd’hui est contesté avec une vraie volonté de mettre en place un ordre alternatif. Poutine est le chef de file de cette volonté de désoccidentalisation et il en tire profit […]. Le troisième marqueur c’est la puissance de l’information. L’information sous tous ses aspects : en termes de renseignement pour être capable de comprendre, en termes de champs informationnels, guerre informationnelle dans le champ des perceptions pour attaquer, en particulier la cohésion nationale de ses adversaires. Le dernier marqueur qui peut vous sembler d’un niveau différent, mais je pense que pour autant, c’est quelque chose qui est extrêmement important et pour beaucoup de pays, en fait, c’est l’impact du changement climatique, catalyseur du chaos. C’est une vraie préoccupation. […]»

Source : conférence de presse du chef d’état-major des armées françaises, le général Thierry Burkhard, 11 juillet 2025.

 


Le tournant du XXIe siècle, un changement dans la manière de faire la guerre et de faire la paix (Métropole, jour 2, session de remplacement)

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez que la manière de faire la guerre et faire la paix change à la fin du XXe et au début du XXIe siècle.

« Avec la fin de l’affrontement entre les deux blocs, nous avons changé de monde. Si le droit a été placé au cœur des préoccupations internationales, sa relation avec la force a été profondément modifiée.

Pendant près de cinquante ans, l’ordre avait été assuré par la dissuasion nucléaire. L’Occident, comme le monde communiste, savait que le recours à la force entraînerait des deux côtés des dommages incalculables. Dès lors, la guerre aurait signifié l’échec de la dissuasion, et l’impossible apocalypse.

Mais, avec la fin de la guerre froide, la force est redevenue une option. Elle a pu à nouveau être envisagée, parce qu’elle n’entraînait plus de dommages supérieurs aux gains qu’une puissance pouvait escompter.

Si pourtant elle a été peu employée, c’est pour deux raisons : l’affirmation des valeurs occidentales a rencontré peu d’opposition ; et les États-Unis ont su faire un usage modéré de leur force. Or, depuis toujours, seule la modération rend acceptable la puissance, comme l’affirmait déjà Thucydide1 : « Nous méritons des éloges, pour nous être montrés plus justes que ne l’impliquait notre puissance. »

Aucun ordre international cependant ne peut reposer sur le seul bon vouloir des puissances. Des normes collectives ont donc été définies, visant à contenir l’emploi de la force dans les limites de la responsabilité collective.

Ce nouvel ordre a enregistré des succès importants. Il a mis un terme aux agressions territoriales : en 1991, le respect du droit et l’emploi de la force ont permis de chasser Saddam Hussein du Koweït. Aujourd’hui, une invasion similaire ne manquerait pas de conduire à une réaction immédiate et déterminée de la communauté internationale.

Cet ordre a également permis de porter secours aux populations victimes de la guerre civile, de régimes autoritaires ou de catastrophes naturelles. […]

Enfin, le nouvel ordre a contribué à la définition d’un ensemble de normes mettant la force à la disposition d’un droit fondé sur l’humanisme. Le respect de l’individu, la défense des libertés, la lutte contre la pauvreté ou les épidémies ont eu force de loi.

Mais cet équilibre entre le droit et la force n’a pas apporté de solution à tous les problèmes de sécurité. D’abord, il n’a pas répondu à la question du désarmement de l’Irak, sinon par une politique de sanctions qui a affecté en premier lieu la population irakienne. Ensuite, il n’a pas ouvert de perspectives de règlement des crises régionales qui menacent la stabilité de la planète : le Proche-Orient en premier lieu, qui reste prisonnier d’une logique de violence et de représailles ; mais aussi les différends de Chypre et du Sahara occidental, ou la crise du Cachemire. Dans ces régions, les promesses du nouvel ordre mondial ont buté sur la complexité des rapports religieux et ethniques, le poids de l’histoire, les données de la géographie. […]

Le 11 septembre 2001 a mis fin à la période de construction d’un nouvel ordre mondial.

D’abord, le monde est entré dans l’ère du terrorisme de masse. Désormais, nous savons que les organisations terroristes ne reculeront devant aucun moyen pour propager leur message de haine. »

Source : discours prononcé par Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Francophonie, le 27 mars 2003 à l’invitation de l’International Institute for Strategic Studies (IISS) à Londres, sur le thème « Le droit, la force et la justice ».


L’ONU au début du XXIème siècle (Nouvelle-Calédonie, jour 2, 2025)

En analysant le document, et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez les difficultés auxquelles est confrontée l’ONU au début du XXIe siècle dans son rôle de maintien de la paix mondiale.

Le 11 septembre 2001, les attentats d’Al-Qaida contre le World Trade Center de New York ont ébranlé tout le système mondial de sécurité. Désormais, l’ennemi n’est plus une entité identifiable et localisable, en clair, un État, mais une réalité protéiforme en métamorphose permanente : les phénomènes terroristes. Il ne s’agit plus de faire la guerre mais de mener des actions aux dimensions multiples : opérations militaires, police, etc. Par ailleurs, le 11 septembre a convaincu les États-Unis qu’ils sont seuls face aux désordres de la planète, seuls à être conscients des défis et à développer les moyens nécessaires, notamment militaires.

Dans l’esprit de cet unilatéralisme américain, l’ONU est d’abord un obstacle : par l’importance « excessive » qu’elle donne au droit et aux procédures, par la lourdeur et l’inefficacité de la bureaucratie et par ses prétentions moralisatrices. Or, les États-Unis se considèrent engagés dans une lutte à mort où l’efficacité doit primer.

Pourtant l’ONU, ou plus précisément le Conseil de sécurité, a montré sa compréhension de l’anxiété américaine : dès le 12 septembre 2001, le Conseil vote, à l’unanimité, la résolution 1368, reconnaissant que l’agression du World Trade Center place les ÉtatsUnis en position de légitime défense et les autorisant à détruire le régime des talibans, qui abrite, en Afghanistan, Al-Qaida.

Mais les États-Unis veulent plus : abattre un État-symbole, anéantir l’Ennemi, l’Irak de Saddam Hussein. Ici, l’administration Bush ne peut éviter un débat : faut-il balayer le régime du dictateur irakien avec ou sans l’aval de l’ONU ?

Le juridisme est profond aux États-Unis : seule la bénédiction de l’ONU garantit une pleine légitimité internationale. D’où, durant l’automne 2002 et l’hiver 2002-2003, la quête par les Américains d’un soutien onusien sous la forme d’une résolution du Conseil de sécurité pour une action armée contre l’Irak. Et leur échec en février 2003 : la France, la Russie, la Chine membres permanents et l’Allemagne membre non permanent bloquent l’adoption d’une résolution de soutien. Les États-Unis renverseront donc Saddam Hussein sans l’aval de l’ONU. […]

Le 2 décembre 2004, un Groupe de personnalités de haut niveau parmi lesquelles Robert Badinter, choisies par le secrétaire général Kofi Annan, a remis son rapport sur l’avenir de l’ONU*. Ce n’est ni le premier, ni le dernier rapport sur la réforme de l’organisation internationale. En même temps, il s’agit de la première réflexion d’ensemble, dans le cadre onusien, sur la sécurité planétaire au lendemain du 11 septembre 2001.

