Chine – Objectifs politiques et stratégie maritime

Lorsque l’on parle de la Chine aujourd’hui, on pense nécessairement au poids de ce pays dans les affaires du monde. En l’espace de quelques décennies, la Chine qui représentait, malgré son immense population, moins de 5 % du PIB mondial, se situe autour de 20 % aujourd’hui, et plusieurs prévisionnistes considèrent que le premier rang mondial devrait être atteint autour de 2028.

Parler de la Chine aujourd’hui cela signifie changer d’échelle du temps. Les dirigeants du monde occidental s’inscrivent dans le temps court, celui qui est rythmé par les inflexions, relatives toutefois, des politiques internationales, consécutives à des changements politiques. Les échéances sont électorales, elles surviennent régulièrement, introduisent des changements, même si les fondamentaux de la géopolitique des états n’évoluent qu’à la marge.
La politique chinoise s’inscrit dans la longue durée, et depuis 1978, 44 ans, le cap qui a été fixé par Deng Xiaoping a été maintenu. Ce dernier qui a dû combattre au sein du parti communiste chinois pour finir par s’imposer a été, de son accession à la présidence de la commission militaire centrale, jusqu’à sa mort en 1997, l’architecte du retour de la Chine dans les affaires du monde.

Au XVIIIe siècle la Chine était la première puissance économique du monde, en 1820 elle pesait pour près du tiers du PIB mondial, l’objectif fixé pour 2049 est très clairement de s’imposer comme la première puissance mondiale, dans tous les domaines.
Dans les études sur la mondialisation, on a pu aborder les trois périodes, marquées par la domination des puissances océaniques, l’Angleterre au XIXe siècle, les États-Unis au XXe siècle. La période qui a commencé au début de ce siècle est souvent abordée comme celle d’un monde multipolaire. On aborde parfois, du moins jusqu’à ce que la rivalité ne s’exprime avec une certaine force, le duopole sino-américain. Le schéma est relativement simple, rassurant dans une certaine mesure, puisqu’il oppose toujours un empire des mers et un empire des terres. Les États-Unis sont une île-monde, avec leurs deux façades maritimes et la capacité de projection sur l’ensemble des mers et océans, la Chine, avec une seule façade maritime, est d’abord un état continent.

Mais c’est évidemment une vision beaucoup trop schématique, parce que si, comme on a pu souvent le dire, la politique d’un État est dans sa géographie, la Chine a montré depuis près de 50 ans, qu’il était possible, en s’inscrivant dans la durée, de changer de paradigme. Malgré ses handicaps, notamment cette façade maritime unique, ouverte sur des ensembles archi pélagiques qui peuvent se révéler hostiles, la Chine a pu tordre le bras à ce déterminisme physique pour s’engager dans une double projection, navale et continentale.

La politique de puissance de la Chine apparaît aujourd’hui au grand jour, et elle s’inscrit dans une démarche globale. Deng Xiaoping, pendant sa retraite relative, quelques années avant sa disparition, disait : « cachez votre force, attendez votre heure ! ».

Aujourd’hui Xi Jiping se livre à des démonstrations de forces régulières.
Cette force qui s’appuie dans un premier temps sur les avantages comparatifs d’une immense population active, docile et industrieuse, a permis une croissance économique remarquable, se situant autour des deux chiffres, 10 % en moyenne. Depuis au moins 10 ans nous sommes repassés à une croissance à un chiffre, mais à une croissance tout de même. La Chine est revenue à 8,1 %, un niveau qui n’avait jamais été atteint depuis 2011, où il était de 9,5 % .
Les objectifs fixés par Deng Xiaoping à partir de 1978, et qu’il a continué à exprimer de façon publique jusqu’en 1992, à l’occasion de sa tournée dans le sud, s’inscrivent dans l’une de ces périodes que le pays a pu connaître depuis octobre 1949.

Le parti a pu impulser des campagnes, comme celle des 100 fleurs ou le grand bond en avant. Deng Xiaoping qui a contesté ses orientations, et qui en a payé le prix par un certain nombre d’années de mise à l’écart, a tout de même poursuivi dans cette logique.
Boluan Fanzheng, qui signifie littéralement : « éliminer le chaos et revenir à la normale », a été la période de transition qui a permis de solder ce que l’on appelait les désordres liés à la révolution culturelle.

Et c’est donc dans ce cadre que d’un Xiaoping a lancé les quatre modernisations, elles-mêmes issues des quatre principes fondamentaux.

• Maintien du socialisme
• Maintien de la dictature démocratique populaire
• Maintien de la direction du Parti communiste
• Maintien du marxisme-léninisme et de la pensée de Mao Zedong

Les quatre modernisations

• L’agriculture ;
• L’industrie ;
• La science et les technologies ;
• La défense nationale.
Et bien entendu, c’est dans cette priorité donnée à la Défense nationale que l’on retrouve la place particulière de la marine.

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Nous savons déjà qu’en termes de tonnage et en nombre de bâtiments la marine de guerre chinoise a dépassé en 2020 l’US Navy. Il faut évidemment relativiser les chiffres de ce type parce que, au-delà des tonnages, voire même du nombre, il faut appréhender la puissance d’une marine en tenant compte de la formation des équipages, des savoir-faire, de l’expérience combattante, des capacités satellitaires et GPS, du potentiel de guerre électronique, du niveau de couverture aérienne, mais également des bases navales.

La People Liberation Army Navy a incontestablement réussi sa mutation, comme l’Union soviétique en son temps, en passant d’une marine destinée à protéger ses côtes à une flotte de haute mer capable de se projeter.
Le choix de l’amirauté chinoise est assez différent de celui de la flotte russe. Cette dernière a choisi les armes l’interdiction, avec des systèmes de torpilles tueurs de porte-avions, une capacité nucléaire sous-marine avec Poséidon, des sous-marins d’attaque.

La période pendant laquelle la Russie a dû laisser rouiller acquis à quai une partie de sa flotte est aujourd’hui révolue, mais il convient aujourd’hui de rattraper le retard, et dans le domaine de la marine c’est forcément beaucoup plus long, et aussi plus coûteux, que dans le domaine terrestre ou aérien.

La marine chinoise a fait un autre choix, qui est de chercher à faire jeu égal, avec objectif le dépassement, avec la marine des États-Unis.

