La puissance américaine et ses limites
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La puissance américaine et ses limites

Jean-Luc Lamouché
lundi 7 mars 2016

Je vous propose que notre approche soit triple en ce qui concerne la puissance américaine : historique (avec les fondements chronologiques de la puissance américaine), économique et géopolitique (en rapport avec ce qui fait toujours aujourd’hui la puissance des États-Unis), et les limites (ou la remise en cause) de cette puissance sous ce même double aspect.

1- Les fondements chronologiques de la puissance américaine

Jusqu’au début du XXe siècle, les États-Unis, s’étant lancés dans la conquête et la mise en valeur de leur territoire (« Conquête de l’Ouest » et grandes lignes de chemin de fer - les « Transcontinentaux »), furent essentiellement concentrés sur leur territoire intérieur. Leur seule véritable intervention extérieure fut la guerre contre le Mexique (1846-1848), lorsque que les Américains voulurent continuer à élargir leur espace fédéral. De plus, ils connurent le drame de la Guerre de Sécession (1861-1865) entre les Nordistes et les Sudistes, une vraie guerre civile ! Ce ne fut qu’à partir du tournant du siècle que la fédération américaine connut son premier essor économique véritable ou « take off », qui devint de plus en plus spectaculaire. Exemples : avec les débuts de l’exploitation des hydrocarbures (notamment dans le Sud) et les premiers balbutiements de l’industrie automobile (à Détroit).

C’est en avril 1917 que les Américains entrèrent en guerre du côté de « L’Entente » (avant tout la France et la Grande-Bretagne) contre « La Triplice » (l’Allemagne, l’ Autriche-Hongrie et l’Empire Ottoman). Rappelons la formule lancée à propos du débarquement des troupes américaines à Saint-Nazaire : « Lafayette, nous voilà ! ». Sans vouloir le moins du monde minimiser la valeur du sang versé par les « Sammies », il est évident que ce fut à la fin, et dans le contexte des conséquences de la Première Guerre mondiale, que les États-Unis devinrent à la fois la première puissance économique, financière et même - à certains égards - militaire, du monde (derrière la France victorieuse, mais saignée à blanc). D’ailleurs, sur le plan global, c’est à ce moment-là que fut généralisée l’utilisation (plus ancienne) de la formule - pour caractériser désormais le rôle de l’Amérique dans les affaires du monde - « The manifest destiny » (sorte de mission considérée comme quasi divine de la nation américaine en vue de démocratiser le monde) ! On le vit bien avec le président Démocrate Wilson (1913-1921), qui fut à l’origine de la création de la SDN - Société Des Nations -, à laquelle les États-Unis ne participèrent pourtant pas...

La « Grande Dépression », qui commença en octobre 1929, entraîna la nation américaine vers un comportement inverse à cette « Manifest destiny ». Les États-Unis menèrent alors une politique de repli intérieur (y compris économique), appelée l’isolationnisme (« America First » - ou « L’Amérique d’abord »), c’est-à-dire qu’il n’était plus question alors de se mêler des affaires du monde. Pendant cette période, la fédération américaine tenta - comme d’ailleurs les autres grandes nations - de lutter seule contre la crise. Dans ce contexte, le président Démocrate Roosevelt, vainqueur des élections en 1932, mena sa grande politique économique et sociale d’inspiration keynésienne, dite du « New Deal » ; une politique socialement avancée, mais qui obtint des résultats économiques très inégaux.

Ce furent la Seconde Guerre mondiale, puis la Guerre froide entre l’Est et l’Ouest, qui replacèrent au centre des préoccupations américaines « The manifest destiny ». A la suite de l’agression japonaise sur Pearl Harbor en décembre 1941, les États-Unis entrèrent en guerre contre les puissances de « L’Axe » (Japon militariste, Allemagne hitlérienne et Italie fasciste). Après la victoire de 1945 (et l’on se doit à nouveau de souligner le prix du sang versé par les « GI’s »), progressivement, les relations avec Staline se dégradèrent, et l’on aboutit à la Guerre froide à partir de 1947. C’est en fait à partir de cette date que la domination militaire et économique des États-Unis s’établit vraiment sur le monde.

Il restera à savoir (dans la troisième partie de cette présentation) si, en tenant compte des divers échecs militaires subis depuis les années 1960 (Vietnam, 11 Septembre 2001, Afghanistan, Seconde Guerre d’Irak), et ceci malgré l’effondrement du système communiste au tournant des années 1980-1990, l’Amérique demeure ce qu’elle fut et que certains nomment « L’Empire »... (?)

2- La puissance économique et géopolitique américaine

A- La puissance économique américaine

Les États-Unis sont toujours considérés actuellement comme étant globalement la première puissance économique mondiale, et leur croissance est nettement repartie depuis quelques années. Selon l’INED (Institut Nationale d’Études Démographiques), avec 4% de la population mondiale, l’Amérique dispose encore de 21% de la richesse !