Le raisonnement part du constat d’une transformation profonde des menaces : la guerre interétatique, autour de laquelle s’organisait toute la sécurité internationale, n’est plus qu’un problème parmi beaucoup d’autres – guerres civiles, guerres à la fois civiles et interétatiques, terrorismes, trafics…

Le rapport s’interroge sur la difficulté centrale de l’ONU : comment peut-elle obtenir le transfert progressif de la force armée des États vers un policier mondial ? Cette ambition se révèle, pour le moment, impossible à matérialiser, les États demeurant persuadés qu’eux seuls et leurs armées peuvent protéger leur territoire et leur population. […]

*« Un monde plus sûr : notre affaire à tous », rapport du Groupe de personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement, A/59/565 du 2 décembre 2004.

Source : Philippe Moreau Defarges, L’Histoire, numéro 301, septembre 2005


Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution (Asie, jour 2, 2025)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez les difficultés de l’ONU à empêcher la guerre et à instaurer la paix.

Les 12 derniers mois ont été très pénibles pour ceux d’entre nous qui croient que les problèmes et défis communs appellent des réponses collectives ». Cette phrase, prononcée par le Secrétaire général de l’ONU, le 23 septembre devant les chefs d’État et de gouvernement réunis à l’Assemblée générale, résume à elle seule la joute* politique et diplomatique à laquelle se sont livrés, lors de l’examen de la situation en Iraq, les 15 membres du Conseil de sécurité et avec eux l’ensemble des États Membres de l’ONU. La polémique au sujet de la réponse à apporter à la menace potentielle qu’aurait fait peser l’armement iraquien sur la stabilité du monde restera dans les annales comme le moment qui a déchaîné le plus de passions au sein du Conseil de sécurité, des Nations Unies et de l’opinion publique internationale. La victoire des partisans de la « force préemptive »** a, comme l’a dit le Secrétaire général ce même 23 septembre, constitué un défi fondamental aux principes sur lesquels la paix et la stabilité mondiales sont fondées depuis 58 ans. Qu’en est-il de la capacité réelle du « principal responsable du maintien de la paix et de la sécurité internationales » de préserver la légalité internationale dans l’accomplissement de sa tâche ? Qu’en est-il de l’interprétation de la Charte des Nations Unies selon laquelle seule l’ONU peut conférer une légitimité à l’emploi de la force pour contrer les menaces à la paix et à la sécurité internationales ? L’Organisation des Nations Unies est loin d’être un instrument parfait mais c’est un instrument précieux, a encore dit le Secrétaire général.

Devant les défis de la reconstruction en Iraq et de la lutte contre le terrorisme qui se joue désormais dans ce pays, le Conseil de sécurité a retrouvé son unité pour élaborer le mandat de la Mission d’assistance des Nations Unies dans ce pays. Avant et après la crise iraquienne, l’unité du Conseil a prévalu sur de nombreuses questions. L’action collective a donné lieu à la création d’autres Missions au Libéria et en Côte d’Ivoire, et à l’expansion, au-delà de Kaboul, du mandat de la Force d’assistance à la sécurité en Afghanistan. Les efforts concertés ont permis au Conseil d’enregistrer des progrès dans les processus de paix en République démocratique du Congo (RDC), au Burundi, en Guinée-Bissau ou encore au Sahara occidental. […] En outre, la joute politique sur l’Iraq n’a pas eu lieu en vain. Dans la mesure où la situation dans ce pays a souvent fait office de cas d’école dans les débats que le Conseil a tenus sur les différents aspects de la prévention des conflits, du maintien de la paix et de sa consolidation ainsi que sur la protection des civils en temps de guerre et situation post-conflit.

*Affrontement.

**Partisans d’une intervention pour anticiper une menace.

Source : communiqué de presse des Nations Unies, 16 janvier 2004, dans https://press.un.org/fr/2004/cs2616.doc.htm [consulté le 04/05/2024].

Document 2


L’évolution des formes de la guerre dans le monde (Asie, jour 1, 2024)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez que les guerres contemporaines peuvent prendre des formes différentes.

Document 1 :

« Le concept de guerre hybride a été formé en 2005 par le général James Matthis et le colonel Franck Hoffman dans un article (« Future Warfare : the Rise of Hybrid Wars »1) publié dans la revue Proceedings. Le contexte de publication n’est pas anodin. L’armée américaine est alors empêtrée dans l’affaire irakienne : la guerre est officiellement terminée en 2003 après quelques semaines de combats, mais le chaos sur place oblige à maintenir des troupes jusqu’en 2014 ; les autorités militaires tentent alors de donner à la situation un cadre théorique.

C’est donc à l’aune de cette situation, à mi-chemin entre guerre et pacification, que le terme « hybridité » apparaît, afin de caractériser « la combinaison d’approches inédites – une fusion de différents modes et moyens de guerre ». Un schéma que les affrontements entre Israël et le Hezbollah2, en 2006, confirment. […]

Le concept se définit d’abord par des modes d’action (comme le terrorisme) et des acteurs irréguliers (milice politique ou mercenaires par exemple), devenus effectivement récurrents. Deuxième caractéristique : une temporalité longue, qui voit la transition entre un état de tension armée (ou de basse intensité) et une guerre de haute intensité – ainsi du conflit dans le Donbass 3 à la guerre en Ukraine. Troisième point : le conflit reste sous le seuil nucléaire.

Ce concept est dès lors décliné dans toutes les grandes armées, sous des vocables variés, de la guerre « multi-champs et multi-domaines » européenne à la guerre « non linéaire » ou « intégrale » […]. Un consensus s’instaure autour de l’idée qu’une guerre ne se gagne pas seulement avec des moyens militaires réguliers, peut-être aussi en
écho au débat engagé par la publication en 1999 d’un essai chinois sur la « guerre hors limites », qui postulait déjà un champ de bataille « hors limites » associant aux moyens militaires des moyens économiques, écologiques et juridiques.

En 2013, la France, dans son Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale, évoque des « menaces hybrides », une notion définie deux ans plus tard par le Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations (CICDE) comme « une forme ambigüe d’affrontements, combinant des actions militaires conventionnelles et non conventionnelles, ainsi que des actions non militaires fondées sur une stratégie de déstabilisation de l’adversaire par l’usage de leviers variés et complémentaires ».

La définition insiste notamment sur les actions d’influence, les outils psychologiques et les possibilités offensives offertes par le cyberespace […]. La nouveauté est séduisante, notamment dans les affaires militaires, où elle participe de la victoire : on doit cependant questionner cette appellation au crible de l’histoire, en gardant en mémoire la formule de Clausewitz qui comparait la guerre à un caméléon […]. »

Source : Gilles Ferragu, « Les nouvelles règles de la guerre ? », L’Histoire, n°504,
février 2023, pp. 52-57.

1 Les conflits futurs, l’avènement des guerres hybrides ».
2 Organisation terroriste libanaise.
3 Région ukrainienne disputée par la Russie depuis un conflit en 2014.

Document 2 :
Fusillade de civils madrilènes le 3 mai 1808 suite à leur révolte contre les armées
napoléoniennes.
Source : Francisco de Goya, El tres de mayo de 1808 en Madrid, huile sur toile, 1814,
musée national du Prado, Madrid.

 

 


La guerre et ses évolutions (Centres étrangers, Afrique, jour 2, 2023)

Vous interrogerez les ruptures et continuités dans la manière de faire la guerre depuis le XVIIIe siècle.