Et le meilleur exemple n’est pas à chercher tout de suite dans les porte-aéronefs, qui sont destinés à la projection de puissance, mais à la fusion des administrations maritimes, celle des garde-côtes et celle de la marine de haute mer. Comme l’époque de la marine soviétique il est d’ailleurs difficile de distinguer ce qui relève de la marine de guerre des navires d’exploration océanique, des bateaux de pêche, et des garde-côtes avec des unités de petit tonnage.

Le résultat est simple, la marine chinoise s’inscrit dans une logique de déploiement, avec comme objectif celui de sécuriser ses voies d’accès maritimes, qui sont évidemment essentielles, de maintenir des liens avec des pays, amis, vassaux, obligés, soumis, tributaires, en jouant parfois d’une position de créancier, comme cela peut être le cas aujourd’hui avec le Sri Lanka. Ne jamais oublier que la Chine a été capable en peu de temps de prendre des gages portuaires en Europe, en Grèce comme en Italie du Sud.

Bien entendu il s’agit du volet maritime de la fameuse route de la soie, dont il convient de parler.

Mon propos s’organisera en deux temps, celui de la mutation technique de cette marine chinoise pour une première partie, tandis que j’aborderai dans un second temps les lieux de confrontation qui conduisent cette marine populaire de libération à s’imposer, et dans une certaine mesure à pratiquer la politique du fait accompli. On pense évidemment à la mer de Chine méridionale, mais il ne faut pas oublier non plus le litige avec le Japon à propos des îles Senkaku en mer de Chine orientale.
On notera au passage que dès lors qu’une étendue maritime touche une partie du littoral chinois, celle-ci devient « mer de Chine ». Au passage pour le rival vietnamien cette mer de Chine méridionale s’appelle mer d’Orient. Chacun y retrouvera ses petits.
Il y a d’ailleurs une logique, qui est celle des empires. Celle de transformer en lac impérial les étendues maritimes qui les bordent. La Méditerranée romaine, la Méditerranée ottomane, au moins pour la partie orientale, tout cela s’inscrit dans la même démarche. Si l’on veut donner son sens au terme de géopolitique, il s’agit bien d’une démarche d’appropriation et de contrôle de territoires, et dans ce cas précis des espaces maritimes et des routes qui les traversent.

I. L’irrésistible montée en puissance…
A. Une revanche sur l’histoire
B. Un effort dans la durée

II. … pour un contrôle de l’océan mondial
A. Les routes maritimes
B. Les capacités de projection

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Chine I. L’irrésistible montée en puissance…

A. Une revanche sur l’histoire

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La volonté chinoise de retrouver sa souveraineté sur les espaces maritimes, et de s’imposer comme une puissance mondiale, disposant des capacités d’exercer un contrôle sur les océans et sur les routes maritimes doit beaucoup à la perception que les dirigeants chinois, mais également le peuple chinois sans doute, de l’histoire du pays.
Les Chinois considèrent avoir suivi à partir du XIXe siècle une série d’humiliations, celles qui ont été imposées par « les diables étrangers », ces envahisseurs sont évidemment venus par la mer.
La volonté de puissance qui s’exprime de façon de plus en plus ouverte, notamment avec l’actuel numéro un chinois, Xi Jinping, dont il convient de se souvenir qu’il est désormais président à vie, et source d’inspiration, au même titre que Mao Tsé toung, doit beaucoup à ce regard particulier que les Chinois portent sur leur histoire, et sur les relations qui leur ont été imposées par les occidentaux, qu’ils considèrent comme des barbares, et que l’on appelle encore « les traités inégaux ».
Pour être tout à fait précis que ses traités inégaux n’ont pas seulement concernés des puissances maritimes puisque la Russie dès la fin du XVIIe siècle avait exercé une pression sur les frontières terrestres à partir du fleuve Amour. Jusque dans les années 60 des affrontements militaires localisés ont même eu lieu, entre deux pays communistes, avant que le problème ne se règle par la visite de Gorbatchev à Pékin en mai 1989, sur fond de tensions sur la place Tiananmen.
Les occidentaux ont imposé à la Chine, dans la force des armes, des concessions majeures, avec des privilèges commerciaux et culturels exorbitants, et des enclaves territoriales. Hong Kong jusqu’en 1997, Macao jusqu’en 1999 ont été les vestiges de cette domination.
Quelque part ces épisodes que je vais citer rapidement sont les témoignages, toujours vivaces, de ces humiliations répétées.

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La première guerre « de l’opium » par la Grande-Bretagne (1839-1842)

Quelques mots sur le cœur de l’opium s’imposent. Ce qui devrait d’ailleurs nous faire réfléchir aujourd’hui. À la fin du XVIIIe siècle, l’usage du tabac a été interdit en Chine par un décret impérial. Cela n’a pas empêché le développement d’une consommation mixte de tabac et d’opium qui arrivait d’Indonésie dans un premier temps, avant que la compagnie des Indes britanniques ne s’empare de ce marché. C’est pour compenser le déséquilibre commercial entre les importations de thé de Chine vers l’Angleterre et les exportations d’opium vers la Chine, cette fois-ci en très grosse quantité, que la compagnie des Indes orientales a abandonné son monopole sur le commerce de l’opium, et favorisé une consommation de masse que l’empereur a souhaité combattre. Les incidents qui éclatent en 1839 déclenchent une intervention navale britannique et les jonques impériales ne font pas le poids face aux canonnières de la Royal Navy.

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Dans le cadre du rapprochement franco-britannique sous le second empire, la seconde guerre de l’opium entre 1856 et 1860 conduit à une alliance qui vise à imposer à l’empereur chinois une ouverture du port de Canton. L’expédition militaire n’est pas une promenade d’ailleurs de l’affrontement final qui ouvre la route de Pékin oppose 8000 Européens à 30000 Chinois. Bataille de Palikao.
Le 18 octobre 1860, les alliés incendient, sur ordre de Lord Elgin, en représailles des tortures infligées à des Européens, le Yuanming Yuan, « Palais d’Eté » de l’Empereur et joyau architectural chinois.

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L’Amiral Courbet et la Guerre Franco-Chinoise (1884-1885)
Cette guerre franco-chinoise pour le contrôle du Tonkin que la France venait de conquérir a suscité l’intervention militaire de la Chine soutenant les pavillons noirs, une troupe irrégulière qui s’était imposée dans le sud de la Chine et au nord du Vietnam.
L’amiral Courbet en représailles attaque la flotte chinoise qui s’était d’ailleurs modernisée depuis la deuxième guerre de l’opium et réalise un incontestable exploit militaire lors de la bataille de Fuzhu, qui se situe sur l’estuaire du fleuve Rouge en face de Formose.

