Quand on veut bien préparer ses élèves, rien de tel que de reprendre les sujets de l’examen… Vous trouverez ici les annales des années précédentes, classées par thème.

Dissertations sur les nouveaux espaces de conquête

  • Mers et océans : des enjeux géopolitiques multiples, entre rivalités et coopérations. Amérique du nord, jour 1 (2026)
  • La conquête de l’espace de la Guerre froide à nos jours : rivalités et coopérations. Centres étrangers. Afrique. Jour 2 (2026)
  • Les nouveaux espaces de conquête, des espaces de rivalités entre États ? Amérique du nord, jour 1 (2025)
  • L’espace, entre coopérations et rivalités. Métropole, jour 1, session de remplacement (2025)
  • La conquête de nouveaux espaces : un moyen d’affirmation pour la Chine depuis les années 1950. Polynésie. Jour 1 (2025)
  • Les acteurs de la conquête de l’espace et des océans. Amérique du nord, jour 2 (2025)
  • Les acteurs de la conquête spatiale, entre rivalités et coopérations. Asie, jour 1 (2025)
  • Mers et océans : des espaces d’affrontements et de coopérations. Nouvelle-Calédonie, Jour 1 (2025)
  • Les enjeux de la conquête spatiale depuis le milieu du 20ème siècle. Polynésie, Jour 2 (2025)
  • L’affirmation de la Chine, dans l’espace et sur les océans, lui permet-elle d’être une grande puissance ? Nouvelle-Calédonie. Jour 2 (2025)
  • Coopérer dans les nouveaux espaces de conquête depuis les années 1970. Métropole, jour 2 (2024)
  • Mers et océans : entre affirmation des puissances et coopérations internationales. Centres étrangers, Afrique, jour 2 (2024)
  • Espace, mers et océans : nouveaux territoires d’affirmation de la puissance chinoise ? Asie, jour 1 (2024)
  • La conquête de l’espace : un enjeu géopolitique majeur ? Amérique du Nord, jour 1 (2024)
  • La conquête des territoires maritimes et de l’espace : un outil d’affirmation pour les États. Amérique du Nord, jour 2 (2024)
  • Mers et océans, des espaces de l’exercice de la puissance au XXIe siècle. Amérique du Nord, jour 2 (2022).
  • La conquête de l’espace, des mers et des océans : un outil de l’affirmation de la puissance chinoise face au reste du monde ? Amérique du Sud, jour 1 (2022). 
  • Les océans et l’espace, quelles coopérations internationales ? Asie, jour 1 (2022). 
  • Les enjeux de la conquête des mers et des océans. Centres étrangers, Afrique, jour 2 (2022).
  • La conquête de l’espace de 1957 à nos jours, rivalités et coopérations. Métropole, jour 1 (2022).
  • Les espaces maritimes, objet de rivalités et de coopérations. Métropole, jour 2 (2022). 
  • Les océans, un espace de conquête. Nouvelle-Calédonie, jour 1 (2022)
  • La Chine, acteur majeur des nouveaux espaces de conquête ? Nouvelle-Calédonie, jour 2 (2022). 
  • Les Etats et la maîtrise des mers et des océans : enjeux, compétition et coopération. Polynésie, jour 1 (2022). 
  • La conquête spatiale, un enjeu idéologique et de puissance. Polynésie, jour 2 (2022). 

Études critiques de document sur les nouveaux espaces de conquête


La Chine à la conquête des mers et des océans (Centres étrangers Afrique, jour 1, 2026)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous présenterez les enjeux, les manifestations et les limites de la puissance chinoise à partir des mers et des océans.