Document 1 :

Face à des États disposant d’outils de défense et de sécurité puissants, mais dont les populations sont sensibles au risque, le terrorisme est devenu un mode d’action auquel ont recours des adversaires qui s’affranchissent des règles de la guerre conventionnelle pour compenser l’insuffisance de leurs moyens et atteindre leurs objectifs politiques. Frappant sans discernement des civils, la violence qu’ils déploient vise d’abord à tirer parti des effets que son irruption brutale produit sur les opinions publiques pour contraindre des gouvernements. La couverture immédiate et globale dont ces agressions sont l’objet assure leur retentissement auprès de la population des États visés, voire du monde entier.

La publicité qui leur est ainsi donnée concourt de surcroît à entretenir le phénomène terroriste. Elle favorise en effet l’auto-radicalisation d’individus isolés qu’attire la perspective d’avoir, par leurs actions, un impact global à la mesure du ressentiment qui les habite. Le rôle d’Internet doit à cet égard être souligné : il permet à ces individus de rejoindre des communautés virtuelles dans lesquelles ils peuvent se retrouver et offre ainsi à des organisations terroristes un canal efficace de recrutement.

Plus de dix ans après les attentats du 11 septembre et malgré les progrès importants de la lutte anti-terroriste conduite au niveau mondial, le niveau de la menace demeure très élevé. L’action systématique des États-Unis et de leurs alliés contre Al-Qaïda a obtenu des résultats substantiels, avec la disparition d’Oussama Ben Laden et l’affaiblissement du mouvement qu’il avait créé. Malgré l’impact médiatique qu’elles engendrent à l’échelle mondiale, les actions terroristes n’ont pas eu les effets politiques espérés par leurs auteurs. Pour autant, il n’y a pas de signes que la menace terroriste pourrait décroître à court ou moyen terme et on observe que celle-ci évolue et se diffuse sur le plan géographique. Sur fond d’États fragiles ou faillis, des groupes terroristes sévissent dans des régions jusqu’alors préservées où ils parasitent des conflits locaux qu’ils tentent de radicaliser : zone sahélo-saharienne mais aussi nord du Nigeria, Somalie, Syrie, Irak, péninsule arabique et zone afghano-pakistanaise. Se réclamant d’Al-Qaïda, ils disposent d’une capacité opérationnelle indépendante et cherchent à avoir un impact global en visant directement les intérêts occidentaux. Ils peuvent inciter des individus radicalisés présents sur notre territoire à passer à l’acte et conjuguer leur action avec eux. Certains États pourraient en outre être tentés de recourir à nouveau à des modes d’action terroristes. Sur notre territoire même persiste la menace d’un terrorisme domestique susceptible de porter atteinte à la sécurité nationale.

Les modes opératoires ont quant à eux évolué depuis 2008, en particulier dans le domaine des explosifs, dont l’acquisition ou la fabrication par des groupes ou des individus est facilitée par l’utilisation d’Internet et des technologies de l’information, ainsi que par le développement des trafics. Alors que les assassinats ciblés et les prises d’otages se sont multipliés, l’hypothèse, identifiée dans le précédent Livre blanc, d’une attaque terroriste majeure ne peut pas être exclue.

Source : extrait du Livre blanc Défense et Sécurité nationale, 2013

Remarque : Le Livre blanc fixe la stratégie française de défense et de sécurité nationale.

Document 2 :
Source : Jean-Jacques Feuchère, Le Passage du pont d’Arcole [par le général Bonaparte en 1796 face à l’armée autrichienne], sculpture en haut-relief, Arc de Triomphe, Paris, 1834

Les défis de la construction de la paix (Polynésie, jour 2, 2023)

Le candidat doit souligner les continuités et les ruptures entre le système westphalien et les tentatives de maintien de la paix de l’ONU sous les mandats de Kofi Annan (1997-2006).

Document 1 :

La guerre de Trente Ans et les traités de Westphalie qui la concluent donnent naissance à une nouvelle pensée politique […]. Le temps des guerres de religion laisse place à celui des monarchies absolues. Le différend confessionnel* est peu à peu remplacé par l’idée du règlement civil des crises avec la recherche d’un statu quo entre les États […]. La guerre de Trente Ans marque aussi largement les esprits par sa violence débridée et  l’avènement d’une crise morale et spirituelle. La souffrance des populations civiles va de pair avec des pertes démographiques importantes […] : entre 1618 et 1648, l’Empire** perd [plus d’un] tiers de sa population totale (de 17 millions en 1618 à 10 millions en 1650) […]. La guerre de Trente Ans transforme donc les relations internationales en imposant deux éléments clés : l’équilibre des puissances et la négociation diplomatique. Cette pensée  s’articule autour de l’importance donnée au droit, à commencer par le droit des gens qui conditionne les relations entre les individus et l’État […]. Le choix de l’équilibre, de la mesure, se retrouve aussi sur l’échiquier européen où s’élabore un système juridique original qui définit la souveraineté nationale. Maîtres chez eux et à l’intérieur de leurs frontières, les États doivent en revanche accepter une forme d’égalité dans les relations qu’ils entretiennent les uns envers les autres. La norme qui s’établit invente une première forme de droit international. Paradoxalement, cela inaugure le règne des coalitions contre le plus puissant afin d’empêcher toute hégémonie trop prononcée.

Guillaume Lasconjarias, « Guerre de Trente Ans : vers l’équilibre des puissances », Sciences Humaines, novembre-décembre 2018, pp. 64-67, extrait cité pp. 66-67.

* « Différend confessionnel » : conflit religieux.

** Empire : il s’agit du Saint empire romain germanique.

Document 2 :
Dessin de presse de Plantu, Une du journal Le Monde visite des inspecteurs de l’ONU lors de la du 29 janvier 2003 relative à la crise irakienne.

La dimension politique de la guerre (Amérique du Nord, jour 1, 2022)

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez les différentes formes prises par les conflits interétatiques jusqu’aux guerres napoléoniennes.

Les traités de Westphalie de 1648 consacrent le triomphe de l’État territorial et mettent en place les conditions d’un ordre européen fondé sur l’équilibre des puissances. Forcément instable, régulé par la guerre quasi permanente et scandé par des traités de paix nécessairement éphémères, cet ordre n’en organisera par moins l’Europe jusqu’à son remplacement par un ordre inédit, fondé non pas sur l’équilibre des puissances, mais sur l’équilibre de la terreur. […]

Un petit XVIIIe siècle, entre la paix d’Utrecht de 1713* et la Révolution française, marque l’apogée de l’État dans cette première modernité. […] C’est le temps de ce que j’appelle la guerre rationnelle, autrement dit un affrontement dépouillé de toute idéologie autre que la raison d’État. C’est la guerre théorisée par Carl von Clausewitz, qui reste un homme des Lumières. Ce n’est pas un hasard si le général prussien définit la guerre comme un duel dont la finalité est d’imposer sa volonté à l’adversaire, ni s’il y voit, définition célèbre entre toutes, la poursuite de la politique par d’autres moyens. […] C’est la forme de guerre la plus civilisée de l’histoire militaire : une affaire de professionnels qui appartiennent au même monde, parlent la même langue, et obéissent aux mêmes codes sociaux. […]

Pourtant, Clausewitz a été le témoin et acteur du début de la deuxième ère guerrière, inaugurée par la Révolution française. Conséquence logique de la souveraineté populaire, la levée en masse marque le passage d’un ordre militaire à la nation en armes – et bouleverse le champ de bataille. On ne se bat plus pour le roi, mais pour la nation, idée abstraite qui permet à l’État, un État entendu comme la chose de tous, de mobiliser toutes les ressources humaines et matérielles du territoire qu’il contrôle.