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Enfin, dernières humiliations pour la Chine, la guerre contre le Japon, 10 années plus tard, qui se traduit par la perte de territoires.
Le conflit est appelé en Chine guerre de Jiawu. La Chine cède Taïwan, la péninsule du Liaodong, les îles Pescadores, et abandonne sa suzeraineté sur la Corée.

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Pendant la guerre froide et même jusqu’à une date assez récente, lors du litige dans le détroit de Taiwan, la Chine a eu à subir la domination des groupes de combats aéronavals de la septième flotte de l’U.S. Navy.
Pendant la guerre froide c’étaient les incidents du détroit de Taïwan ou crise de Quemoy et de Matsu est un conflit armé ayant opposé la République populaire de Chine à Taïwan au cours de l’été 1958. La Chine qui n’avait pas été soutenue par l’Union soviétique avait dû reculer.

En 1995 pour un prétexte somme toute assez mineur, une escalade dangereuse s’enclenche : En en juin 1995, la délivrance d’un visa américain au président taïwanais, Lee Teng-hui, pour une visite privée dans son ancienne université, Cornell University, provoque l’ire de Pékin : l’administration Clinton s’était pourtant jusqu’ici engagée à refuser le visa. Il s’ensuit une condamnation publique de la visite de Teng-hui, accompagnée d’un rapatriement de l’ambassadeur chinois à Washington, de la suspension du dialogue avec Taïwan et de la tenue d’exercices militaires à partir de juillet 1995 tendant à intimider Taipei. La pression monte d’un cran, huit mois plus tard, lorsqu’en mars 1996, à l’aube d’élections présidentielles à Taïwan, Pékin conduit des manœuvres militaires proches de l’île, incluant le test de missiles M9 disposant d’une capacité d’emport nucléaire. Les missiles explosent aux abords des deux principaux ports de Taïwan, Kaohsiung et Keelung. Bill Clinton réagit immédiatement en ordonnant le déploiement de deux groupes aéronavals dans le détroit afin de témoigner de la solidarité des États-Unis envers Taïwan

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Depuis cet épisode, la situation a changé du tout au tout. La marine chinoise est autrement plus puissante, et en termes de nombre d’unités, nous l’avons vu précédemment a dépassé les États-Unis.

Alors il faut être précis dans ce cas. Le nombre n’est pas le seul élément déterminant. Pendant la période de la guerre froide, sur le front est-européen, l’Union soviétique, avec le pacte de Varsovie était en mesure d’aligner près de 40 000 chars de bataille prêts à foncer sur l’Europe occidentale. La fameuse trouée de Fulda qui a occupé les forces de l’OTAN pendant des années. Sauf qu’il s’agissait d’une accumulation de ferraille, face à des forces de l’OTAN largement supérieures du point de vue technologique.
Cela a été le cas avec l’armée populaire de libération et la marine chinoise, même s’il ne faut jamais, dans ce que l’on appelle aujourd’hui un conflit de haute intensité, négliger l’effet de masse. La supériorité aérienne, les capacités de guerre électronique, étaient censées faire la différence.
Sauf que la situation a changé, et que l’amirauté américaine prend très au sérieux aujourd’hui les capacités de la marine chinoise, y compris en termes de capacités techniques. Et si on ajoute l’effet de masse à une parité technologique, la situation devient beaucoup plus compliquée, et même, ne le cachons pas, dangereuse.

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B. Un effort dans la durée

Nous avons vu précédemment que cet effort en faveur de la puissance navale, comme composante de la Défense nationale était déjà inscrit dans le programme des quatre modernisations de Deng Xiaoping. Mais il faut attendre 1986 pour que le père de la marine chinoise moderne, l’amiral Liu Huaqing introduise le concept d’une « stratégie navale de défense au large ».

Cet objectif premier doit permettre la Chine de contrôler la zone maritime située à l’intérieur de la première ligne d’île qui longe ses côtes, et à disposer d’une capacité d’interdiction, c’est-à-dire une flotte sous-marine capable de protéger le littoral contre toute menace venue de la mer. Et on voit bien que le rapport à l’histoire reste toujours vivace. Par contre, et dès 1986, la planification des affaires militaires, avec les livres blancs successifs, prévoit que la flotte chinoise doit être en mesure d’intervenir en permanence et partout dans le monde, à l’horizon 2050. 2050, 2049, le centième anniversaire de la Chine populaire, le symbole semble évident.

La marine populaire de libération a été créée en mai 1950, à partir de bâtiments récupérés sur les forces des nationalistes chinois réfugiés à Taïwan, et du recyclage de quelques bâtiments de la marine soviétique qui était d’ailleurs à cette époque largement sous dimensionnée.

Un petit rappel pour ce qui concerne l’Union soviétique, concernant sa puissance navale. L’effort de développement a commencé en 1956, avec l’amiral Gorchkov, mort en 1988. Pendant 30 ans Sergueï Gorchkov a été le maître d’œuvre de la construction d’une flotte de haute mer, et notamment d’une flotte d’interdiction à partir des sous-marins nucléaires d’attaque de classe Akula.

Les Chinois dont il faut bien reconnaître le pragmatisme ont pris leur inspiration à la fois chez les soviétiques mais également chez les anglo-saxons avec la doctrine du sea power de l’Amiral Mahan.
Les marins chinois ont tiré les leçons de l’ensemble des conflits qui se sont déroulés en Asie pendant la guerre froide, à commencer par la guerre de Corée. L’aéronavale américaine a été en mesure de fournir aux troupes au sol une couverture aérienne efficace sans que l’armée Chinoise des années 50 ne soit en mesure d’en limiter les effets.

La Chine s’est donc inspirée largement de la doctrine soviétique en matière de couverture aérienne en se dotant de missiles balistiques anti navires. Dans le même temps le développement des porte-avions a été mis en œuvre.

Les Chinois ont été plutôt pragmatiques en commençant par racheter en 1998 une coque russe inachevée depuis 1988, de type Kouznetsov, et en parvenant à le mettre en service à la mer en 2012. Il s’agit du Liaoning.

