La mise en place d’une progression dans le programme d’histoire de classe de première des lycées me conduit, au moment où cette annonce est largement reprise, et bien entendu commentée, surtout par ceux qui sont éloignés du terrain que représente l’enseignement du second degré, à traiter de la question : « les combats de la résistance et la Refondation républicaine ». Dans cette partie du programme les instructions précisent qu’il convient d’évoquer « Les combats de la Résistance (contre l’occupant nazi et le régime de Vichy) et la refondation républicaine. (Bulletin officiel spécial n°9 du 30 septembre 2010) les aménagements intervenus en 2012 ne traitent pas de cette question. Aménagements apportés au programme d’enseignement commun d’histoire-géographie NOR : MENE1238598A arrêté du 5-11-2012 – J.O. du 15-11-2012 MEN – DGESCO A3-1

Dans cette première partie de la question, on insiste évidemment sur la remise en cause par le gouvernement de Vichy des principes de la république. On fait référence au statut des juifs d’octobre 1940. Ce statut des juifs qui a été mis en place sans que l’on ait jamais pu identifier ni prouver la moindre pression allemande en sa faveur, a également permis le fichage, en partie sur la base de déclarations volontaires, mais aussi à la faveur d’arrestations des juifs, par la police française et les troupes d’occupation.

Robert Ménard révèle l’existence d’un fichier des écoliers de Béziers classés par religion selon leurs noms (MAJ)

Le fichage sur les critères d’appartenance religieuse est illégal en France.

Afin de mieux comprendre : une brève chronologie par Sonia Combe

  • Octobre 1940 – Recensement des Juifs de la Région parisienne et établissement du fichier dit « fichier Tulard », du nom d’André Tulard, directeur de la Préfecture de police. Ce fichier est l’instrument de la police pour rafler les Juifs.
  • 6 décembre 1946 – Première circulaire du ministre de l’intérieur, Edouard Depreux ordonnant la destruction de « tous les documents fondés sur des distinctions d’ordre racial entre Français ».
  • 31 janvier 1947 – Seconde circulaire d’Edouard Depreux ordonnant la conservation des documents pouvant permettre de procéder ultérieurement à des indemnisations.
  • 1978 – Lois sur la transparence, la Commission d’Accès aux Documents Administratifs (CADA) et la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL).
  • 1980 – Enquête de la CNIL pour retrouver les fichiers. Les archives des Anciens Combattants, de même que les Archives nationales, institution de tutelle, déclarent ne pas être en possession du fichier.
  • Novembre 1991 – Découverte du fichier juif aux archives des Anciens Combattants par Serge Klarsfeld.
  • Avril 1992 – Nomination de la Commission Rémond pour statuer sur le sort du fichier retrouvé.
  • 11 et 12 juillet 1992 – Émission de Sonia Combe sur France-Culture « Le fichier juif : histoire d’une disparition ». Interviews de Louis Mexandeau, ministre des Anciens Combattants, de l’inspecteur Gal et de Madame Diatta, alors responsable du service des archives des Anciens Combattants. La dissimulation du fichier qui n’était inscrit dans aucun inventaire destiné au public est attestée.
  • 28 décembre 1992 – Déclaration du Professeur René Rémond selon laquelle ce n’est pas le fichier des juifs d’octobre 1940 qui a été découvert. Il annonce que les preuves seront bientôt rendues publiques.
  • La presse reprend l’information. Le 31 décembre 1992 L’Express titre : « Le fichier juif : l’erreur inavouée ».
  • 8 janvier 1993 – Article de Sonia Combe dans Libération « Le fichier est bien celui de 1940 ».
  • Janvier 1993 – La revue L’Histoire publie une interview de Jean-Pierre Azéma, membre de la Commission Rémond qui reprend les propos de René Rémond, intitulée « La vérité sur le fichier juif ».
  • Novembre 1994 – Publication du livre de Sonia Combe Archives interdites qui comprend un chapitre sur la question du fichier juif.
  • Juin 1996 – Publication du Rapport de la Commission Rémond, Le fichier Juif. Rapport de la Commission présidée par René Rémond au premier ministre, Plon, 1992.
  • 1996 – Dépôt du « fichier juif » au Centre de documentation juive contemporaine – Mémorial de la Shoah.
  • Novembre 1999 – Article de Philippe Grand, conservateur d’archives, dans la Revue de la Shoah, intitulé : « Le fichier juif : un malaise. Réponse au rapport Rémond.
  • Mai 2011 – Publication du livre L’antisémitisme de bureau. Enquête au cœur de la préfecture de police de Paris et du commissariat général aux Questions juives (1940-1944) (Grasset) de Laurent Joly qui invalide à son tour les conclusions du rapport Rémond.
  • L’Express: Fichier des juifs: l’erreur inavouée

L’Express: Fichier des juifs: l’erreur inavouée

Les archives françaises

Le fichier juif