Clausewitz comprend cela. Il voit bien pourquoi les armées professionnelles d’Ancien Régime étaient incapables de « montrer aux extrêmes » et comment la massification des armées nationales permettait désormais de mener une guerre « absolue », autrement dit libérée de toute entrave et bénéficiant d’une mobilisation sans précédent des ressources humaines et matérielles de la nation. […]

En effet, sous les yeux étonnés de l’Europe monarchique, la guerre vient de changer de nature. Elle devient un fait social total, […] et visera moins à établir un nouvel équilibre des puissances qu’à asseoir une domination définitive, ou du moins durable. Elle supposera la fusion entre le peuple et son armée. Et elle s’habillera désormais des oripeaux** de l’idéologie : nation, classe ou race.

Élie BARNAVI, Dix thèses sur la guerre, Paris, Flammarion, 2014

* Le traité d’Utrecht met fin à la guerre de Succession d’Espagne, qui opposait depuis 1700 plusieurs grandes puissances européennes.

** Oripeaux : habits voyants et usés.

Le corrigé des Clionautes est ici. 


Violence et diversité des acteurs au Moyen-Orient (Asie, jour 1, 2022)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, répondez à la question suivante : Comment la diversité des acteurs contribue-t-elle à la permanence de la violence et de la guerre au Moyen-Orient ?

Document 1 :

« Tout se passe comme si on avait, au Moyen-Orient, un répertoire de la diversité des formes de violence interne et internationale, avec une créativité sans égale. Cela vaut aussi bien pour la diversité des conflits que pour la galaxie des combattants et pour la convergence des multiples facteurs qui conduisent à la violence. D’autres régions ont pu connaître des dérives comparables, l’ex-Yougoslavie, par exemple, mais pas de façon aussi durable, répétitive, cumulative.

Pour la diversité des formes de violence, sans prétendre à l’exhaustivité, peuvent être distingués les conflits entre États, les conflits interétatiques qui ont un impact extérieur, les interventions internationales, les actions meurtrières provenant d’entités non étatiques ou dirigées contre elles, voire contre des individus […].

La galaxie des combattants correspond à cette diversité […]. Aux armées régulières s’ajoutent la présence et l’action fréquente de milices, de forces paramilitaires curieusement dénommées « sociétés militaires privées » là où il ne s’agit que de mercenaires. On parle parfois de « privatisation » de la guerre là où il s’agit plutôt de gestion privée puisque ces groupes agissent à la demande et pour le compte d’États. Des forces spéciales interviennent souvent dans les conflits de façon semiclandestine. Les services de renseignement participent souvent de façon couverte aux diverses formes de violence, surtout pour la répression interne. De façon plus bénigne, les forces de la paix incarnées par les Casques bleus n’ont qu’un rôle tout à fait marginal, et la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL)* fait exception. Quant au terrorisme, il semble être une spécialité de la région, qui est en outre une grande exportatrice. Cette galaxie conduit à relativiser fortement la distinction entre militaires et civils, et même entre combattants et non combattants […].

S’il est une région qui démontre concrètement l’échec historique de la guerre, c’est bien le Moyen-Orient. Tout se passe en outre comme si les facteurs belligènes convergeaient. Lorsque des conflits se développent, ils découlent le plus souvent d’un ensemble complexe de motifs […].

Plus généralement, l’insécurité générale de la région est en elle-même un élément qui facilité le recours à la violence. »

Source : Serge SUR, « Le Moyen-Orient, carrefour des extrêmes » Questions internationales, numéro 103-104, septembre-décembre 2020.

[Serge SUR est rédacteur en chef de la revue Questions internationales.]

* Force intérimaire des Nations Unies au Liban établie en mars 1978 par le Conseil de Sécurité pour s’interposer dans la guerre civile.

Document 2 :

Source : Jean-Paul CHAGNOLLAND et Pierre BLANC, Atlas du Moyen Orient , Éditions Autrement, Collection Atlas/Monde, 2016.

Note : Le PKK, Parti des travailleurs du Kurdistan formé en 1978, est une organisation politique armée du peuple kurde considérée comme terroriste par une partie de la communauté internationale dont la Turquie.


Les représentations et les défis de la guerre (Centres étrangers, Afrique, jour 1, 2022)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez comment la nature des conflits, leurs représentations et les défis qu’ils posent aux États ont évolué.

Document 1 :

Le tableau « Napoléon Ier à la bataille de Wagram, 6 juillet 1809 » est une commande de Louis-Philippe au peintre Horace Vernet pour le Musée historique qu’il fonde à Versailles en 1837.

Source : Horace Vernet, « Napoléon Ier à la bataille de Wagram 6 juillet 1809 », 1836
Document 2 :

Même s’il frappe indistinctement tous les régimes, le terrorisme global porte néanmoins aux démocraties un préjudice particulier en raison du lien entre le pouvoir et le peuple qui fonde ces régimes. Alors que dans le terrorisme territorialisé, l’attentat vise à faire plier le pouvoir en frappant le peuple, dans le terrorisme déterritorialisé, l’attentat vise plutôt à faire plier le peuple pour qu’il renonce lui-même à ses libertés et qu’il se précipite dans les bras du pouvoir. […] Le terrorisme déstabilise profondément les fragiles équilibres de la relation démocratique entre le peuple et le pouvoir. Il réveille des fantasmes de part et d’autre : un désir de protection absolue de la part du peuple, l’occasion d’une nouvelle emprise sur le peuple par le pouvoir. […]

Le discours politique emploie la métaphore de la guerre mais sans véritablement la prendre au sérieux, ce qui l’expose à faire une piètre politique et une mauvaise sécurité. Mauvaise stratégie, car il ne comprend pas que le but de cette nouvelle forme de terrorisme n’est pas de conquérir positivement un territoire mais de le contrôler négativement en rendant à ses habitants la vie impossible, en transformant tout divertissement en moment spécialement anxiogène, en menaçant physiquement les participants du débat public et en grignotant peu à peu ces moments d’insouciance qui font le charme de la vie en société. D’un point de vue stratégique, le premier objectif est de maîtriser les règles d’engagement et de contraindre l’adversaire à se battre sur son terrain avec des armes que l’on a choisies. Le tout sécuritaire n’accorde-t-il pas aux terroristes cette première manche ?

La seconde règle d’or de l’art militaire est de bien identifier ce que Clausewitz appelait le « centre de gravité » des forces de l’ennemi, celui autour duquel tourne tout le reste de sa puissance. Dans le cas du terrorisme global, ce centre de gravité n’est pas le soutien financier […], ni la clandestinité, ni la structuration de l’organisation terroriste qui ne sont que des avantages, certes importants mais pas déterminants. Le centre de gravité des combattants du djihad, c’est leur détermination à se battre, elle-même due à la grandeur de la cause embrassée et à la force de la camaraderie en leurs rangs. Les pays démocratiques sont à l’inverse handicapés par l’extrême inverse : la peur de la mort, la couardise et l’individualisme qui affaiblit le lien social. Cette volonté de se battre est insensible à la pression sociale, à l’attrait du bien-être, ni bien sûr à la menace qui est à l’inverse une marque de reconnaissance. […]

Le terrorisme oblige les démocraties à surmonter une épreuve nouvelle en ce qu’elle recouvre à la fois une agression externe mais aussi une crise interne. Il les surprend à un moment où elles sont guettées par une sorte de fatigue. Les sociétés démocratiques craignent que leur ouverture et leur diversité ne les affaiblissent en les exposant anormalement au danger terroriste. C’est pourquoi elles sont tentées de renoncer à leurs principes au nom de leur sécurité physique : la peur et le désir de sécurité deviennent des sentiments impérieux, qui l’emportent sur tout autre, à commencer par l’aspiration à l’égalité et l’attachement à la liberté.