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En 2018 il s’agit d’une copie améliorée du précédent, le Shandong, avec des capacités renforcées.
Le type trois s’inscrit dans une rupture technologique avec les précédents, avec un système de lancement par catapulte, le quatrième serait sur cale, et la propulsion nucléaire serait envisagée pour le cinquième exemplaire avant 2030.

Pour mémoire les États-Unis disposent de 11 bâtiments de ce type, mais comme on le voit le rattrapage est extrêmement rapide.

Lorsque la Chine s’est engagée dans un effort sans précédent de modernisation de sa marine, en 1986, on avait tendance à dire qu’il faudrait 70 ans pour mettre en œuvre une véritable marine de haute mer. Cela implique de disposer d’un groupe de combat aéronaval, au minimum, de la flotte d’accompagnement, permettant notamment d’assurer la protection du groupe de combat aéronaval, de moyens d’interdiction, notamment sous-marins, de bâtiments de projection et de commandement, des capacités de débarquement, de porte-hélicoptères d’assaut. Si la supériorité de l’U.S. Navy reste évidente, la capacité chinoise à se doter de l’ensemble de la panoplie est une évidence.

Nous parlions de 70 ans, pour mettre sur pied une marine dotée de l’ensemble de ses attributs ; en réalité nous en sommes à 36. Concrètement la Chine est allée deux fois plus vite que prévu.

La multiplication des unités ne suffit pourtant pas à rendre une marine opérationnelle. La question qui est posée est celle du maintien d’un haut niveau de préparation, avec des entraînements à la mer permanents, permettant avec un court préavis sur une éventuelle intervention, ce que l’on appelle la mise en condition opérationnelle des unités.

Recrutement des équipages, formation des personnels, fidélisation, mise à jour permanente des dispositifs de guerre électronique, tout cela représente un coût considérable mais qui semble être supporté par le maintien d’un effort budgétaire qui s’est inscrit dans la durée.

Les derniers chiffres se situent autour de 175 milliards d’euros, avec une hausse régulière de près de 6 % par an, et une accélération de cette hausse depuis 2021. Il faut toujours relativiser ces chiffres, car les études montrent qu’il y a parfois des omissions. Dans ce chiffre de 200 milliards de dollars pour faire la comparaison avec les États-Unis, il ne semble pas que l’on ait tenu compte des dépenses de recherche et développement pour les programmes d’armement ni même du programme d’équipement de la flotte de garde-côtes. Les Chinois peuvent toujours dire qu’ils sont loin derrière les États-Unis qui dépensent plus de 700 milliards de dollars pour leur effort de défense, mais le rattrapage est exceptionnel.

La capacité chinoise à déployer une flotte de surface désormais supérieure en nombre d’unités à celle des États-Unis doit être prise en compte dans le cadre des rapports de force qui se manifestent en Asie.

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Au-delà des unités de surface la prise en compte des lanceurs balistiques anti-navires de type DF-21D (pour Dong Feng, vent d’est) doit être envisagée même si les tests sur cible fixe ne sont pas forcément déterminants. Avec une portée de 900 à 1500 km et une trajectoire suborbitale ce type d’engin constitue quand même une menace pour les unités de la VIIe flotte qui voudraient protéger Taïwan d’une invasion.

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Par ailleurs la possession par la Chine de dispositifs d’interdiction aérienne de type S 300 et S 400, permet de constituer une bulle de défense sur le détroit de Taïwan. L’achat de quatre à six batteries de S 400 pour un montant de 3 milliards de dollars a eu lieu en 2018, mais nous ne savons pas si ces dispositifs ont été effectivement déployés.

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Car la question demeure sur la possibilité que la Chine par l’intermédiaire de son Parlement a pu entériner et que les dirigeant chinois rappellent régulièrement : ««Le continent retiendra la responsabilité criminelle des jusqu’au-boutistes de l’indépendance pour Taïwan en accord avec la loi, et ceci à vie ». Déclaration de novembre 2021.
https://mjp.univ-perp.fr/constit/cn2005.htm

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Loi anti-sécession de la République populaire de Chine.

Texte intégral de la loi anti-sécession de la République populaire de Chine, adoptée lundi 14 mars 2005 à Pékin, lors de la 3e session de la 10e Assemblée populaire nationale ; version française diffusée par l’Agence Chine Nouvelle (Xinhua).
Cette loi anti sécession est toujours d’actualité. Chaque fois qu’en république de Chine, un président manifeste des velléités indépendantistes, la piqûre de rappel est effectuée, je ne sais pas si l’on peut parler de 4e dose, par des manœuvres militaires et des franchissements répétés de l’espace aérien de Taïwan.
Article 8. Au cas où les forces séparatistes de « l’indépendance de Taïwan » agiraient, sous quelque prétexte et manière que ce soit, dans le but de séparer Taïwan de la Chine, ou que de majeurs incidents provoquant la sécession de Taïwan de la Chine se produiraient, ou encore que les possibilités de la réunification pacifique seraient complètement anéanties, l’État aura alors recours aux moyens non-pacifiques et autres moyens nécessaires pour protéger la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale de la Chine.

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Ces efforts soutenus mettent également l’accent sur les capacités amphibies avec des navires de débarquement de type hydroglisseurs avec une vitesse de 50 nœuds permettant de débarquer 500 hommes et huit véhicules blindés.
Ce type d’engin a été conçu par la marine soviétique, repris par l’Ukraine, et dispose d’une autonomie de 500 km.
Les troisièmes et quatrièmes exemplaires ont été assemblés en Chine avec un équipement chinois.
Ce type d’équipement correspond à la volonté chinoise de développer le corps des fusiliers marins, les troupes de Marine plus précisément, et là encore on retrouve le modèle de développement de l’armée américaine avec un corps spécialisé dans le débarquement. Les marines dans la version chinoise pourraient compter jusqu’à 100000 hommes.

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Il convient d’aborder également les capacités sous-marines de la Chine.
Les premières expérimentations visant à doter la Chine d’une force océanique capable de lancer des missiles balistiques remontent à la coopération avec l’URSS, interrompue à partir de 1963. Pour développer un programme de sous-marin nucléaire lanceur d’engins il aura fallu près de 20 ans avec un premier lancement en 1981 et une mise en service actif en 1988.

