Victor Hugues abolit l'esclavage en Guadeloupe sous la Convention et le rétablit en Guyane sous le Consulat
Victor Hugues abolit l'esclavage en Guadeloupe sous la Convention et le rétablit en Guyane sous le Consulat

Dans le contexte de la lutte contre l’Anglais, Victor Hugues doit résoudre le problème des
subsistances dans une économie insulaire coloniale et peu monétarisée dont le mode de production vient d’être remis en cause par le décret du 16 pluviôse an II.


Proclamation du 30 prairial, an II

La convention nationale, par son décret du 4 février dernier, vous a accordé le plus grand des biens : la liberté. Elle nous a confié l’exécution de cette loi. Son intention, en brisant vos fers, a été de vous procurer une plus grande somme de bonheur, en vous faisant jouir de vos droits. Nous serions responsables envers la nation et l’humanité, si nous ne prévenions pas les désordres dont la malveillance des ennemis de la chose publique veut nous rendre victimes.

Nous avons appris avec douleur qu’il s’était commis quelques déprédations dans les campagnes ; qu’on y avait coupé des maniocs, enlevé des bananes, sans nécessité, dans la vue seulement de faire du mal et de nuire aux propriétaires. Nous avons peine à croire à ces dénonciations ; mais comme, dans les circonstances où se trouve la colonie, il est nécessaire de pourvoir à la conservation des vivres de toutes espèce, faisons expressément défense à tout citoyen quelconque, et de quelque couleur qu’il soit, de toucher aux vivres des habitations, tels que manioc, bananes, maïs, etc., à peine par les contrevenants d’être livrés à toute la rigueur des lois ; et dans le cas où ils arracheraient lesdits vivres par malveillance, ils seront mis hors de la loi et punis de mort, comme d’intelligence avec les ennemis de la République.

Victor Hugues, commissaire de la République

Ordre du travail, Victor Hugues, 1794

Après la proclamation en Guadeloupe du décret du 16 pluviôse an II, les 683 habitations (dont 288 sucreries) des planteurs guillotinés ou en fuite sont administrées par un séquestre pour le compte…de Victor Hugues lui même. En dépit des promesses effectuées, le passage au salariat se fait attendre pour diverses raisons : la monétarisation est insuffisante et Hugues profite de ce système sans pour autant trouver les avances nécessaires pour payer les salaires des 683 habitations. Alors que les cultivateurs doivent se contenter d’une part de récolte, leurs chefs d’ateliers reçoivent un ordre de travail et de nouvelles paroles pour une Marseillaise qu’on adapte à la cause de la production.


Ordre du travail

Cinq heures et demie du matin – la cloche avertira les citoyens et citoyennes de se réunir dans un lieu quelconque indiqué par le principal chef de l’habitation Cinq heures trois quarts – le chef entonnera un des couplets de l’hymne républicain, terminé par le cri de : Vive la République ! Il sera strict à l’heure et prendra l’habitude de n’attendre personne. Ensuite il fera l’appel nominal et pointera les absents. Ces mesures remplies, les citoyens se rendront de suite à l’ouvrage avec leur conducteur, toujours en chantant, et avec cette gaîté simple et vive qui doit animer le bon enfant de la patrie. Le principal chef se transportera de son côté dans toutes les cases des citoyens ; il interrogera ceux qui s’y trouveront, et leur demandera pourquoi ils ne sont pas avec les autres au travail ; il écoutera leurs excuses, examinera si elles sont légitimes ou non, et prendra des notes. Tous les chefs communiqueront au moins une fois par décade avec le commissaire délégué, ou avec la municipalité, ou avec ceux préposés pour recevoir le détail des travaux et de la conduite des citoyens pendant la décade. A huit heures, le déjeûner, pris sur le terrain, à l’exemple des sans-culottes cultivateurs en France.
A huit heures et demie, on reprend le travail qui cessera à onze heures et demie. A deux heures après dîner, la cloche annonce partout la fin du repos. Les citoyens et citoyennes se rendront alors comme le matin au lieu indiqué. Le chef fera l’appel nominal, et répétera généralement le soir les mesures prises le matin. Le travail cessera à la nuit Malgré cet ordre, lorsque le bien de l’habitation demandera, dans certains temps, que les citoyens et citoyennes donnent quelques heures de plus au travail, qu’ils fassent le quart lorsque le moulin marchera, nous sommes persuadés que tous s’y prêteront en vrai républicains. Les chefs auront soin de remarquer fidèlement ceux-là qui montrent partout la meilleure volonté.


Pour une exploitation en classe, préciser aux élèves que la nuit tropicale tombe entre 18 h et 19 h.


(sur l’air de la Marseillaise de Rouget de Lisle)

I

Être infini que l’homme adore,
Sous des noms, des cultes divers,
Entends d’un peuple qui t’implore,
Les vœux et les pieux concerts (bis)
Que toute la terre fléchisse,
Devant ta sainte volonté,
Nous espérons en ta bonté,
Même en redoutant ta justice,
Brise partout les fers de la captivité,
Dieu bon, Dieu bon,
Donne aux mortels la paix, la liberté,|

II

En faisant l’homme à ton image tu le fis libre comme toi,
Vouloir le mettre en esclavage,
C’est donc attenter à ta loi,
Dieu vengeur, défends ton ouvrage,
Des entreprises des tyrans,
Tous les hommes sont tes enfants,
Toi seul mérites leur hommage,
Brise partout les fers de la captivité, etc.

III

Approchez enfants de tout âge,
Jeune filles, venez aussi,
Venez présenter votre hommage,
Au Dieu qui vous rassemble ici (bis)
D’une bouche innocente et pure,
Demandez-lui que ses bienfaits,
S’étendent sur tous les Français,
Comme sur toute la nature,
Brise partout les fers de captivité, etc.

IV

Dieu créateur, suprême essence,
Le ciel plein de ta majesté,
Le ciel atteste ta puissance,
La terre atteste ta bonté (bis)
Des astres les disques sublimes,
Roulent sous tes pieds glorieux,
Et les éclairs de tes cent yeux,
Percent les plus profonds abîmes,
Brise partout les fers de la captivité, etc.


Auguste Lacour, Histoire de la Guadeloupe, t. II : 1789-1798, Basse-Terre, 1857, rééd. EDCA, 1976, p. 379-386.


  1. Pourquoi Victor Hugues rencontre-t-il des difficultés pour passer de l’esclavage au salariat ?
  2. Qu’est-ce qu’un vrai républicain selon Victor Hugues ? En quoi l’idéal républicain est-il instrumentalisé ?
  3. Quelles peuvent être les attitudes des anciens esclaves devant le travail de la canne ? Que peuvent-ils faire pour subsister ?
  4. Quelles peuvent être les réactions des anciens esclaves devant cette Marseillaise adaptée ?