Source : d’après Antoine Garapon (magistrat) et Michel Rosenfeld (professeur de droit), Démocraties sous stress. Les défis du terrorisme global, 2016


Les deux guerres du Golfe (1991 et 2003) et leurs prolongements (Mayotte-Liban, jour 1, 2022)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez comment les deux guerres du Golfe ont eu des répercussions sur la situation du Moyen-Orient.

Document 1 :

Saddam Hussein, en 1990, n’avait pas compris qu’avec la chute du Mur, le monde avait changé. Il pensait que l’URSS allait le protéger de l’Amérique après son invasion du Koweït, et a payé cher cette erreur. Outre les coûts de la guerre perdue de 1991, l’Irak, en raison du lâchage soviétique, s’est vu infliger par les Nations Unies un régime de sanctions internationales d’une ampleur et d’une dureté encore inégalées à ce jour.

Le 6 août 1990, quatre jours après l’invasion du Koweït, le Conseil de sécurité adopte, avec l’accord de ses cinq membres permanents, la résolution 661 instaurant un embargo généralisé sur toutes importations et exportations d’Irak, comme sur tous mouvements financiers. Elle prévoit toutefois une soupape de sûreté humanitaire avec la création d’un dispositif plus tard baptisé « pétrole contre nourriture », mais celui-ci ne se mettra en place qu’en 1996, en raison de la résistance irakienne. Après la libération du Koweït, la résolution 687, adoptée le 3 avril 1991, à nouveau avec l’accord des cinq membres permanents, lance un programme de recherche et de destruction de toutes armes atomiques, biologiques et chimiques, ainsi que des missiles d’une portée supérieure à cent cinquante kilomètres. Deux jours plus tard, la résolution 688 condamne la répression des populations civiles, notamment des Kurdes, et fonde le fameux « droit d’ingérence humanitaire ». Allant encore au-delà des décisions du Conseil de sécurité, les ÉtatsUnis, la Grande-Bretagne et la France mettent en place deux zones d’exclusion aérienne, l’une dans le nord, dès avril 1991 pour protéger les Kurdes, l’autre dans le Sud l’année suivante pour protéger les populations chiites.

Au fil des années, le prix économique, social, sanitaire, payé par la population irakienne du fait de l’embargo soulève des interrogations croissantes de la part de l’opinion internationale. Les organisations humanitaires chiffrent en centaines de milliers les décès provoqués, notamment dans la population infantile. […] Entre temps, l’Irak, qui se plie difficilement aux contrôles internationaux prévus par la résolution 687, connaît en décembre 1998 une vague de frappes ciblées déclenchée par les États-Unis, en principe pour mettre à mal ses capacités de fabrication d’armes de destruction massive, mais surtout pour ébranler le régime. Celui-ci, malgré tout, tient toujours. Il faudra une nouvelle guerre, en 2003, pour le faire tomber.

Source : François Nicoullaud, « La France, les sanctions, l’Iran », Questions internationales, n°61-62, mai-août 2013. [François Nicoullaud a été ambassadeur de France en Iran de 2001 à 2005.]

Document 2 :
Source : Adam Zyglis, The Buffalo News*, 17 juin 2014**. https://politicalcartoons.com/sku/149866, (consulté le 21 octobre 2021).

Dessin de presse intitulé « Iraq Jihadists » (traduction : djihadistes irakiens)

Traduction « Iraq War » : Guerre d’Irak

* Quotidien régional fondé en 1873 et diffusé dans la région de Buffalo (État de New York).

** En juin 2014, « l’État islamique en Irak et au Levant » (DAESH) prend la ville de Mossoul en Irak.


L’évolution des formes de guerre (Métropole, jour 1, 2022)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, caractérisez les différentes formes de guerres.

Document 1 :
Source : Estampe de Johann Lorenz Rugendas (1775-1826) : La grande bataille d’Austerlitz, début du XIXe siècle
Document 2 :

Composé en bonne partie de moudjahidines* étrangers ayant prêté allégeance à Oussama Ben Laden, mais contrôlé en Irak même par le Jordanien Abou Moussad AlZarquaoui, AQI (Al-Qaïda en Irak) est à l’origine d’une campagne d’une extrême violence contre les forces de la coalition, le gouvernement irakien et les chiites du pays. Son objectif avoué consiste à faire voler en éclats le nouvel Irak en vue d’y instituer un califat. Par habitude, nous avons entrepris de cartographier l’organisation en lui attribuant une structure militaire traditionnelle, avec ses échelons et ses rangs. Au sommet se trouvait Al-Zarkaoui, suivi d’une succession de lieutenants et de fantassins. Cependant, plus nous y réfléchissons, plus nous constatons que ce modèle ne fonctionnait pas. Les lieutenants d’AQI n’attendaient pas les directives de leurs supérieurs pour agir, et encore moins les ordres de Ben Laden. Les décisions se prenaient de façon décentralisée, mais rapide, puis étaient transmises horizontalement à travers l’organisation. Les combattants d’Al-Zarkaoui étaient bien adaptés aux régions qu’ils fréquentaient, comme Falloujah et Al-Qaim**, dans la province orientale d’Anbar, et grâce à la technologie moderne, ils entretenaient des liens étroits avec le reste de la province et du pays. Argent, propagande et information circulaient à un rythme alarmant, permettant une coordination rapide et efficace. Nous les voyions changer de tactique (passer d’attaques à la roquette à des attentats suicides, par exemple) quasi simultanément dans différentes villes. Ils exécutaient une funeste chorégraphie dont la structure, souvent méconnaissable, était en constante évolution.

* Combattants engagés dans le Djihad

** Villes d’Irak

Source : propos tenus en 2011 dans la revue Foreign Policy par le commandant des forces spéciales américaines Stanley McChrystal (2003-2008), in Jérémy Scahill, Dirty Wars. Le nouvel art de la guerre, 2014


Clausewitz et les conflits du début du XXIe siècle (Polynésie, jour 1, 2022)

En analysant de manière critique les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, répondez à la question suivante : la pensée clausewitzienne permet-elle de comprendre les conflits du début du XXIe siècle ?

Document 1 :

D’après l’ouvrage posthume de Carl von Clausewitz De la guerre, 1832.

Document 2 :

Les pays du Sahel doivent désormais faire face à une menace à laquelle ils étaient peu préparés […]. Désormais, nos forces de sécurité et de défense doivent se préparer à une nouvelle forme de guerre sans fin ni front contre des forces le plus souvent non conventionnelles. […] Dans le schéma de Kissinger*, le diplomate et le soldat formaient l’équipe duelle ou idyllique de la scène internationale. C’était sans compter avec les nouveaux acteurs qui viennent concurrencer le sujet de droit international classique qu’était l’État : ils s’appellent le rebelle, le prédicateur transnational, le djihadiste, le terroriste etc.