Depuis cette date et entre 2007 et 2017 six sous-marins de type 092 Xia ont été construits.
Depuis, la Chine est passée au type 094, de classe Jin. Avec des capacités améliorées. La marine chinoise affirme avoir atteint la parité technologique avec les Français et les Britanniques.

En matière de sous-marin nucléaire lanceur d’engins, la marine chinoise a repris la doctrine soviétique qui est celle du bastion. Il s’agit de pouvoir lancer en toute circonstance, y compris après une attaque nucléaire subie, à partir des eaux territoriales, dans la conception que la Chine peut en avoir, c’est-à-dire en incluant la mer de Chine méridionale.

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En matière de sous-marins nucléaires d’attaque le développement a été également assez long, à partir du modèle 091 Han, admis au service actif en 1974. Depuis cette date le programme a conduit à une modernisation, la Chine dispose de six ou sept exemplaires opérationnels, susceptibles d’être déployés dans l’océan Indien depuis 2014.
Il faut rajouter également une soixantaine de sous-marins diesels électriques qu’il ne faut absolument pas négliger, car ils peuvent exercer une menace dans les eaux peu profondes, déployer des champs de mines, et dans le détroit de Taiwan jouer un rôle d’interdiction par un effet de saturation.

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Pour être complet sur la capacité de la marine chinoise, qu’elle s’est dotée également de capacité de projection, et même de démonstration avec des groupes de combat capables de croiser à longue distance. Cela s’est produit à partir de 2008 dans le cadre de la lutte contre la piraterie dans l’océan Indien et au large du golfe d’Aden.
En février 2011 une frégate est présente devant les côtes libyennes pour protéger l’évacuation de 35 000 ressortissants chinois de Libye, à la veille de l’opération militaire franco-britannique.
En juillet 2017 Djibouti accueille la première base militaire chinoise à l’étranger et se dote de capacité d’accueil pouvant aller jusqu’au porte-avions.

The Father of the Modern Chinese Navy—Liu Huaqing


https://asialyst.com/fr/2019/10/05/chine-maritime-navale-4-7-70-ans-marine-enfin-coeur-puissance/
https://www.rand.org/blog/2015/08/chinas-airfield-construction-at-fiery-cross-reef-in.html
https://www.theguardian.com/world/2017/feb/05/china-v-japan-new-global-flashpoint-senkaku-islands-ishigaki
http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2021/03/10/plan-china-navy-21946.html
https://digital-commons.usnwc.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1012&context=cmsi-maritime-reports

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II. … pour un contrôle de l’océan mondial

Le lancement en 2011 de la route de la soie comporte comment le c’est un volet terrestre, mais c’est surtout le volet maritime qui présente le plus d’intérêt.
80 % du commerce mondial de marchandises en volume, 70 % en valeur, on mesure bien l’importance des façades maritimes, des infrastructures portuaires, des détroits et des routes de navigation dans le déploiement de la puissance chinoise.
Nous retrouvons ici le modèle du sea power anglo-saxon avec une marine de guerre dont la fonction est de protéger les routes maritimes.

A. Les routes maritimes

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La stratégie dite du collier de perles est déjà assez ancienne et ce qui au départ consistait à se doter de facilités navales à partir des côtes chinoises jusqu’au golfe arabe persique, pour protéger les flux pétroliers dont la Chine a impérativement besoin, relève désormais d’une politique mondiale.
Il est évident que les capacités chinoises en mer de Chine méridionale qui n’ont eu de cesse de se renforcer s’inscrivent directement dans cette logique, même si comme on l’a vu précédemment cet espace avec des eaux profondes peut constituer un bastion.
Le littoral de la partie continentale de Chine s’étend sur plus de 18 000 km, et celui des îles continue sur plus de 14 000 km. Tous les lieux d’importance stratégique sont placés sous la protection de la Marine de l’Armée populaire de libération (APL).

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On notera que dans cet inventaire des côtes chinoises il est tenu compte des îles, y compris certainement celles qui ont été créées de toutes pièces en mer de Chine méridionale.

L’expression collier de perles qui peut apparaître très imagée est apparue pour la première fois en 2005 dans un contexte très particulier qui était celui marqué par l’enlisement des États-Unis dans la deuxième intervention en Irak. Le département de la défense des États-Unis avec Donald Rumsfeld avait pris en compte les liens que la Chine était en train de tisser le long des voies maritimes du Moyen-Orient à la mer de Chine méridionale. Le collier de perles est basé sur l’établissement de liens diplomatiques avec l’implantation de bases navales depuis le Moyen-Orient jusqu’au sud de la Chine. L’expression a été très largement reprise, et le collier de perles a été vite ressenti comme un collier d’étranglement par les pays hostiles à l’expansion chinoise.

Les dirigeants chinois ont pris conscience en 2003 de la vulnérabilité de la Chine dans l’essentiel du pétrole passait par le détroit de Malacca. Ce détroit n’étant pas contrôlé par la Chine, il consistait un point de vulnérabilité pour la sécurité énergétique de la Chine.

Le détroit de Malacca est le point de passage obligé et le plus court entre l’océan Indien et la mer de Chine, il voit passer 50 % du pétrole mondial, 70 % des flux commerciaux chinois, 90 % du pétrole japonais.

Il faut bien comprendre que le redéploiement géopolitique de la Chine est le résultat indirect de l’effondrement de l’Union soviétique. Depuis le voyage de Nixon à Pékin la Chine s’était ouvert une marge de manœuvre diplomatique et stratégique entre l’Union soviétique et les États-Unis. Avec le règlement des différents entre l’Union soviétique et la Chine en 1989, le centre de gravité des menaces des intérêts chinois bascule vers la mer. Les États-Unis se trouvent donc un nouvel adversaire, dans un premier temps considéré comme un compétiteur. On verra jusqu’où cela pourra aller en termes de guerre économique avec Donald Trump.

La Chine interprète immédiatement cette tentation du redéploiement, qui s’accentue avec l’arrivée à la Maison-Blanche de Barack Obama comme une menace.

L’intervention des États-Unis en Irak à partir de mai 2003 est considérée par les Chinois comme une menace indirecte sur leurs approvisionnements en hydrocarbures.
Très rapidement l’effort qui avait été déjà entrepris pour doter la Chine d’une marine capable de protéger ses abords, la conception soviétique de la protection d’un vaste espace continental, se transforme en effort de projection pour assurer la sécurisation des routes maritimes indispensables.