Ajoutons que leur rôle dans les grandes instances économiques internationales apparaît comme étant fondamental - ainsi au niveau du FMI (Fonds Monétaire International), ou de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), ou encore de la Banque Mondiale.

De plus, leur volonté de libéralisation des échanges internationaux est farouche : vers le Traité transatlantique, dit TAFTA, entre les États-Unis, le Canada et l’Europe (en cours de négociation), en complément de l’ALENA (Accord de Libre-Échange Nord-Américain, ou NAFTA, entre les États-Unis, le Canada et le Mexique).

Quel sont les secteurs dominants de l’économie américaine... ?
Une agriculture productiviste (autant pour les cultures, avec les grandes firmes de l’agro-alimentaire, qu’en ce qui concerne l’élevage - en liaison avec les « feed lots » ou « usines à viandes »). Une industrie diversifiée, dont les hydrocarbures, remis en selle par l’exploitation des schistes bitumineux ou gaz de schiste, l’automobile, la métallurgie, l’aéronautique (Boeing et tout ce qui est lié à la conquête spatiale). Des « emplois verts » développés par Obama. Des secteurs tertiaire et quaternaire de plus en plus développés (services, domination mondiale dans l’informatique et l’ensemble des nouvelles technologies ou « high- tech » : Google, Apple et autres).

Les États-Unis ont aussi le dollar, qui reste la monnaie de réserve internationale (« le billet vert ») ; de plus, les transactions internationales se font essentiellement en dollar - par exemple pour le pétrole, avec ce que l’on appelle les « pétro-dollars ». Ils disposent aussi d’une force de pénétration considérable au sein de sociétés liées aux firmes transnationales (il y en a tellement que je ne vais en citer aucune ici, afin de gagner un peu de temps) et un rôle très important dans le cadre de la « sphère financière, avec des capacités d’investissement considérables (notamment les « fonds de pension » - par exemple des retraités de Floride - et les « hedge funds » ou fonds spéculatifs, réservés aux institutionnels et aux grandes fortunes). Des bourses multiples, dont bien sûr Wall Street, à New York, la plus importante du monde au niveau des valeurs.

B- La puissance géopolitique américaine

Incontestablement, au moins depuis 1992 - avec l’effondrement de l’URSS et de l’Empire soviétique -, les États-Unis sont la seule superpuissance militaire de la planète, avec des points de présence géopolitique très importants (zones d’influence et bases militaires), en somme la première puissance (en force de frappe) mondiale !

Cela se matérialise à travers leur poids au sein de l’ONU, dont ils furent l’une des puissances fondatrices en 1945, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, afin de remplacer la SDN (qui avait été particulièrement défaillante), et l’un des membres permanents du Conseil de sécurité. De plus, son siège est à New York.

Il y a aussi l’OTAN (ou NATO), « L’Alliance atlantique », née en 1949, une organisation à la fois politique et militaire de défense mutuelle entre un certain nombre de pays occidentaux plus la Turquie, justifiée à l’origine par la Guerre froide avec l’URSS stalinienne (puis néo-stalinienne) et le bloc soviétique, et dont les sièges actuels sont situés en Belgique - à Bruxelles et à Mons.

Il faut aussi tenir compte de la force intégrée de ce que l’on appelle le complexe militaro-industriel américain, lié au Pentagone (regroupant les éléments dirigeants de la Défense des États-Unis et situé près de Washington). La construction de celui-ci, en béton et en acier, commença dès 1943, et - actuellement - près de 30.000 personnes y travaillent, soit des civils, soit des militaires. Les États-Unis sont - rappelons-le au passage-, et de très loin, la première puissance nucléaire du monde, nettement devant la Russie ou la Chine !

Les États-Unis, sur le plan géopolitique, ont aussi établi un nombre très important de bases dans le monde, ce qui fait dire à certains qu’il y a un « Empire US » (?) En fait, c’est un peu plus complexe que cela, car l’Amérique n’a jamais établi de « colonisation », au sens français ou britannique (notamment). Mais, ces bases (notamment navales, avec les porte-avions) donnent à cette nation une capacité et une mobilité, une rapidité, d’intervention extrêmement efficace.

Sur le plan géopolitique, les États-Unis fondent leur comportement et leurs priorités sur les points suivants :

Au Proche et au Moyen-Orient, un soutien plus ou moins inconditionnel envers Israël (il existe d’ailleurs aux États-Unis un lobby pro-israélien très puissant faisant pression sur le Congrès). Tout cela est ce qui fait dénoncer par certains (notamment en Europe), autant à l’extrême gauche qu’à l’extrême droite, « le complot de l’axe américano-sioniste », qui - même pour la première - débouche parfois tout simplement sur l’antisémitisme...