Document 1

« Dotée de onze porte-avions, l’US Navy* demeure la première flotte de la planète en tonnage, mais plus en nombre de bateaux : l’Armée populaire de libération (APL)** compte désormais 370 navires de combat contre 297 pour l’armée américaine. Certes, les dépenses militaires de la Chine s’élevaient, en 2023, à 296 milliards de dollars (285,7 milliards d’euros), soit 32 % des 916 milliards dépensés par les États-Unis, selon l’Institut de recherche sur la paix de Stockholm. […] Mais aucun autre pays ne s’est lancé dans un tel effort pour contester la supériorité militaire américaine. […] Le rythme de développement de l’armée chinoise représente le principal « défi » du Pentagone***. Pour Pékin, cette débauche de moyens répond à son ambition de devenir une « puissance de premier plan » avant les cent ans de la République populaire, soit avant 2049. […]

Les analystes spéculent sur l’objectif, mentionné par la presse hongkongaise, de doter la marine chinoise de six porte-avions en 2035 – ce que Pékin n’a pas démenti. […]

À cet arsenal s’ajoutent des emprises géographiques permettant à la Chine de se projeter à travers le monde. Alors qu’en septembre 2015, dans la roseraie de la Maison Blanche, Xi Jinping promettait à Barack Obama que son pays ne militariserait pas les îlots de sable situés dans la très contestée mer de Chine méridionale, la Chine y dispose désormais de trois bases militaires avec piste d’atterrissage. L’APL a en outre inauguré, en 2017, sa première base à l’étranger, à Djibouti. Au Cambodge, elle a rénové une base navale, en y adjoignant une longue jetée et des baies de réparation, qui lui ouvre un accès au golfe de Thaïlande. S’y ajoutent des ports commerciaux, dont l’utilité est incertaine en cas de conflit, tels que celui construit dans le sud du Sri Lanka, avec une concession de quatre-vingt-dix-neuf ans. […]

Le gouvernement chinois considère toutefois que repousser la puissance américaine nécessite une force militaire au moins aussi grande. C’est particulièrement le cas dans le Pacifique, où sa projection de forces est restreinte par une première chaîne d’îles et de territoires alliés ou proches des États-Unis – Japon, Corée du Sud, Taïwan, Philippines –, puis par une deuxième, de Tokyo à l’Australie en passant par les îles Mariannes du Nord et les bases américaines de Guam. »

1. Nom de la marine de guerre des États-Unis.

2. Nom de l’armée chinoise.

3. Siège du commandement des armées des États-Unis.

Source : extrait d’Harold THIBAULT et Simon LEPLÂTRE, « Chine : comment Xi Jinping a mis l’armée en ordre de bataille », Le Monde, article publié le 9 février 2025.

Document 2 :

 


Espace et océans, outils de la puissance des États (Métropole, jour 2, 2026)

Le corrigé des Clionautes est disponible. 

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez que l’espace et les océans sont des outils de la puissance des États.

Document 1

Document 2

« Protéger les Français, c’est ce que vous avez chaque seconde à l’esprit, peu importe la mer, peu importe le rivage. Et c’est votre première mission. Tout au long de votre périple, vous honorerez nos engagements de longue date au service de la paix, en apportant un soutien précieux aux déploiements navals et aériens dans chaque région traversée. Au Levant d’abord, car durant un mois entier, vous intégrerez la coalition internationale contre Daech. En rejoignant vos frères d’armes de Chammal1, vous serez de véritables piliers de notre lutte contre le terrorisme et poursuivrez activement le combat contre Daech, qui ne se terminera pas avec la chute de son dernier réduit, d’ici quelques jours. Et pour cela, vous avez toute la confiance des Français ; ils vous regardent, et ils sont fiers, comme je suis fière aujourd’hui, au moment même où vous prenez le large, de vous voir équipés, au service de la France.

Vous traverserez ensuite le canal de Suez pour poursuivre votre route dans le Golfe, puis naviguerez dans l’océan Indien jusqu’à Singapour. Là, il s’agira principalement d’anticipation et de connaissance de l’environnement, de zones que nous avons érigées au rang de priorités lors de la revue stratégique. Ne jamais se laisser surprendre, mieux appréhender les menaces et, lorsque c’est nécessaire, être paré au combat, c’est précisément ce que doit permettre le déploiement du groupe aéronaval. Votre connaissance de l’environnement stratégique est fondamentale pour assurer durablement la protection des Français.

