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UN EJEMPLO DE LOS LIBROS DE TEXTO DEL PRIMER FRANQUISMO

Fue entonces cuando el general Franco, ante un ambiente de « fango, sangre y lágrimas », se hizo intérprete de la indignación nacional y se levantó en África, al frente del ejército. Con este motivo nuestro territorio quedó dividido en dos partes : la denominada Zona Nacional, dirigida por el gran Caudillo, al cual presta apoyo la España tradicional y católica, y la que fue llamada Zona Roja, que no dirigieron los republicanos, sino los marxistas y otras gentes sin ley, sin Dios y sin Patria.

José Udina Cortiles, Enciclopedia Cami. Curso completo de primera enseñanza conforme al orden cíclico. Barcelona 1941.

Commentaire

Ce document est extrait d’un manuel scolaire en usage dans les écoles primaires de l’Espagne franquiste à partir de 1941, soit deux ans après la fin de la guerre civile, pendant la période la plus sombre de la dictature franquiste ( el primer franquismo). Il répond au programme d’enseignement primaire établi en 1938 dans ce qui n’était alors que l’Espagne nationale. Il s’adresse aux élèves du cours supérieur de l’école primaire (ce qui correspondrait dans notre système au cm1/cm2), soit des élèves de 10 ou 11 ans. Cependant, cette distinction est en partie théorique. En effet, beaucoup d’écoles étaient constituées de classes uniques dans les villages et certains élèves restaient scolarisés jusqu’à 14 ans, quand ils n’avaient pas la possibilité de poursuivre des études secondaires. Il correspond à l’intitulé :  » nouvelle affirmation de l’Espagne. Le glorieux soulèvement. La guerre de libération » ( Nueva afirmación de España. El glorioso Alzamiento. La guerra de liberación), soit une étude sommaire de la guerre civile conforme à la vision franquiste de cet événement.

Ce document présente un grand intérêt sur le plan historique et pédagogique. Il permet d’aborder la nature du régime franquiste qui sera ensuite approfondie par la suite à l’aide d’autres documents (iconographiques ou autres). Le texte étant court, il est à la portée des élèves. Il se prête aisément à un questionnement de nature à susciter la participation orale des élèves: nature du document, contexte historique, émetteur, destinataires…

L’analyse peut ensuite être orientée dans deux directions :
L’instrumentalisation de l’histoire à des fins de propagande et d’endoctrinement de la jeunesse, par une analyse du vocabulaire employé pour définir les deux camps ( particulièrement connoté pour le camp républicain, assimilé au communisme et à l’anarchie).

Le culte de la personnalité par la façon de présenter Franco ( el gran Caudillo) et son rôle providentiel de sauveur. La première phrase sous-entend que Franco serait à l’origine du soulèvement de l’armée, alors qu’il n’ a rejoint le complot préparé par d’autres (le général Mola) que tardivement.

Ces deux notions ayant été étudiées dans les cours d’histoire ( les totalitarismes), les élèves font facilement le lien avec la dictature nazie. Il conviendra cependant de souligner que Franco n’est pas nazi et que les différences idéologiques sont grandes entre la vision du monde de Hitler et le national-catholicisme de Franco.

On peut terminer cette étude sur la portée historique de ce document. Quel impact a-t-il eu sur les esprits des enfants d’Espagne? Il est évidemment impossible de répondre à cette question. Mais il peut être utile de souligner qu’il y a une toujours une différence entre le message émis et sa réception par le destinataire. L’école jusque dans les années 50 fut le «parent pauvre» – c’est un euphémisme- de l’Espagne franquiste. Les classes de 50 élèves étaient la norme. Des centaines de milliers d’enfants n’étaient pas scolarisés,faute de moyens, ou ne terminaient pas le cycle élémentaire.(1) Ces quelques éléments relativisent fortement la portée du document.

1: EL FRANQUISMO, LA ESCUELA Y EL MAESTRO (1936-1975)
RAMON NAVARRO SALADRINAS
Universidad de Barcelona