De livres blancs en livres blancs, à commencer par celui de 2006, les priorités se déplacent d’une armée de terre « traditionnellement dominantes » à une marine et une armée de l’air, désormais choyées. Cela se traduit par un renforcement des marins et des aviateurs au sein de la commission militaire centrale qui est le véritable organe décisionnaire du pays pour les questions de défense.

Et les objectifs sont déjà très clairs, avec des sous-marins comme arme d’interdiction associée à la flotte de surface qui assure une fonction de garde-côtes, des porte-avions pour assurer une projection aérienne à longue distance, et des capacités amphibies pour un éventuel débarquement quelque part.
À partir de 2015 les choses sont beaucoup plus claires le neuvième livre blanc commandent à la marine chinoise de mettre l’accent sur la protection des mers ouvertes et de passer progressivement d’une stratégie de défense des eaux au large des côtes à une stratégie combinée de défense de ses eaux et de protection en haute mer.

Dans cette démarche, la Chine s’engage dans une politique de négociation avec des pays qui disposent de capacités portuaires adaptées, permettant l’accastillage, l’entretien, l’approvisionnement de navires de commerce mais également des unités militaires.

  • On y retrouve des installations destinées à assurer l’approvisionnement en carburant et matériaux, en interface avec l’armée de terre comme à Djibouti. Le port de Salalah au sultanat d’Oman.
  • Des bases aéronavales fixes permettant l’accastillage et l’accostage des navires de guerre, des points d’atterrissage pour les aéronefs, y compris leur capacité de ravitaillement en vol.
  • Et enfin un port directement relié au cœur de la Chine, celui de Gwadar au Pakistan.

Tous ces ensembles portuaires ont des capacités duales, permettant d’accueillir aussi bien des unités civiles de grande taille, que de répondre à des besoins spécifiques pour des marine de guerre, avec des installations de maintenance et des capacités d’hébergement.
L’exemple est celui de ce sous-marin qui a accosté au port de Colombo au Sri Lanka, en 2014. Cela peut faire partie des visites de démonstration, mais dans la pratique ce sous-marin a accosté dans une installation de terminaux à conteneurs directement contrôlés par la société chinoise China Merchants holding international. On a pu retrouver la même démarche en Grèce comme à Djibouti.

Bien entendu le lancement du programme de la route de la soie en 2011 a renforcé le processus. Du point de vue économique il y a une cohérence, puisque cela évite de réaliser des doublons, infrastructures civiles/infrastructures militaires. Cela favorise la discrétion, indispensable pour des opérations de type force spéciales qui peuvent être organisées à partir de ce point d’appui, et en même temps avec la multiplication de ces facilités navales, de disposer de flux d’approvisionnement permanents pour mener différentes opérations, comme l’évacuation de ressortissants, ou des interventions plus directes pour défendre des intérêts chinois qui seraient menacés, notamment en Afrique orientale.

Diapo 28 – 29

La belt and Road initiative qui concerne 65 pays entre l’Asie, le Moyen-Orient, l’Afrique l’Europe, apparaît clairement comme une sorte de « bien public global », en réalité un ensemble d’infrastructures logistiques qui relèvent de ce que l’on appelle les ULD, unité logistique de défense.
Diapo 30
Les occidentaux ont pris la mesure de la menace et proposent une alternative sur la façade de l’Afrique orientale et l’Ouest du sous-continent indien avec le Japon.
Cette alternative est appelée le couloir de croissance Asie Afrique.

Diapo 31 Asia Africa Groth Corridor
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En 2021 la présidente de la commission européenne Ursula Van der Leyden a lancé le programme global gateway, pour un montant de 300 milliards d’euros.

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À titre indicatif l’ensemble prévu pour la route de la soie pèserait 10 fois plus au moins. 3700 milliards de dollars.
3000 milliards de dollars, c’est le montant de ce que les États-Unis ont dépensé dans la guerre contre le terrorisme depuis le 11 septembre 2001.

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La stratégie du collier de perles chinois


https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/cion_afetr/l15b1868_rapport-information
http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2021/03/10/plan-china-navy-21946.html

RAPPORT D’INFORMATION DÉPOSÉ en application de l’article 145 du Règlement PAR LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES en conclusion des travaux d’une mission d’information constituée le 17 octobre 2018 sur les enjeux stratégiques en mer de Chine méridionale

Co-rapporteurs Mme Delphine O M. Jean-Luc Reitzer
Députés

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Face à ces projets concurrents la Chine met toujours l’accent sur l’océan Indien, ce que nous appelons aujourd’hui la zone hindoue pacifique. Et sur cette zone indo pacifique notre pays à des arguments, remis en cause récemment par une alliance de circonstance entre les États-Unis, le Royaume-Uni, et l’Australie, sur fond de contrats d’équipement en sous-marins remis en cause.

Dans ce contexte quels sont les points sur lesquels la Chine entend affirmer sa prédominance. Car il en va de ses capacités de projection mais également de contrôle des routes maritimes qu’elle considère comme essentielles.

B. Les capacités de projection

Sur les capacités de projection, nous avons vu dans un premier temps les moyens qui sont susceptibles d’être utilisés, avec les moyens militaires, notamment maritimes, mais également les moyens économiques avec la route de la soie et son double volet terrestre et maritime.
Dans l’examen de cette montée en puissance navale de la Chine nous avons deux points chauds.

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Le plus connu, le plus sensible, se situe en mer de Chine méridionale. La volonté de l’empire du milieu de transformer cet espace délimité par la péninsule indochinoise à l’ouest, l’archipel indonésien et les Philippines au sud et à l’est et Taïwan au nord, en lac chinois est une évidence.

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Cet espace maritime présente différents avantages.
• Des ensembles insulaires, des récifs, sur lesquels les pays riverains estiment avoir des droits.
• Des potentiels gisements d’hydrocarbures offshore.
• Des eaux profondes propices au déploiement des submersibles.
• Une route maritime d’intérêt majeur reliant l’Asie de l’Est avec les façades maritimes chinoises au détroit de Malacca qui est la porte d’entrée vers l’océan Indien.

Le deuxième point chaud se situe en mer de Chine orientale et concerne un archipel dans le statut a été assez mal défini dans l’histoire. Cela concerne les îles Senkaku disputées entre la Chine et le Japon.

