BRICS, CIVETS, BENIVM : des regroupements pertinents ?
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BRICS, CIVETS, BENIVM : des regroupements pertinents ?

Marc Lohez
dimanche 10 mars 2013

Laurence Daziano, maître de conférence à Sciences-Po Paris a récemment identifié un groupe de pays latino-américains, africains et asiatiques dont le dynamisme leur permettrait de prendre le relais des grandes économies émergentes que sont les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Elle insiste sur le poids démographique et bientôt économique de ces BENIVM (Bangladesh, Ethiopie, Nigéria, Indonésie, Vietnam et Mexique). La publication de son texte dans la Tribune a fait l’objet de nombreuses réactions et débats sur la liste h-français (Mickael Bertrand, Vincent Capdepuy, Franck Gombaud,Yves Montenay , Pierre Jégo, Amandine Touitou) montrant la varitété et questionnant la pertinence de ce type de regroupement.

Les regroupement de pays émergents : un concept issu des milieux financiers

Nombre de colistiers ont rappelé que les acronymes rassemblant des pays émergents sont issus d’institutions financières qui signalent avant tout aux investisseurs une cible intéressante pour leur capitaux, à la fois en tant que pays atelier et que marché intérieur en expansion rapide ; ainsi Jim O’Neill de la banque New Yorkaise Goldman & Sach’s a-t-il créé l’acronyme BRIC en 2001, avant d’identifier quelques années plus tard le groupe des Next 11 [3] ; à l’intérieur de ce groupe un quarteron de classe supérieure était distingué (MIKT [4]) . En 2009, c’est au tour des CIVETS d’être créés par R. Ward, membre d’une unité d’analyse appartenant au groupe The Economist. Les CIVETS seront ensuite popularisés par la banque HSBC. Quant au grand cabinet d’audit Londonien PricewaterhouseCoopers, il est responsable du regroupement des E7 (les quatre BRIC, le Mexique, l’Indonésie et la Turquie ) dont le PIB cumulé devrait égaler celui G7 en 2020. Des fonds d’investissements basés sur ces groupes d’économies émergentes sont parfois proposés.


View Pays émergents in a larger map

Cette démarche ne fait toutefois pas l’unanimité dans les milieux financiers où certains soulignent qu’à la recherche frénétique d’acronymes accrocheurs (et de groupes restreints plus pratiques à saisir), le suivi global des économies émergentes semble préférable : ainsi, un grand cabinet d’expertise comptable, concurrent de PricewaterhouseCoopers, Ernst and Young publie un site de suivi des économies émergentes. Ce site propose une carte interactive : le survol des pays concernés donne leur taux de croissance, un clic ouvre sur l’actualité du pays concerné. Cette carte est plus large que celle de la plupart des groupes mentionnés plus haut : on y trouve également quelques pays pétroliers du Golfe, le Chili et l’Argentine. Inversement, pas de Bangladesh, ni d’Ethiopie : Ernst & Young semble avoir privilégié des émergents déjà bien assis.

Un regard sur le dynamisme économique qui ne mesure pas le développement

Cette définition de groupe de pays oscille on le voit entre la recherche de pays qui relaieront la croissance rapide des BRIC quand ceux-ci atterriront et la quête d’ensemble(s) de puissances majeures de demain. Mais s’il s’agit d’observer le développement, on risque de prendre des « vessies pour les lanternes ». Plusieurs colistiers font remarquer le joli mariage de carpe(s) et de lapin(s) que constitue le fait de placer dans le même groupe un pays comme le Mexique (IDH 0,77), l’Ethiopie (0,363) et le Bangladesh (0,5) .La palme du grand écart revient aux « Next 11 » qui comprennent un pays développé, la Corée du Sud ; pour en rester aux BENIVM, les écarts d’espérance de vie sont de plus de vingt ans entre le Nigéria et le Mexique. Bref, les progrès de bien-être de la population ne sont pas au cœur de ces logiques de regroupement. Une même critique est formulée sur la définition de la « stabilité politique » retenue par Laurence Daziano pour sélectionner ses Benivm qui met de coté la nature politique du régime en question. De même, l’urbanisation galopante est prise comme un critère de choix sans tenir compte des déséquilibres qu’elle peut provoquer.