La protection des Français, mais aussi celle des Européens. Car le groupe aéronaval, c’est le fruit de moyens collectifs, intégrant nos alliés européens et américains. Et voici votre deuxième mission : coopérer. […]

C’est enfin un message de coopération internationale, puisque nous pourrons compter sur nos alliés américains et australiens, dont les moyens seront directement intégrés au GAN2. Internationale également, car en prenant le large, c’est la France que vous ferez rayonner. C’est votre troisième mission. »

1. Chammal : opération en Irak et Syrie contre Daech

2. GAN : groupe aéronaval

Source : déclaration de Florence Parly, ministre des Armées, à Toulon le 5 mars 2019 à l’occasion du départ du groupe aéronaval du porte-avion Charles de Gaulle.

 


De nouveaux espaces de conquête (Centres étrangers, Afrique, jour 1, 2025)

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez que la conquête de l’espace et des océans est un outil de puissance.

[…] Mais quand on parle de la France de 2030 et de ce vers quoi nous devons nous projeter, je pense qu’on ne doit pas oublier de continuer à être des défricheurs. […] Par le spatial, nous avons toujours tiré les grandes innovations, dans l’aéronautique ou dans beaucoup d’autres secteurs. Et quand je parle du marin, nous sommes la deuxième puissance maritime au monde. Et donc on ne peut pas penser la France de 2030 sans penser ces deux espaces […].

Notre neuvième objectif pour mieux comprendre, c’est de prendre toute notre part à la nouvelle aventure spatiale. Il y a ce qu’on appelle un New Space qui est en train de se construire. […] Le monde qu’on pensait impossible est arrivé beaucoup plus vite qu’on ne le croyait. Et donc, le monde du spatial dans lequel nous vivions était un monde oligopolistique* tenu par quelques États et dans ces États, quelques opérateurs qui ont eu un rôle et qui ont continué à avoir un rôle très important, qui ont permis d’ailleurs à des filières industrielles de se développer, de se consolider et d’avoir des résultats exceptionnels et qui sont très importantes pour la France. De nouveaux acteurs ont émergé beaucoup plus vite qu’on ne pensait ces dernières années. Vous les connaissez. Et ils ne sont pas arrivés par la grâce ou le hasard, investissements massifs de départements, d’agences d’État et d’argent fédéral et innovations de rupture portées par des acteurs innovants, c’est le modèle SpaceX. […] On est en train, en tout cas sur ce sujet, d’avoir une accélération des pratiques industrielles de l’innovation, mais ce faisant aussi du comportement des puissances. […] C’est ce qui d’ailleurs a présidé à nos décisions dans la loi de programmation militaire de créer un nouveau commandement de l’espace au sein justement de notre armée de l’air pour faire face à ces défis. Mais il y a des nouvelles conflictualités, il y a de nouveaux acteurs qui arrivent. […]

Dixième objectif enfin dans ce mieux comprendre, c’est l’investissement dans le champ des grands fonds marins. La France, je le disais, est la deuxième puissance maritime du monde. Et il y a aujourd’hui pour comprendre, connaître les grands fonds marins, des innovations de rupture à conduire pour mener ses explorations et pour permettre le travail scientifique. J’entends déjà le débat venir, je ne parle pas d’exploitation à ce moment-là, je parle d’exploration. Mais qui peut accepter que nous laissions en quelque sorte dans l’inconnue la plus complète une part si importante du globe ? Et nous avons dans nos zones économiques exclusives, la possibilité d’avoir accès à ces explorations, qui est un levier extraordinaire de compréhension du vivant, peut-être d’accès à certains métaux rares, de compréhension du fonctionnement de nouveaux écosystèmes, d’innovation en termes de santé, en termes de biomimétisme**, etc. […]

* Du grec oligos : petit nombre.

**Imitation des processus mis en œuvre par la nature.

Source : discours du Président de la République, Emmanuel Macron, à l’occasion de la présentation du plan d’investissement « France 2030 », le 12 octobre 2021, https://www.elysee.fr/emmanuelmacron/2021/10/12/presentation-du-plan-france-2030 [consulté le 02/12/2024].


De nouveaux espaces de conquête. Les enjeux de l’espace (Amérique du Sud, jour 1, 2025)

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez la diversité des acteurs et des enjeux de la conquête de l’espace.

