« Le titre de citoyen français ne sera porté dans l’étendue de cette colonie et dépendances que par les blancs […]»

Richepance rétablit l'esclavage
Richepance rétablit l'esclavage
Envoyé en Guadeloupe en 1793 pour y exécuter le décret du 28 mars 1792 accordant l’égalité des libres, le capitaine-général de Lacrosse y revient en 1801. Son attitude humiliante à l’égard des gens de couleur et des troupes noires le fait vite suspecter. Considéré comme un mauvais représentant de la République, il est éloigné de la Guadeloupe par un conseil provisoire présidé par le chef de brigade Magloire Pélage, ancien esclave, né à la Martinique.

Réfugié à la Dominique, Lacrosse revient en Guadeloupe à l’arrivée du corps expéditionnaire commandé par le général Richepance. Pour Paris, l’échec de Lacrosse doit être puni par une mesure le relevant de ses fonctions. Cependant, afin de montrer aux Guadeloupéens qu’aucune concession ne leur est faite, il est prévu que Lacrosse soit maintenu quelques temps dans ses fonctions. Dans les faits, le véritable chef est Richepance.

Accueilli triomphalement par Pélage, qui proclame toujours son attachement à la mère-patrie,Richepance humilie les troupes noires et doit faire face à la résistance du colonel de couleur Delgrès (probablement né à la Martinique, sa compagne étant de Sainte-Lucie), commandant la place de Basse-Terre. Après avoir été désarmées, déshabillées et jetées à fond de cale, certaines des troupes noires sont utilisées contre la résistance conduite par Delgrès et Ignace. Cette participation ne leur épargne pas l’emprisonnement, la déportation ou la vente au profit de Richepance et de ses officiers.

Le texte qui suit est proclamé par Richepance après l’écrasement de la résistance. Le thème du désordre y est opposé à celui de l’ordre des colonies où la présence anglaise a maintenu l’esclavage (Martinique, Tobago et Sainte-Lucie). Le mot "esclavage" n’est pas mentionné mais on connaît l’existence d’une lettre écrite la veille (16 juillet 1802) par un nommé Brisset qui y mentionnait la vente de "six noirs" de 12 à 20 ans.


«-* Considérant que par l’effet de la révolution et d’une guerre extraordinaire, il s’est introduit dans les noms et les choses de ce pays des abus subversifs de la sûreté et de la prospérité d’une colonie ;

  • Considérant que les colonies ne sont autre chose que des établissements formés par les Européens, qui y ont amené des noirs comme les seuls individus propres à l’exploitation de ces pays ; qu’entre ces deux classes fondamentales des colons et de leurs noirs, se sont formés des races de sang-mêlé toujours distinctes des blancs, qui ont formé les établissements ;
  • Considérant que ceux-ci seuls sont les indigènes de la nation française et doivent en exercer les prérogatives ;
  • Considérant que les bienfaits accordés par la mère patrie, en atténuant les principes essentiels de ces établissements, n’ont servi qu’à dénaturer tous les éléments de leur existence, et à amener progressivement cette conspiration générale, qui a éclaté dans cette colonie contre les blancs et les troupes envoyées sous les ordres du général par le gouvernement consulaire, tandis que les autres colonies soumises à un régime domestique et paternel, offrent le tableau de l’aisance de toutes les classes d’hommes en contraste avec le vagabondage, la paresse, la misère et tous les maux qui ont accablé cette colonie, et particulièrement les noirs livrés à eux-mêmes ;
  • De sorte que la justice nationale et l’humanité commandent autant que la politique le retour des vrais principes sur lesquels reposent la sécurité et les succès des établissements formés par les Français en cette colonie, en même temps que le gouvernement proscrira avec ardeur les abus et les excès qui s’étaient manifestés anciennement et qui pourraient se remontrer encore.
  • […] (les considérants sont suivis de 19 articles formant un nouveau code)

    Jusqu’à ce qu’il en soit autrement ordonné, le titre de citoyen français ne sera porté dans l’étendue de cette colonie et dépendances que par les blancs. Aucun autre individu ne pourra prendre ce titre ni exercer les fonctions qui y sont attachées […]

    Richepance»

Auguste Lacour, Histoire de la Guadeloupe, tome II : 1798-1803, Basse-Terre, 1858, Rééd. EDCA, p. 354-355.


Bibliographie

Jacques Adélaïde-Merlande, Delgrès ou la Guadeloupe en 1802, Karthala, Paris, 1986, 170 p.