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Pour ce qui concerne l’archipel des Spratlys à l’ouest des Philippines, la militarisation est évidente. La démarche est toujours la même. Des pêcheurs, dont on a pu constater qu’ils qu’ils ne prenaient pas de poissons. Des installations en bambou sur le rivage, puis des piliers de béton, le tout pour abriter les pêcheurs présumés.

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La protection de ces pêcheurs suppose le développement de la milice navale, qui n’est pas officiellement la marine chinoise mais qui lui ressemble beaucoup, avant de déployer des unités plus sérieuses, et des dispositifs de chantier perm milice navale les gardes-côtes poissons je faut le ettant de réaliser des installations.
Piste d’atterrissage, hangar de maintenance, stations d’écoute, érecteurs lanceur de missiles anti navires. La boucle est bouclée.
À cela se rajoute le contrôle des routes sous-marines qui sont essentielles à la dissuasion comme l’interdiction.

Diapo 42 – 43 – 44
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les revendications chinoises s’inscrivent dans la défense de leurs droits historiques, qu’ils appuient sur l’antériorité de leur présence dans la zone, parfois avec des justifications archéologiques douteuses, opportunément redécouvertes par leurs navires de pêche.
La fameuse ligne des 11 traits, devenue la ligne des neuf traits en 1972, au moment la guerre du Vietnam, sert toujours de justification. Elle peut être appelée la ligne en U ou alors la langue de bœuf, pour des références charcutières.

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Il est clair que dans ce contexte-là le droit international qui a été fixé pour le droit de la mer à Montego Bay en 1982 est une référence que l’on s’oppose, sans que forcément elle ne soit respectée.

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Le texte existe, il représente avec les différents traductions 1700 pages, mais il convient de voir quelles sont les conséquences dans la pratique de son application en mer de Chine méridionale.

Car si la délimitation des eaux territoriales, des eaux territoriales étendues, des zones économiques exclusives, du plateau continental étendu, est relativement simple à expliquer en partant de 6000 marins, puis 12, puis 24. Jusqu’à 200 milles soit 340 km, la question se pose pour les terres non nous occupées en permanence, qui n’ont pas le statut d’îles émergées en permanence, et qui sont inhabitées.

Diapo 49
Diapo 50 – un exemple de déploiement et d’aménagement.
Diapo 51–diapo 52–diapo 53. La formation atollienne a pris de l’épaisseur.
Diapo 54

Tous les pays riverains ont fait valoir leurs droits et installé des garnisons sur ces îlots, des militaires évidemment.
Diapo 55
La Chine fait valoir ses droits en mobilisant sa milice navale. Officiellement des pêcheurs militarisés.

Diapo 56 et 57

En s’installant dans la zone économique exclusive des Philippines. Toujours avec des pêcheurs de la milice navale.

Diapo 58

Et comme les cotes de ces points d’appui insulaires sont devenues de facto des côtes chinoises, nos braves pêcheurs sont sous la protection des garde-côtes. C’est-à-dire de patrouilleurs armés peints en blanc. On appelle bateau gris un navire de guerre.

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La riposte occidentale s’inscrit dans une logique de manœuvres, ce que l’on a pu appeler la gesticulation navale, qui met au défi la marine chinoise de faire respecter les zones d’interdiction autoproclamées qu’elle cherche à instaurer.

Diapo 60

Tout cela suscite des protestations chinoises, avec un vocabulaire assez riche.

Diapo 61

Mais toutes les manœuvres et toutes les protestations, tous les litiges portés devant la cour internationale de justice ne peuvent rien face à une politique du fait accompli.
À titre d’exemple encore comment un îlot de 3 km de long devient l’équivalent d’un porte-avions fixe, puissamment équipé.

Diapo 62 et 63

Que l’on va bien évidemment protéger si l’on est tenu un jour de décréter une zone d’exclusion aérienne, ce qui a pu être fait en mer de Chine orientale à l’encontre du Japon.
Cela suppose le déploiement de moyens d’interdiction. Les missiles balistiques anti navires mais également des systèmes d’interdiction aérienne.

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Face à ce type de déploiement les possibilités sont quand même limitées, d’autant que chaque pays riverain a renforcé ses garnisons sur les points d’appui qu’il a pu contrôler. Les moyens de pression de la Chine sont évidemment énormes.
Périodiquement les flottes occidentales, l’U.S. Navy, la marine nationale et quelques autres croisent à proximité des îles militarisées chinoises, en refusant de tenir compte de la zone d’interdiction que les Chinois ont décrétée de façon unilatérale.

Le destroyer USS John S. McCain s’est approché à six milles marins du récif Mischief (Meiji en chinois) qui appartient à l’archipel disputé des Spratleys en mer de Chine méridionale.

Six milles marins c’est la moitié des eaux territoriales. Mais comme il s’agit d’un récif, du point de vue du droit maritime international les États-Unis ne tiennent pas compte des eaux territoriales fixées unilatéralement par la Chine autour de ce récif.
Nous sommes bien là dans ce que l’on appelait la gesticulation navale. Cela se fait aussi sur terre, à l’est de l’Ukraine ces temps-ci.

Dans la pratique la pression chinoise a été suffisante pour que depuis 2018 les Philippines avec le président Dutertre se rapproche sensiblement de la Chine. Cela remet d’ailleurs en cause la présence des bases américaines au nord de l’archipel.
Il va sans dire que tous ces îlots militarisés sont dotés de moyens de défense antiaériens particulièrement performants, HQ-16 (HongQi-16 – «Drapeau rouge-16 ».

Les conséquences de ce type de développement sont de faire monter les enchères, car dès lors qu’une attaque conventionnelle ne pourrait être menée, cela supposerait à tout le moins des bombardements massifs à partir de missiles de croisière lancée par sous-marins, voire l’utilisation d’armes nucléaires tactiques.

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Autre conflit un peu oublié depuis 2011 – Le litige à propos des Senkaku
Il faut évidemment faire appel à l’histoire et au traité de Shimonoseki signé par la Chine et le Japon après la défaite de l’empire du milieu contre l’empire du soleil levant. Ce petit archipel représente environ huit îlots difficilement accessibles et qui sont riches de leur diversité biologique.