À partir de 2030, c’est un pan de l’histoire de l’aérospatial qui se fermera. À cette date, l’ISS, la Station spatiale internationale, sera détruite. Pour cela, selon le plan établi par l’agence spatiale américaine (Nasa), elle doit plonger dans l’atmosphère terrestre au-dessus d’un océan, ce qui permettra à certains morceaux de se désintégrer quand d’autres, plus résistants, finiront leur course dans l’eau. Une opération qui nécessite la construction d’un véhicule capable de manœuvrer l’ISS, pesant quelque 430 000 kg. Il devra permettre « de désorbiter la Station spatiale et éviter tout risque pour les zones habitées », a indiqué la Nasa ce mercredi, en révélant l’entreprise choisie pour le créer. Et c’est SpaceX, la société du milliardaire Elon Musk, qui a remporté le juteux contrat, pouvant aller jusqu’à 843 millions de dollars. […]

Modèle de coopération internationale réunissant l’Europe, le Japon, les États-Unis et la Russie, l’ISS a commencé à être assemblée en 1998, module après module, pour un coût d’environ 100 milliards de dollars, largement assumé par les États-Unis. Située à quatre heures de vol de la Terre, elle est habitée en permanence depuis le 2 novembre 2000 avec une équipe internationale composée de sept astronautes. […] Ce laboratoire spatial permet d’étudier la Terre, le système solaire, de mener des expériences en apesanteur, notamment en médecine, et de préparer des missions d’explorations spatiales.

Sa fin de vie s’anticipe dès à présent compte tenu de la technicité du sujet. Mais aussi du contexte géopolitique. Depuis la guerre en Ukraine, l’ISS reste l’un des rares secteurs de coopération entre les États-Unis et la Russie. Mais rien ne peut assurer que ce sera le cas encore pendant les prochaines années. C’est pourquoi le patron de la Nasa, Bill Nelson, a souligné en avril, lors d’une audition au Congrès américain, le besoin de développer ledit véhicule1 rapidement aux États-Unis.

Les points de vue divergent d’ailleurs sur la date de fin de vie de l’ISS. Sa retraite était initialement prévue en 2024, mais la Nasa a estimé qu’elle pouvait fonctionner jusqu’en 2030. Un avis que ne partage pas l’agence spatiale russe Roscosmos. Elle a affirmé, en fin d’année 2023, que son segment est trop vétuste pour assurer la poursuite de son exploitation. […] Ainsi, « la Station spatiale internationale touche à la fin de son existence », a-t-il estimé. Plusieurs problèmes techniques se sont d’ailleurs produits ces derniers mois sur le segment russe de l’ISS, dont trois incidents impliquant des fuites. Et si les États-Unis, le Japon, le Canada et les Européens se sont engagés à poursuivre les opérations de l’ISS jusqu’en 2030, la Russie s’est seulement engagée jusqu’à 2028, pour l’instant. Or, comme l’a rappelé la Nasa ce mercredi, « la mise hors d’orbite en toute sécurité de la Station spatiale internationale relève de la responsabilité des cinq agences spatiales ». Un départ de la Russie plus tôt que les autres obligerait les Américains à assumer seuls le ravitaillement et le maintien en orbite de la station, qui se rapproche constamment de la Terre.

Pour la suite, après 2030 donc, les États-Unis misent sur des stations spatiales privées en orbite terrestre basse, qui pourraient accueillir des astronautes de la Nasa comme d’autres clients.

Plusieurs entreprises américaines planchent déjà sur ces projets, dont Axiom Space et Blue Origin. Idem du côté européen. L’Agence spatiale européenne (ESA) a notamment conclu un accord avec Airbus et Voyager Space, qui construisent et exploiteront la station spatiale privée Starlab, ouvrant la voie à la présence d’astronautes européens dans l’espace. De son côté, la Russie a l’ambition de se relancer indépendamment dans la course spatiale. Elle compte pour cela construire une nouvelle station orbitale et vise 2027 pour la mise en orbite de son premier segment. […]

Source : « ISS: SpaceX missionné par la Nasa pour détruire la station spatiale internationale après 2030 », La Tribune avec AFP (Agence France-Presse), 27 juin 2024.