Les États africains doivent, désormais, intégrer la rupture conceptuelle des mouvements comme Al-Qaïda depuis l’expérience afghane. Pour les groupes djihadistes, il s’agira, de moins en moins, de visées globales coûteuses et difficilement réalisables. L’expérience malienne l’a démontré : selon un modus operandi [mode opératoire] bien simple, ces groupes bien établis, procèdent au parasitage des conflits locaux, irrédentistes**, en leur donnant un habillage islamique espérant, ainsi, attirer l’Occident et ses alliés dans le piège d’une éventuelle intervention dont les bavures et maladresses vont certainement encore causer plus de radicalisation. Et c’est le cercle vicieux dont nous ne sommes pas prêts de  sortir de sitôt. […] Boko Haram*** est certes harcelé au Nigeria mais ses exactions visant les soft targets (cibles faciles) à défaut d’opérations de grande envergure, s’abattent sur tout le pourtour du lac Tchad, de Garoua au Cameroun à Mitérié au Tchad, déstructurant les économies, décimant des villages entiers. Le terrorisme qui, il y a dix ans, paraissait un phénomène lointain, est devenu une réalité africaine […].

Avec une telle configuration, les solutions strictement sécuritaires et militaires ont déjà montré leurs limites dans la lutte contre le terrorisme : les Américains sont restés plus d’une décennie en Afghanistan sans éradiquer le phénomène des talibans […]. La transnationalité des acteurs, la porosité des frontières ainsi que la réduction de l’espace par les moyens de communication modernes semblent en faveur de la propagation du phénomène djihadiste dans le Sahel. […] Combinés aux données stratégiques et à l’aggravation des phénomènes liés au trafic de drogue, à la prise d’otages, ces éléments impliquent une nécessaire prise en compte globale de la problématique « sécurité humaine » dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest. […] Au regard de l’interdépendance entre les différents risques et menaces (trafic de drogue, terrorisme, menace sur la production de nourriture liée à l’insécurité), cette prise en charge devra se faire avec une stratégie interrégionale.

* Kissinger : Henry Kissinger a été conseiller à la Sécurité nationale, puis secrétaire d’État sous Richard Nixon et Gerald Ford. Il a été lauréat du prix Nobel de la paix en 1973.

** Irrédentisme : mouvement visant à réunir en un même État des groupes de même langue et culture vivant sur des territoires différents.

*** Boko Haram : groupe armé nigérian se réclamant du djihadisme islamique.

Source : « Mutations du djihadisme : l’Afrique face à la guerre asymétrique et l’impératif de prévention », article de Bakary Sambe, mis en ligne par le Timbuktu Institute, African Center for Peace Studies, le 13 janvier 2018 (consultation, 25 septembre 2020).


Conflits et tentatives de paix au Moyen-Orient depuis les années 1960 (Métropole, sujet de remplacement, jour 1, 2022)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, dégagez les ruptures et les permanences dans la conflictualité au Moyen Orient depuis 1967.

Document 1 :

De gauche à droite, les drapeaux des États-Unis, d’Israël, des Émirats arabes unis et de Bahreïn sont projetés sur les remparts de la vieille ville de Jérusalem (Jérusalem Est) le 15 septembre 2020, en soutien aux accords de normalisation conclus par Israël avec les Émirats arabes unis et Bahreïn.

Source : Getty, 2020
Document 2 :

Juin 1967 : à la suite de la fermeture du détroit de Tiran aux navires israéliens par le président égyptien Nasser, Israël conquiert à l’Égypte le désert du Sinaï et la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est à la Jordanie et le plateau du Golan à la Syrie. De nombreux Arabes palestiniens se réfugient dans des camps en Jordanie, en Syrie et au Liban.

Novembre 1967 : résolution 242 de l’ONU proposée par le Royaume-Uni et approuvée à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Septembre 1972 : lors des Jeux Olympiques de Munich, un commando palestinien assassine des athlètes israéliens.

1973 : guerre du Kippour. Israël est attaqué par les armées syrienne et égyptienne. Le conflit armé s’achève sur un statu quo territorial.

1978 : signature des accords de Camp David entre Israël et l’Égypte qui constituent la base du traité de paix entre les deux pays signé le 26 mars 1979.

1980-1988 : guerre Iran-Irak. Elle se solde par un million de morts sans gain territorial de part et d’autre.

1987 : première Intifada. Soulèvement des Palestiniens dans les territoires occupés.

1988 : Israël reconnaît l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP).

1991 : première guerre du Golfe. Le Koweït est évacué par l’Irak suite à l’intervention d’une coalition soutenue par l’ONU.

1993 : signature des accords d’Oslo entre Israël et l’OLP.

2002 : à l’issue de la deuxième Intifada palestinienne, l’État d’Israël édifie un mur le séparant de la Cisjordanie.

2003 : deuxième guerre du Golfe. La coalition américaine renverse le régime de Saddam Hussein.

2004 : création d’Al-Qaïda en Irak.

2006 : début de la première guerre civile irakienne entre groupes sunnites et chiites.

2008 à 2021 : affrontements armés répétés dans la Bande de Gaza opposant l’armée israélienne au Hamas.

Mars 2011 : début de la guerre civile en Syrie.

2012-2016 : la bataille d’Alep, deuxième ville syrienne, oppose les rebelles de l’armée syrienne libre à l’armée du régime syrien.

2014 : proclamation du califat par Daech.

2016-2017 : bataille de Mossoul, ville irakienne, qui oppose, dans le contexte de la deuxième guerre civile irakienne, les forces gouvernementales irakiennes aux djihadistes de Daech.

2020 : Israël conclut des accords de normalisation des relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis et Bahreïn.

Sources : d’après Le Monde diplomatique, 2015-2021

et Pierre Blanc, Jean-Paul Chagnollaud, Atlas du Moyen-Orient, 2019

 


Différents modes de résolution des conflits (Centres étrangers, Afrique, jour 2, 2021)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez les différents types de relations qu’entretiennent les acteurs des guerres.

Document 1 :

Les représentants diplomatiques de toutes les parties prenantes négocient, pendant le congrès de la paix en Westphalie, à Munster en 1648. Dessin à l’encre sur papier. Les notations manuscrites ne sont pas lisibles.

Source : Klaus Bussmann et Heinz Schilling, 1648. Krieg und Frieden in Europa [1648.Guerre et paix en Europe], 1998-99
Document 2 :

Les otages autrichiens ont été libérés en octobre 2008, après le versement d’une rançon.

« Nous ne négocions pas avec les terroristes » a déclaré le chancelier [autrichien] Alfred Gusenbauer vendredi en marge du sommet de l’UE à Bruxelles. Néanmoins, comme l’a révélé Die Presse, des négociations ont lieu pour la libération des deux otages de Salzbourg. Il est question d’une rançon. Le montant, on ne le connaît pas. Dans des cas comparables, Berlin, Paris ou Rome ont payé des millions de dollars.

Le soir, sur la chaîne de télévision ZiB2, Ursula Plassnik, ministre des Affaires étrangères [autrichienne] a apporté un démenti : « Non, nous ne négocions pas ». L’Autriche serait en contact avec les gouvernements concernés, mais les exigences des preneurs d’otages même avec « la meilleure volonté de l’Autriche » ne pourraient pas être satisfaites. […] L’Algérie et la Tunisie refusent de libérer les membres d’AlQaïda.