Un autre aspect de leur politique - très ancien - est lié à la « doctrine Monroe » (« L’Amérique aux Américains »), qui considère que l’ensemble du continent américain doit rester la chasse gardée des États-Unis. En réalité, au début, cette doctrine ne correspondait absolument pas à l’idée de « L’Amérique aux Américains » (voir le président James Monroe, qui gouverna le pays entre 1758 et 1831). C’est ce que l’on appelle « Le Corollaire Roosevelt » (Théodore Roosevelt, président de 1901 à 1909) qui finit par justifier les désirs d’expansion nord-américains en direction de l’Amérique latine.

Il est évident que, structurellement, la géopolitique américaine, par le biais de l’OTAN, amène et impose forcément aux États-Unis de s’intéresser (plus ou moins) de près aux affaires européennes - le continent européen apparaissant comme l’allié privilégié, « par le sang » versé en commun pendant les deux guerres mondiales.

Dans ce contexte global, et en rapport avec le fait que les États-Unis se voient toujours comme « Mars » par comparaison à une Europe qui serait une sorte de « Vénus » (police du monde américaine contre pacifisme européen - à l’exception relative de la France et de la Grande-Bretagne), la nation américaine s’est toujours considérée comme devant assurer au minimum « l’endiguement » par rapport aux totalitarismes : d’abord celui du système stalinien, puis néo-stalinien ; ensuite tout ce qui est lié à l’intégrisme islamiste et au djihadisme (Afghanistan, question iranienne pendant longtemps, contribution militaire à la lutte contre Daesh, etc).

3- Les limites (ou la remise en cause) de la puissance américaine

A- Les limites de la puissance économique américaine

Il y a bien sûr le fait que la Chine est en train de devenir progressivement la première puissance économique mondiale, malgré le ralentissement récent de sa croissance. Elle possède environ 1/5ème des bons du trésor américains ! Les États-Unis - tout comme l’UE - doivent d’ailleurs faire face à la montée des « Pays émergents » et à ce que l’on appelle la multi-polarisation du monde. De plus, je rappelle que l’UE demeure la première puissance commerciale du monde. L’Amérique a dû aussi - et continue de devoir - faire un considérable effort pour la reconversion d’un certain nombre de ses industries. N’oublions pas aussi que les États-Unis vivent à crédit depuis longtemps (disons au moins depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale).

Cette nation subit enfin des blocages politico-culturels aux conséquences potentielles économiques qui pourraient devenir incalculables : le « phénomène Donald Trump » par rapport au Mexique (avec l’idée de construction d’un « mur »... !), les conceptions plus que rétrogrades des fondamentalistes américains (très nombreux, notamment dans le Middle West) soi disant « protestants » (les « Évangéliques »). Les anciennes structures militantes de la « contre-culture » (Marcuse) des années 1960-1970 ne sont plus en situation de faire équilibre par rapport à ces forces-là, en dehors d’une partie de la côte Est et de la Californie (?)

B- Les limites de la puissance géopolitique américaine

Il y a le désengagement par rapport au Proche et au Moyen-Orient : une promesse (tenue) d’Obama après les errements de l’ère de Bush fils (en Irak). Ce dont profite la Russie de Poutine - en Syrie avant tout.

L’Amérique connaît également un certain désintérêt pour les affaires de l’UE. En effet, on peut dire que l’administration Démocrate d’Obama assura un minimum par rapport à la question ukrainienne.

En fait, on assiste à la réorientation géopolitique des États-Unis en direction de l’Asie-Pacifique, ce qui va placer les Américains de plus en plus en rivalité avec la Chine - malgré les liens correspondant aux interdépendances économiques entre les deux nations, notamment. Il y a, depuis quelque temps, une multiplication des tentatives d’intimidations dans la zone située entre la Japon, la Corée du Sud et Taïwan ; un incident pourrait donc se produire et devenir assez grave (?) On voit qu’on est en train d’assister à la constitution d’un important armement chinois, y compris sur le plan de la flotte de guerre. Pourquoi ? Un conflit armé est-il possible, à terme, entre la Chine et les États-Unis ?

Conclusion :

Pour autant, en 2016, les États-Unis sont toujours la seule super-puissance, à la fois sur le plan économique et géopolitique (à travers ce qui demeure la plus importante armée au monde). Ses différents retraits géopolitiques seront sans doute provisoires, car liés aux sur-engagements militaires de l’époque des Bush - et avant tout de Bush fils. On peut donc considérer qu’il est probable que le balancier, surtout en cas de crise grave, ira à nouveau dans l’autre sens : celui de l’interventionnisme lié à la tradition de la « manifest destiny » (?).

Bibliographie succincte :

  • « Une autre histoire de la puissance américaine » - Philippe Golub, Seuil, 2011, 281 pages
  • « La paradoxe américain » - Jacques Portes, Le Cavalier Bleu, 2011, 176 pages

Par Jean-Luc Lamouché

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