Un support d’analyse critique sur la question de l’émergence ?

Mais si ces regroupements devaient, comme ce fut le cas pour les BRIC(s), investir les manuels scolaires, le rôle de l’enseignant n’est-il pas, d’inviter les élèves à les faire passer par la grille de l’analyse critique. On pourra utiliser entre autre letableau disponible sous google docs qui permet d’interroger certaines des performances des « médaillés » et donc montrer le caractère peu valide de tels rassemblements. Il est aisément modifiable pour toute une série d’usages plus larges.

La question de l’émergence se doit en effet d’être discutée sérieusement : si les regroupements ci-dessus sont peu pertinents en tant que tels pour la géographie du développement, certains choix de pays soulignent un certains nombre de basculements qui relèvent davantage de la géopolitique :
- ceux dont l’émergence est la plus embryonnaire, sont des pays qui ont été longtemps décrits comme étant en marge de la mondialisation : c’est le cas de l’Ethiopie et du Bangladesh, dans les profondeurs du classement de l’IDH ; on peut s’interroger sur les modalités avec laquelle la mondialisation investit ces pays, où elle s’accompagne de graves déséquilibres quand il ne s’agit pas d’une aggravation des conditions de vie des populations.

- De même, l’impressionnante collection de médailles que reçoit la Turquie, présente dans tous les regroupements, sauf celui de L. Daziano, rappelle les aspects géopolitiques de l’émergence, qui permet à certains pays de développer un rôle de puissance régionale et de peser – associés à d’autres émergents- dans les relations internationales.

Il conviendra donc pour traiter ces questions de porter un regard attentif au lancement du prochain rapport annuel du PNUE, « l’essor du sud » qui devrait aborder dans sa diversité la question de l’émergence .


Pour aller plus loin :

- La publication par la Tribune du texte de Laurence Daziano

- les différents cercles de pays émergents : Ces pays émergents qui font changer le Monde (Axelle Degans, Sciences Humaines)

- Civets Brics and the Next 11, Elaine Moore, Financial Times 8 juin 2011 (artcile accessible uniquement par requête google.

Charles Krakoff (dirigeant d’un cabinet de conseils en investissement) : la critique des acronymes (lire notamment l’avant dernier paragraphe) : blog emerging markets

Dans la Cliothèque :

- La mondialisation, émergences et fragmentations Pierre-Noël Giraud

- Géopolitique des pays émergents : ils changent le monde, Sylvia Delannoy

- Le G20, laboratoire d’un monde émergent, Postel-Vinay Karoline

Le fil de la discussion sur la liste H-Français du 11 au 13 février 2013

- Franck Gombaud , Pierre Jego, Mickael Bertrand, Vincent Capdepuy, Amandine Touitou ,Yves Montenay, Pierre Jego, Franck Gombaud


sites des groupes (forums) de pays du suds et de pays émergents :

- Les BRICS, site de la réunion à Durban en mars 2013

- Les G77

- Les G24


outils de comparaison

carte interactive de l’IDH et des indices composites du PNUD

Par Marc Lohez

[1(2005 : Bangladesh, Égypte, Indonésie, Iran, Mexique, Nigeria, Pakistan, Philippines, Turquie, Corée du Sud, Vietnam)

[2Mexique, Indonésie, Corée du Sud, Turquie

[3(2005 : Bangladesh, Égypte, Indonésie, Iran, Mexique, Nigeria, Pakistan, Philippines, Turquie, Corée du Sud, Vietnam)

[4Mexique, Indonésie, Corée du Sud, Turquie

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