Utiliser "La loi du sang : penser et agir en nazi" de Johann Chapoutot
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Utiliser "La loi du sang : penser et agir en nazi" de Johann Chapoutot

Jean-Pierre Costille
mercredi 18 février 2015

Voici quelques propositions d’utilisation du livre de Johann Chapoutot.

Il faut souligner que l’ouvrage propose de très nombreux extraits de textes. Ce travail sur les sources est très formateur, mais il faudra toujours insister avec les élèves sur cette mise en garde donnée par l’auteur à la fin de son livre : « S’intéresser à ce qui fut écrit ne veut pas dire que « tout était écrit », loin de là ».

- L’utilisation de trois verbes pour décrire le projet nazi est une entrée possible dans le cadre du programme de 1ère sur les régimes totalitaires. Il faut à la fois traiter la genèse, les points communs et les spécificités. Avec l’ouvrage de Johann Chapoutot, on peut évoquer la vision de l’Histoire par les nazis et pour les spécificités, c’est cette focalisation sur le sang qui peut être abordée.

La fiche Eduscol précise d’ailleurs : « Les opposants politiques allemands sont certes persécutés mais les cibles principales sont les éléments considérés comme une menace pour la « race des seigneurs ». La spécificité essentielle du nazisme est son racisme radical dirigé essentiellement contre les Juifs et qui débouche sur la « solution finale ». Cette extermination systématique au nom de la race est une caractéristique spécifique du nazisme… et plus loin « dans l’Allemagne nazie, le parti et l’État sont les instruments de la domination et les garants de la « pureté » du « Volk ». »

Pour le contexte, les réflexions de l’auteur conduisent à décentrer le regard et à essayer de mesurer l’impact du règlement de la Première Guerre mondiale. Pour les nazis, il devient évident qu’« il n’est pas de salut possible dans l’ordre et dans le droit internationaux existant, produits par des traités et des paix hostiles à une Allemagne victime d’agressions perpétuelles qui au cours des derniers siècles ont pris la forme de trois guerres de trente ans ».

Pour les spécificités, et notamment la place de la race chez les nazis, on aborde souvent les lois de Nuremberg de 1935. On pourra alors se référer aux pages 190 et suivantes. Johann Chapoutot développe un point crucial en montrant bien que tout ce qui est dit sur la stérilisation n’a rien d’exceptionnel dans l’Europe de l’époque. De tels raisonnements sont tenus alors depuis des décennies en Angleterre et en France. Les Etats-Unis et la Suisse « ont légiféré pour améliorer la race ». Il faut bien préciser que les lois de Nuremberg ne s’appliquent pas lorsqu’il s’agit de deux étrangers.

Sur l’eugénisme, et pour contextualiser dans un cadre de pensée plus large, on pourra utiliser un extrait d’Arthur Gütt, médecin et membre de la SS qui a été l’un des pères de la loi de stérilisation de 1933 : « Puisque la science de l’hérédité nous permet de connaître les lois de ‘héritage naturel, …nous devrions avoir le courage de faire ce qui, par simple intuition de race, apparaissait comme une évidence à nos ancêtres germaniques … »

-  Page 94, un extrait d’un document à l’usage des officiers de la police et du SD, et qui oppose valeurs chrétiennes et valeurs nazies sous forme synthétique.

- La vision nazie implique la supériorité du groupe sur l’individu comme en témoigne cet extrait d’un discours d’Adolf Hitler du 15 février 1942. Il permet aussi de mettre en évidence la référence au sang, à la nature, ainsi que la façon de considérer le droit :

« Nous sommes tous des êtres produits par une nature, qui aussi loin que nous regardions, ne connait qu’une seule et dure loi : la loi qui donne la vie au plus fort et qui la prend au plus faible. ….Dans l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit, il règne un seul principe : le fort détermine le cours du faible….Car personne ne peut ignorer le fait que, depuis qu’il existe des hommes, ce n’est pas je ne sais quel droit abstrait imaginé par les hommes qui a remporté la victoire, mais le plus fort, celui qui est parvenu à protéger et à affirmer son existence…La nature, la providence ne nous demande pas notre avis ni nos voeux. Elle ne connait qu’une loi : « Bon sang, bats-toi, affirme ton existence et tu vivras ! Ou alors ne te bats pas, ne défends pas ta vie, et tu mourras, et d’autres prendront ta place. »

- Sur la vision d’une Allemagne cernée par des ennemis, cet extrait d’Himmler page 266
 : « Nous sommes un peuple situé au milieu de l’Europe. Les peuples qui nous entourent ne sont pas nos amis. Ils aimeraient bien anéantir cette Allemagne …qui est pour nous - et pour le monde : elle est quand même le coeur et le cerveau de l’Europe ! - un peu plus qu’un simple nom sur une carte. » 

- Page 280 et 281 Werner Best dans un article d’une revue consacré à la Gestapo  : « Le principe national-socialiste de totalité, …ne souffre la formation d’aucune volonté politique en dehors de notre propre volonté politique. Toute tentative d’imposer….une autre conception des choses sera éradiquée comme un symptôme pathologique qui menace l’unité et la santé de l’organisme national. »

Par Jean-Pierre Costille

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