Jeudi soir, les preneurs d’otages ont adressé à l’Autriche un ultimatum par internet. Ils exigeaient la libération de tous les membres « d’Al-Qaïda au Maghreb » détenus dans les prisons tunisiennes et algériennes d’ici dimanche à minuit. Une fois ce délai expiré, l’Autriche serait « responsable de la vie des deux otages ». […] Il n’est pas possible de satisfaire la revendication des preneurs d’otages qui consiste à obtenir la libération de prisonniers dans d’autres pays, a déclaré Alfred Gusenbauer.

Le président français Nicolas Sarkozy a assuré, lors du sommet de l’UE, que son pays ferait tout pour sauver les Autrichiens enlevés. Il a également assuré qu’Alfred Gusenbauer avait demandé l’aide de services secrets européens. D’après Nicolas Sarkozy, les services secrets extérieurs français travaillent étroitement avec l’Autriche.

Les services secrets amis sont déjà, bien sûr, impliqués depuis longtemps. Les experts du terrorisme pensent que des contacts ont déjà été pris pour la libération des otages en passant par des intermédiaires. […]

Les dirigeants politiques autrichiens excluent une action militaire. Alfred Gusenbauer a condamné l’enlèvement des deux Salzbourgeois en le qualifiant « d’acte complètement hors de toute règle de droit » et a exigé « la libération immédiate et sans condition des otages ».

Source : d’après le quotidien autrichien Die Presse, 15 mars 2008


Des guerres de nature différente (Métropole, Jour 1, 2021)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, caractérisez les différentes formes de guerres.

Document 1 :

Frédéric II marchant le 25 août 1758 à la tête de ses troupes à la bataille de Zorndorf, une victoire prussienne sur les troupes russes pendant la guerre de Sept Ans.

Source : d’après le tableau d’un peintre allemand, Carl Röchling, 1904
Document 2 :

Au moment où il écrit cet ouvrage, Marc Trévidic est juge d’instruction au pôle national antiterroriste à Paris.

Évidemment, et ce nom revenait aussi dans les dossiers, Al-Qaida était au centre de mes lectures. Aujourd’hui, personne n’ignore ce qu’est cette organisation, le nom d’Oussama Ben Laden est célèbre dans le monde entier. Avant le 11 septembre, Al-Qaida était surtout connu des services spécialisés. Certes, Ben Laden était depuis la fin des années 1990 l’un des fugitifs les plus recherchés par le FBI. Son nom et celui de son organisation apparaissaient dans certains articles de presse ou reportages télé. Mais dans la tête du grand public, il n’était pas encore l’ennemi public numéro un. AlQaida était au mieux un nom bizarre. Et l’idée que cette obscure organisation puisse faire vaciller l’Amérique était proprement inconcevable. […] L’Occident a laissé les camps d’entraînement afghans prospérer, les jihadistes ont pu circuler dans le monde entier, librement, ou sous de fausses identités, tandis que les théoriciens de la terreur lançaient des fatwas* depuis Londres, sans être inquiétés. Les attentats se multipliaient, les menaces de Ben Laden contre l’Occident ne cessaient d’enfler, ses troupes grossissaient mais rien n’a pu stopper cette machine infernale. En retraçant la montée en puissance d’Al-Qaida, graduelle, planifiée, méthodique, on réalise à quel point la catastrophe était prévisible. Permettez-moi ce retour historique. Al-Qaida est un mot arabe que l’on peut traduire par « la base ». Ces dernières années, les théories se sont succédé sur les raisons pour lesquelles ce mot a finalement été choisi pour désigner la plus grande organisation terroriste du monde. Il est même difficile d’accorder la paternité de ce choix à qui que ce soit. Il fallait bien un nom car toute chose doit être nommée. Certains disent qu’il s’agit de désigner avant toute chose une « base militaire », d’autres soutiennent qu’il s’agit d’une base de données. Force est de constater qu’Al-Qaida a été les deux.

Source : Marc Trévidic, Au cœur de l’antiterrorisme, 2011

* Dans le droit musulman, une fatwa est un avis religieux et juridique, sur une question concrète. Ici, le mot est synonyme de condamnation.


Clausewitz à l’épreuve des tentatives de paix au Moyen-Orient (Métropole, jour 2, 2021)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez que la pensée de Clausewitz reste d’actualité pour comprendre la difficile construction de la paix au Moyen-Orient.

Document 1 :

On ne peut considérer la guerre, c’est-à-dire les tensions et les actions hostiles, comme ayant atteint son terme aussi longtemps que la volonté de l’ennemi n’a pas été brisée, son gouvernement et ses alliés contraints de faire la paix, son peuple de se soumettre. Car il se peut que les hostilités reprennent, de l’intérieur du pays ou par l’entremise de ses alliés, quand bien même nous l’occupons tout entier. Bien entendu, cela peut avoir lieu aussi après que la paix a été conclue, ce qui ne prouve rien d’autre que ceci : toutes les guerres n’aboutissent pas à un verdict définitif et à un règlement parfait. Même si tel est le cas, cependant, la signature de la paix éteint toujours bien des étincelles qui auraient continué de couver […].

Mais dans le monde réel, cette fin de la guerre abstraite, cet ultime moyen de réaliser la fin politique auquel concourent tous les autres, à savoir la réduction de l’adversaire à l’impuissance, n’est pas à tout coup à portée de la main, et n’est pas non plus la condition sine qua non de la paix ; il ne peut donc en aucun cas être érigé en loi par la théorie. D’innombrables traités de paix furent signés sans que l’un des deux camps puisse être considéré comme réduit à l’impuissance, et même avant que l’équilibre des forces ait été visiblement rompu […].

Dans la réalité, avec l’incapacité à résister plus avant, il y a deux raisons de faire la paix. La première est l’invraisemblance de la victoire, la deuxième son coût trop élevé […].

La guerre n’a donc pas toujours besoin que les combats continuent jusqu’à l’anéantissement de l’un des antagonistes ; il peut suffire parfois d’une probabilité d’insuccès légère, peut-être à peine perceptible, pour décider un camp à abandonner la partie si ses motifs d’agir et les tensions qui l’animent sont de faible intensité. Si l’autre côté en est persuadé à l’avance, il est normal qu’il vise à réaliser cette probabilité au lieu d’emprunter le long chemin de l’anéantissement complet de l’adversaire.

Le bilan de l’énergie dépensée et de celle qui reste à dépenser pèse d’un poids encore supérieur dans la décision de faire la paix. La guerre n’étant pas commise par passion aveugle, mais contrôlée par son objectif politique, c’est la valeur attribuée à ce dernier qui détermine l’ampleur des sacrifices requis par sa réalisation. Cela vaut non seulement pour son ampleur mais également pour sa durée. Dès que la dépense d’énergie passe le seuil où elle n’est plus équilibrée par la valeur de l’objectif politique, il faut y mettre un terme, et la paix s’ensuit logiquement.

Source : Carl von Clausewitz, De la guerre, Livre I, Chapitre II, 1832, traduction française de 1999.

Document 2 :

Sur la photo, de gauche à droite : le ministre des Affaires étrangères de Russie Andrei Kozyrev ; le Premier ministre d’Israël Yitzhak Rabin ; un fonctionnaire américain ; le président des États-Unis Bill Clinton ; assis, le ministre des Affaires étrangères d’Israël Shimon Peres ; le président de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat ; le secrétaire d’État américain Warren Christopher ; le numéro 2 de l’OLP Mahmoud Abbas.

