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« Les mémoires de la guerre d’Algérie »

On peut proposer le plan détaillé suivant
I. Amnésie en France, justification en Algérie
A. Tourner la page d’un bouleversement majeur
B. Justifier le régime mis en place en Algérie après l’indépendance

II. Le réveil des mémoires
A. La remise en cause du colonialisme
B. La contestation des silences

III. Le besoin d’histoire
A. Le déferlement mémoriel
B. Les travaux historiques

Une histoire de l’Algérie

La guerre d’Algérie a été intégrée pour la première fois dans les programme d’histoire des classes de terminale en 1983, c’est-à-dire 21 ans après l’indépendance. Cette question demeure éminemment sensible en raison d’une concurrence mémorielle qui ne s’est pas démentie et qui s’est même renforcée du fait de la disparition progressive de nombreux témoins des événements mais aussi pour des enjeux politiques.
Si en Algérie cette guerre fait partie de l’histoire nationale avec une évocation du peuple en armes luttant contre le colonialisme, en France les « événements d’Algérie » ont été associés à une crise politique majeure dont est issue la Ve République et à une crise morale à propos de l’utilisation de la torture ainsi qu’à une déchirure sur fond d’incompréhension entre les français de métropole et les Français d’Algérie. C’est seulement en 1999 que l’expression « guerre d’Algérie » a été officiellement reconnue par le parlement. Jusqu’alors, les anciens combattants d’Algérie portaient sur leur livret militaire la mention de leur participation aux « opérations de maintien de l’ordre ».
L’histoire de la guerre d’Algérie qui a pu faire couler beaucoup d’encre à la fin des années 90, et surtout à l’occasion du 50e anniversaire de l’indépendance en 2012 a été précédée par une longue période d’amnésie collective en France tandis qu’elle participait, en Algérie, d’une justification du régime de parti unique mise en place, surtout à partir de 1965.
Le réveil des mémoires à propos de ce conflit a commencé à la faveur des événements de mai 68 qui ont remis au goût du jour des oppositions anticolonialistes dans le contexte de la guerre du Vietnam. Les silences à propos de la guerre d’Algérie ont été contestés à l’occasion de la sortie, pour le moins contestée, de certains films et ouvrages.
Le vote par le Parlement français de lois mémorielles, touchant dans un premier temps à la mémoire de la seconde guerre mondiale, comme la loi Gayssot condamnant le « négationnisme », la publication de travaux à partir de l’ouverture des archives a favorisé une sorte de « besoin de connaissances historiques » qui a pu être en partie instrumentalisé par l’adoption, très contestée, d’une loi « mémorielle », évoquant « le bilan positif de la colonisation ». La concurrence mémorielle traverse aussi la société française, entre les Européens rapatriés d’Algérie et leurs descendants, les combattants harkis, Français musulmans, combattants en Algérie aux côtés des troupes françaises et leurs descendants, les anciens combattants d’Algérie exigeant la reconnaissance de leur engagement, les jeunes issus de l’immigration algérienne cherchant à affirmer leur identité face à la société française et même l’armée française qui a essayé de tourner une page douloureuse de son histoire.
« Pourquoi la guerre d’Algérie est-elle chargée d’enjeux mémoriels plus de 50 ans après l’indépendance ? Comment ces événements ont-ils été ressentis par les opinions publiques en France mais aussi en Algérie ? Comment ces « ressentis » ont-il évolué ? »

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À propos de l'auteur

Bruno Modica

Président des Clionautes - Chargé de cours en histoire des relations internationales

Les mémoires de la guerre d’Algérie

En quoi ce document (texte ci-dessous) illustre-t-il les problématiques des mémoires de la guerre d’Algérie ?

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Où en est-on ?

Par décret du 15 février 2006, publié au Journal officiel du 16 février, le deuxième alinéa de l’article 4 de cette loi a été abrogé.

Saisi le 26 janvier 2006 par le Premier ministre, le Conseil constitutionnel, par une décision du 31 janvier 2006, avait déclaré que les dispositions de l’article 4 ne relevaient pas de la loi, mais étaient du domaine réglementaire. Cet article stipulait : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ».
La loi a été promulguée le 23 février 2005 et publiée au Journal officiel du 24 février 2005.
Le texte définitif avait été adopté le 10 février 2005, l’Assemblée nationale ayant adopté, dans les mêmes termes, le texte voté en première lecture par le Sénat le 16 décembre 2004.

Fresques INA

Rassemblement politique à Saint-Laurent-du-Var en hommage à l’oeuvre colonisatrice des Français d’Outre-Mer

À l’appel d’élus des Alpes-Maritimes et d’associations de rapatriés d’Afrique du Nord, un rassemblement a eu devant la mairie de Saint-Laurent-du-Var pour rendre hommage à l’oeuvre colonisatrice des Français d’Outre-Mer. Comme l’explique le député Lionel Lucca, organisateur de la manifestation, il s’agit de protester contre la décision du président de la République de revenir sur l’article de la loi du 23 février 2005 promouvant le caractère positif de la colonisation. Il n’aurait, d’après lui, entendu que « les plus agités », dont certains auraient « combattu contre la France ». Michèle Tabarot, autre député des Alpes-Maritimes, refuse un traité avec l’Algérie qui obligerait l’histoire de France à s’aligner sur sa version. Les gros des manifestants ont été mobilisés par les associations de rapatriés. Les interviewés expriment leur incompréhension. Certains arborent des insignes de l’OAS. Lionel Lucca espère que son initiative fera école.

PS: Dans l’histoire de l’association des Clionautes, cette mise en ligne d’une étude de documents consacrés aux mémoires de la guerre d’Algérie a une saveur particulière. Elle rappelle le combat que nous avions mené contre l’alinéa 2, de l’article quatre, de la loi de février 2005. Dans l’opposition que nous avions manifestée à cette instrumentalisation mémorielle, une partie significative de l’association des Clionautes d’alors, avait entamé cette mutation, aujourd’hui terminée, d’un groupe pionnier de l’utilisation du numérique, en association disciplinaire à part entière.
La poursuite de l’instrumentalisation de l’histoire de la guerre d’Algérie n’est malheureusement pas terminée, comme certains événements récents à Béziers semblent le confirmer. L’association des Clionautes, contre les captations mémorielles, continue cette réflexion.

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