L’affirmation de la puissance chinoise (Métropole, jour 2, 2025)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous analyserez les moyens et les conséquences de l’affirmation de la puissance chinoise dans les nouveaux espaces de conquête.

Document 1

La Marine française a effectué en 2021 des déploiements significatifs dans l’IndoPacifique, où s’observe une montée en puissance de la Chine. L’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine nationale, a répondu aux questions du journal Le Monde pour en dresser le bilan.

« L’armée chinoise a récemment multiplié les démonstrations militaires en IndoPacifique : elle a massé 200 bateaux devant l’îlot Whitsun revendiqué par les Philippines, cartographié les fonds de l’océan Indien avec des drones, envoyé vingt chasseurs J-20 dans la zone de défense aérienne de Taïwan… Comment analysez-vous ces comportements ?

Nous avons beaucoup d’éléments qui montrent un changement de posture. Nos bateaux sont systématiquement suivis, parfois contraints de manœuvrer face à des navires chinois pour éviter une collision, au mépris des règles de la liberté de navigation que nous défendons. Certaines de nos escales dans des pays de la région où nous avions des habitudes de passage sont annulées au dernier moment, sans explications claires.

Une pression « sanctuarisante » s’étend au-delà de la première chaîne d’îles en mer de Chine [la ligne dite des « neuf traits » considérée par la Chine comme sa frontière immédiate]. Cette chaîne a été poldérisée, des porte-avions fixes sanctuarisent l’espace, et viennent en quelque sorte fissurer la compréhension du droit international qui était partagée par tous. Au-delà, des logiques de contrainte s’exercent sur certains pays, ici pour ne pas forer, là pour ne pas accueillir de navires étrangers… Le développement militaire chinois répond évidemment à une volonté politique, et le livre blanc de la défense chinoise en a exposé les objectifs stratégiques. Le durcissement atteint une nouvelle phase, il était prédictible.

Vous voyez donc plus une logique de bastion que de perturbation des flux maritimes ?

L’approche est essentiellement territoriale au départ, et commerciale. Nous sommes face à une puissance qui a tourné le dos à la mer pendant cinq siècles mais qui, devenue une puissance commerciale mondiale, va devoir se « maritimiser ». Nous devons trouver les moyens de discuter avec une puissance qui occupe son espace et s’essaie au rapport de forces. Nous affrontons une logique d’étouffement. L’approche est multidomaines, elle utilise des leviers financiers, économiques, diplomatiques, militaires, et peut exercer sa pression par la guerre hybride, le cyber ou de nombreux autres moyens.

On vient d’apprendre que la marine chinoise va équiper son porte-avions d’un nouvel avion dédié, le FC-31. Est-ce le signe de cette maritimisation et une menace ?

Pour une marine de guerre, plusieurs étapes conduisent à la maîtrise d’un porte-avions : avoir un porte-hélicoptères, puis un navire allongé pour y placer un avion à décollage vertical, ensuite un pont permettant de propulser un avion terrestre « navalisé » à peu de frais. Enfin, pour avoir un véritable avion de combat, il faut une catapulte et un avion spécialisé, conçu pour le navire. Cette ambition avance sous nos yeux.

Un conflit peut-il survenir à Taïwan, comme le pensent certains analystes américains ?

Je resterais prudent. Mais l’accumulation des moyens militaires dans la région est telle que le Rubicon* est de moins en moins difficile à franchir. Et chaque jour qui passera d’ici à 2030 rendra cela un peu plus vrai, avec plus de bateaux, plus de missiles… Le coût d’une réaction militaire à une action militaire chinoise à Taïwan augmentera avec le temps, et c’est probablement ce qui est recherché, dans un effort de dissuasion. »

* Franchir le Rubicon : dépasser un interdit

Source : propos recueillis par Nathalie Guibert et Elise Vincent, « Amiral Pierre Vandier : En Indo-Pacifique, “nous affrontons une logique d’étouffement” », Le Monde, 10 juin 2021.

Document 2


Les enjeux liés aux nouveaux espaces de conquête (Métropole, jour 1, 2024)

En analysant le document et en vous appuyant sur vos connaissances, caractérisez les enjeux liés aux nouveaux espaces de conquête.