Source : signature à Washington des accords d’Oslo, 13 septembre 1993, photographie AFP/Getty Images

Clausewitz et les conflits contemporains (Sujet zéro 1, 2021)

La conception clausewitzienne de la guerre telle qu’analysée par Raymond Aron permet-elle de comprendre les conflits contemporains liés au djihadisme ?

Document 1 :

Le politologue et historien Raymond Aron analyse la pensée de Clausewitz développée dans son traité De la guerre.

Au point de départ, le modèle le plus simple, celui du duel, qui suggère une première définition de la guerre, épreuve de volonté avec l’emploi de la violence physique. L’analyse du modèle conduit à la théorie de l’ascension aux extrêmes […] et de la guerre absolue […]. En un deuxième moment, Clausewitz réintroduit les éléments principaux que le modèle a négligés : l’espace (un État n’est pas un lutteur, il dispose d’un territoire, d’une population) ; le temps (le sort d’une guerre, d’une bataille, d’un État, ne se décide pas en un seul instant) ; l’asymétrie entre l’attaque et la défense, qui rend compte de la suspension des opérations ; enfin la politique, qui fixe la fin de la guerre elle-même et, en fonction de l’ensemble des circonstances, des intentions supposées de l’ennemi et des moyens disponibles, détermine le plan de guerre, la mesure des efforts. Le premier chapitre, résumé de la philosophie du traité tout entier, aboutit à une deuxième définition […] du phénomène guerre, étrange triade de la passion (le peuple), de la libre activité de l’âme (le chef de guerre) et de l’entendement (la politique, l’intelligence personnifiée de l’Etat).

[…] La pensée de Clausewitz se prête à deux interprétations, non pas contradictoires mais divergentes. Ou bien on retient pour centre de sa pensée la bataille d’anéantissement […]. Ou bien on fixe son attention sur l’autre versant de sa pensée : la guerre continuation de la politique par d’autres moyens ou avec l’addition d’autres moyens, donc la primauté de l’homme d’État sur le chef militaire, l’affirmation répétée que la guerre absolue ou idéale est la plus rare dans l’histoire, que la plupart des guerres, mesurées à la guerre absolue, ne sont que des demi-guerres. […]

Comparée au XXe siècle, la période révolutionnaire et napoléonienne ne semble qu’une pâle répétition d’une pièce d’horreur à grand spectacle.

Source : Raymond ARON, Mémoires, Paris, Julliard, 1983, p. 646-649.

Document 2 :


Le modèle westphalien, ses caractéristiques et sa pertinence (Sujet zéro 2, 2021)

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, répondez à la question suivante : le « modèle westphalien » permet-il de comprendre les relations internationales d’aujourd’hui ?

Si la paix de Westphalie a marqué un tournant dans l’histoire des nations, c’est parce que les éléments qu’elle a mis en place étaient aussi simples que radicaux. L’État – et non l’empire, la dynastie ou la confession religieuse – s’affirma comme l’élément fondamental de l’ordre européen. La notion de souveraineté étatique fut établie. Le droit de chacun des signataires de choisir sa propre structure intérieure et son orientation religieuse personnelle indépendamment de toute intervention fut reconnu, tandis que des clauses absolument nouvelles veillaient à ce que des confessions minoritaires puissent pratiquer leur foi en paix, sans risquer la conversion forcée. Au-delà des exigences immédiates de l’heure, les principes d’un système de « relations internationales » se mettaient en place, nourris par le désir commun d’éviter la réapparition d’une guerre totale sur le continent. On institua des échanges diplomatiques, notamment par l’installation de représentants permanents dans les capitales des autres États […]. Les parties voyaient dans l’organisation future de conférences et de consultations la création de tribunes qui permettraient de régler les querelles avant qu’elles n’entraînent des conflits armés. Le droit international élaboré pendant la guerre par des conseillers lettrés et voyageurs tels que Hugo de Groot (Grotius) apparut comme un ensemble extensible de règles admises par tous, destinées à cultiver l’harmonie, centrées autour des traités de Westphalie eux-mêmes.

Le génie de ce système, et la raison pour laquelle il s’est répandu à travers le monde, était que ses dispositions portaient sur des points de procédure, et non de fond. Si un État acceptait ces conditions de base, il pouvait être reconnu comme un citoyen international en mesure de préserver sa culture, sa politique, sa religion et sa politique intérieure personnelles, à l’abri de tout intervention extérieure du système international. […] Le concept westphalien prenait la multiplicité comme point de départ et intégrait des sociétés diverses, dont chacune était acceptée comme une réalité, dans une quête d’ordre commune. Au milieu du XXe siècle, ce système international était en vigueur sur tous les continents ; il constitue toujours la charpente de l’ordre international actuel.

Henry Kissinger, L’Ordre du monde, édition originale 2014, traduction française Paris, Fayard, 2016.


La complexité de la construction de la paix (Métropole, sujet de remplacement 1, 2021)

 En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, mettez en évidence les acteurs, les moyens et les difficultés pour construire la paix.

Document 1 :

Jusqu’à la fin, les opérations militaires portèrent de l’ombre aux négociations de paix. « En hiver, nous négocions ; en été nous combattons » affirmait l’un des négociateurs. Jusqu’au bout, Mazarin continua cet effort de guerre pour obtenir une paix avantageuse. Jusqu’au traité, il joua la carte de l’alliance suédoise.

Les négociateurs furent nombreux en Westphalie avec 194 souverainetés représentées. Âgés en moyenne de 45 à 49 ans, 40% d’entre eux avaient déjà une expérience diplomatique. Parmi les négociateurs, nombreux étaient des juristes de profession : d’où le goût du plaidoyer, de l’argutie* juridique, de la procédure écrite, de la prudence aussi. Les discussions furent lentes en raison de l’éclatement [des discussions] en deux villes et des correspondances difficiles avec les souverains. À cela s’ajoutait le poids des fausses nouvelles, des lettres interceptées, des révélations de l’espionnage. Le congrès fut néanmoins l’occasion d’un immense travail de réflexion et de proposition.

Prenons l’exemple de la France. La décision politique était soumise à des contraintes qui n’étaient pas seulement formelles. Mazarin était le chef d’orchestre de la diplomatie française, mais il rendait compte de ses plans au conseil, à la régente – elle n’approuva pas sa politique, semble-t-il, à l’égard des propositions d’Espagne en 1647 – et aux princes de la famille royale. Le dialogue entre la diplomatie royale et ses négociateurs avait aussi ses vertus : de Paris, un courrier tous les dix jours faisait le point sur la position française, avec des commentaires du secrétaire d’État Brienne, revus par Mazarin ; de Westphalie arrivaient les avis des négociateurs. […]

Pour la défense de la sainte foi**, la France était là dans une position ambiguë. […] Les alliés de la France étaient protestants et le premier d’entre eux, la Suède, voulait faire de l’Allemagne une vaste zone réformée.

Source : Lucien Bély, Les relations internationales en Europe XVII-XVIIIe siècles, Presses Universitaires de France, 1992

* argutie désigne ici un raisonnement pointilleux.

** sainte foi désigne ici la religion catholique.

Document 2 :

Kofi Annan et Yasser Arafat au siège de l’ONU le 5 mars 1997 pour discuter de la mise en œuvre du processus d’Oslo.

Source : UPI (United Press International)