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Toutefois en 1969 la découverte présumée de gisements importants d’hydrocarbures offshore dans la zone a relancé l’intérêt pour cet archipel.
Par ailleurs les ressources halieutiques sont importantes dans le secteur.
Le Japon se considère comme détenteur historiquement de ces îles qu’il considère comme appartenant à l’ensemble formé par Okinawa rétrocédé au Japon par les États-Unis. Seulement Taïwan et la Chine populaire considèrent que ces îlots appartiennent à la Chine.
La Chine considère que le plateau continental sur lequel se trouve cet archipel fait partie des eaux chinoises.
Les différents premiers ministres japonais à partir de Shenzo Abe jusqu’à l’actuelle Yoshihide Suga ont largement maintenu les prétentions du Japon sur ces îles, parallèlement à un renforcement de la marine d’autodéfense, y compris avec des porte-aéronefs récemment.
L’archipel est proche de Taïwan, plus d’ailleurs que du Japon et de la Chine populaire, mais comme la Chine considère que Taïwan fait partie du territoire chinois, Pékin estime ses revendications fondées. C’est d’ailleurs de Taïwan que partent certains activistes chinois qui essaient de prendre pied sur l’archipel périodiquement.

Rendons à la France ce qui lui revient, c’est le navigateur français le compte de La Pérouse qui est le premier à cartographier l’archipel même si les Chinois revendiquent aussi cette action.

Lors de la guerre sino-japonaise de 1895 ces îles sont cédées au Japon. Après la défaite japonaise de 1945, les terres occupées par les Japonais doivent être rétrocédées, sauf que dans le cas des Senkaku elles restent administrées par les États-Unis, au même titre que Okinawa.
Lorsque Okinawa est rétrocédée au Japon, on ne se préoccupe pas de cet archipel. La Chine en 1972 considère qu’il fait partie intégrante du territoire de Taïwan, donc de la Chine.

En 1978, Deng Xiaoping, après la signature du traité d’amitié entre la Chine et le Japon avait déclaré qu’il laissait le soin aux générations futures de s’entendre sur ce litige. Comme on le voit, nous y sommes. Pour le règlement du litige il va falloir attendre un peu.

Un accord sur la conservation des albatros et des pétrels signés en 2001 définis par contre cet archipel comme relevant de la responsabilité japonaise, ce que les Chinois dénoncent évidemment.

Diapo 68

Des tensions sont multiples, notamment en 2013 avec un embargo des produits japonais en Chine, des manifestations des nationalistes chinois à Taïwan, tandis que le Premier ministre japonais crée une task force spécifique pour défendre ces îles.
En 2015 la découverte d’une nouvelle plate-forme pétrolière envenime la situation, et face à de nouvelles incursions chinoises, y compris avec un sous-marin, la marine d’autodéfense japonaise déploie des moyens militaires, y compris un avion de chasse anti sous-marine.
Les États-Unis ont pris fait et cause pour le Japon tandis que la Chine maintient sa pression par l’intermédiaire d’un mouvement activiste le Baodiao.

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Les Japonais se sont inspirés de la méthode chinoise pour les îles Okinotori-Shima qui se trouvent à l’est des Philippines pour lutter contre l’abrasion marine qui risque de les faire disparaître.
Cela aurait pour conséquence la perte d’une zone économique exclusive équivalente à 300 000 km². Ce qui conduit les Japonais à y déposer périodiquement des gravats pour maintenir cet ensemble insulaire au-dessus du niveau de la mer.

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Les prétentions chinoises et la menace permanente entretenue par la Corée du Nord ont conduit le Japon à sortir de sa posture traditionnellement pacifiste. Bien que le tabou du 1 % consacré au budget de défense n’est pas vraiment été dépassé, il s’agit tout de même du budget de la troisième puissance économique mondiale, ce qui permet au Japon de se doter d’une montée en gamme en matière navale avec à l’horizon 2030 des capacités considérables.

Diapo 71

Un porte-aéronefs a été lancé, pour l’instant deux porte-hélicoptères. Plus d’une vingtaine de sous-marins diesels électriques modernes sont prévus pour 2030, et sont en chantier actuellement, sans compter tout un dispositif de frégates modernes et de destroyers lance-missiles.
Le budget militaire japonais a rattrapé celui de la France, sans le nucléaire. Ce qui est une belle performance en termes de forces conventionnelles.
Si le Japon ne manque pas d’atouts pour développer son appareil de défense, il manque tout de même d’hommes et de femmes pour les servir en raison de son déclin démographique et du vieillissement de sa population.

En conclusion :

La volonté d’expansion chinoise ne fait absolument aucun doute. Et cela se traduit par des prises de gage et par une politique du fait accompli qui devient semble-t-il la norme dans les affaires internationales aujourd’hui.
Il faut rappeler que la Chine est une puissance nucléaire, qu’elle est profondément intégrée dans la mondialisation, mais qu’elle dispose d’un territoire et d’un marché intérieur qui peuvent lui assurer une incontestable résilience. Il faut revenir aux fondamentaux de l’histoire de la Chine communiste pour comprendre que dans tous les cas, et quel que soit l’outil militaire dont la Chine se dote, c’est toujours le parti qui commande aux fusils.

La Chine a mis en place un système de contrôle de sa population sans équivalent dans l’histoire comme dans le monde, ce qui lui permet de s’engager dans des prises de gage en flattant le sentiment nationaliste que les Chinois peuvent exprimer.
Les faiblesses de la Chine sont ailleurs, dans le choc environnemental et démographique que le pays devrait commencer à subir.

Le choc environnemental est connu, il suscite d’ailleurs des mouvements sociaux importants. Cela peut sembler paradoxal de parler d’un choc démographique pour un pays de 1 400 000 000 d’habitants, et pourtant la politique de l’enfant unique mise en place en 1978, remise en cause en 2014 marque le destin de la Chine pour de nombreuses décennies.

On retrouve paradoxalement une situation équivalente pour la démographie avec ce qui peut se produire au Japon. La montée en gamme technologique des forces armées peut être interprétée comme une sorte de palliatif à la baisse du nombre de femmes et d’hommes pour servir les systèmes d’armes, aussi sophistiqués soient-ils.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces deux pays sont les plus avancés en matière de robotique, y compris en matière de robotique militaire. Mais il s’agit là d’un autre sujet sur lequel j’aurais peut-être le plaisir de vous entretenir.

https://www.defnat.com/e-RDN/vue-tribune.php?ctribune=1364

US Navy vs. marine chinoise : le match techno

Quels progrès pour la marine chinoise ?

La modernisation militaire de la Chine : « changement militaire majeur » ?