Document :

François Bougon – Pourquoi peut-on parler de changement historique avec le Space Act promulgué par le président Barack Obama en décembre 2015 ?

Philippe Achilleas1 – Le traité de l’espace [1967], complété par l’accord sur la Lune, en 1979, a été à la fois extrêmement novateur et extrêmement souple. Dans le contexte de la guerre froide et de la course à la Lune, aucune des deux superpuissances, États-Unis et URSS, ne pouvait permettre à l’autre de s’approprier ce satellite naturel. Elles étaient donc tombées d’accord pour reconnaître le principe de non-appropriation de l’espace et des corps célestes. […] Le traité de l’espace est à rapprocher de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, puisqu’on distingue deux régimes : celui de l’espace, qui n’appartient à personne, et celui de la Lune et des corps célestes, qui sont patrimoine commun de l’humanité; donc il y a une appropriation collective. Le statut de l’espace est similaire à celui de la haute mer, celui de la Lune et des autres corps célestes à celui des grands fonds marins. Les grands principes du traité sont la liberté de l’espace (article I), qui est la contrepartie de l’article II, concernant sa non-appropriation, et l’utilisation pacifique (article IV). Mais la dernière loi américaine, Space Act, adoptée par le Congrès en novembre 2015 puis promulguée par le président Barack Obama un mois plus tard, marque une rupture.

La partie la plus importante concerne l’utilisation des ressources. Pour la première fois, un président des États-Unis édicte un texte qui va à l’encontre du traité de l’espace, car cette loi prévoit que des entreprises privées peuvent s’approprier les ressources naturelles des corps célestes, les exploiter et les vendre. C’était jusqu’à présent interdit.

Les Américains n’ont plus les moyens de financer la conquête spatiale uniquement sur des budgets publics. Ils sont donc obligés de faire appel à des financements privés. […] On est passé aussi de la course à la Lune à celle vers Mars… Les États-Unis doivent aller plus loin, en effet. La Lune, ils la laissent désormais à la Chine et à l’Inde. Par ailleurs, la grande différence entre les États-Unis et l’Europe dans le domaine spatial, c’est la capacité américaine à faire rêver le public. Les Européens expliquent leurs projets spatiaux en mettant en avant les services, les applications, les télécommunications, les satellites, en oubliant la part de rêve. Mais l’important est
qu’on relance la conquête spatiale, on reparle de missions sur Mars, de vols habités. […]

François Bougon – Vous avez évoqué l’« utilisation pacifique », mais cela ne correspond guère à l’image que nous en avons…

Philippe Achilleas – C’est un principe en trompe-l’œil. L’article IV du traité de l’espace explique que la Lune et les autres corps célestes doivent être utilisés à des fins exclusivement pacifiques. En revanche, pour l’espace situé autour de la Terre, le seul principe posé est l’interdiction de placer en orbite des armes de destruction massive. Donc, a contrario, on peut utiliser les orbites terrestres pour placer d’autres types d’armes, par exemple des boucliers antisatellites. Il existe déjà des armes dans l’espace, les satellites antisatellites par exemple. Nous avons assisté à des essais de destruction de satellites menés par des fusées lancées depuis le sol par la Chine et les États-Unis. C’est licite, il est possible d’utiliser l’espace pour soutenir des activités militaires sur Terre.

1 Philippe Achilleas est le directeur de l’Institut du droit de l’espace et des télécommunications et professeur de droit public à l’université Caen-Normandie.

Source : François Bougon, « Les nouveaux explorateurs de l’espace sont les patrons
de l’Internet », Le Monde, 12 avril 2016


La Chine, puissance maritime, puissance spatiale (Centres étrangers, Afrique, jour 1, 2024)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez que les ambitions maritimes et spatiales chinoises témoignent d’enjeux géopolitiques majeurs.

Document 1 :

« Les trois hommes, qui avaient décollé à la mi-juin, ont passé trois mois dans la station chinoise. Huit lancements supplémentaires sont encore nécessaires à sa construction1.

La Chine engrange un succès dans le cadre de son ambitieux programme spatial. Ses trois astronautes sont revenus sur Terre, vendredi 17 septembre, après un séjour de trois mois dans la station spatiale chinoise, en cours de construction, dont ils étaient les tout premiers occupants. Leur capsule de retour ”s’est posée avec succès” dans le désert de Gobi (dans le nord-ouest de la Chine) vers 7 h 35 (à Paris), a fait savoir l’agence spatiale [chinoise] chargée des vols habités (CMSA).

Les trois hommes avaient décollé à la mi-juin au départ du centre de lancement de Jiuquan, non loin du lieu où ils ont atterri. Leur mission, Shenzhou-12, était la plus longue jamais effectuée dans l’espace par des Chinois. La CMSA a ainsi salué le ”succès total” de la mission, nouvelle étape de l’ambitieux programme spatial chinois, qui a déjà posé des sondes sur la Lune, sur Mars, et envisage d’envoyer un équipage sur l’astre lunaire d’ici à 2030.
”La mission Shenzhou-12 a atteint son objectif, qui était d’activer la nouvelle station et de la rendre opérationnelle”, a déclaré Jonathan McDowell, astronome au Centre Harvard-Smithsonian pour l’astrophysique, aux États-Unis.” Cela ouvre la voie à de futures missions régulières dans la station. C’était très important et véritablement primordial de réussir ces débuts”, a également noté Chen Lan, analyste du site
GoTaikonauts, spécialisé dans le programme spatial chinois. […]

Nommée en anglais CSS (pour ”Chinese Space Station”) et en chinois Tiangong (”Palais céleste”), la station, une fois totalement assemblée, aura une taille comparable à celle de l’ancienne station soviétique Mir (1986-2001). Sa durée de vie est annoncée d’au moins dix ans. L’ambition chinoise de bâtir une station a été nourrie par le refus américain d’accepter des Chinois dans le programme de la Station spatiale internationale (ISS), une collaboration entre les États-Unis, la Russie, le Canada, l’Europe et le Japon.

Shenzhou-12 était la première mission habitée chinoise depuis près de cinq ans et une question de prestige pour le Parti communiste chinois (PCC), qui célèbre cette année son centenaire.

Si ”la Chine est devant l’Europe en termes de vols habités”, il y a ”encore des écarts” avec les États-Unis, et ceux-ci ”mettront plus d’une décennie, voire davantage, à être comblés”, a encore estimé Chen Lan.

Il a notamment souligné l’avantage des États-Unis en matière de technologies ou encore de réduction des coûts, avec l’utilisation désormais de lanceurs réutilisables pour atteindre l’ISS. ”Mais la principale avance américaine réside dans l’expérience”, a aussi noté Jonathan McDowell. ”Les astronautes chinois ont par exemple effectué
[lors de cette mission] deux sorties dans l’espace. C’est loin des centaines réalisées avec l’ISS. Cette quantité fait la différence”. »

Source : d’après « Les premiers astronautes de la station spatiale chinoise sont
revenus sur Terre », Le Monde avec AFP (Agende France-Presse), 17 septembre
2021, disponible sur https://www.lemonde.fr/international/article/2021/09/17/lespremiers-taikonautes-de-la-station-spatiale-chinoise-sont-revenus-surterre_6095000_3210.html (consulté le 12 décembre 2023).

1Fin de l’assemblage en novembre 2022.

Document 2
Source : Franck Tétart, Grand Atlas 2021, Autrement, Paris, 2020, p. 15.

Métropole, sujet de remplacement, jour 2 (2022)

Les États-Unis, affirmation de puissance et rivalités dans les nouveaux espaces de conquête. En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, expliquez les stratégies menées par les États-Unis pour affirmer et garantir leur puissance dans les nouveaux espaces de conquête.

Document 1 :
Source : Time Magazine, numéro 1929, 20 juillet 2019

Traduction : « The Next Space Race » signifie « la nouvelle course à l’espace ».

Document 2 :

Les 3 lignes le long des côtes n’ont pas de signification particulière.

Source : Pierre Royer : « Les États-Unis maîtres des mers », Hérodote, n° 163, 2016