Utiliser le livre de C Guilluy "Fractures françaises" et le documentaire "La France en face"
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Utiliser le livre de C Guilluy "Fractures françaises" et le documentaire "La France en face"

Jean-Pierre Costille
vendredi 3 janvier 2014

Une proposition de travail qui donne un découpage du documentaire "La France en face", une proposition de travail autour de la gentrification et une sélection de passages du livre de Christophe Guilluy dont la critique est par ailleurs disponible sur la Cliothèque.

Extraits du documentaire "La France en face" de Jean-Robert Viallet et Hugues Nancy utilisables en classe de 1ère générale

Lien internet http://youtu.be/rMj_r_rQ75Q

Quels extraits peut-on utiliser ?

0 à 2.30 introduction avec images du film

De 2.30 à 7.30 l’impact des métropoles et leur poids à travers les cartes de datar2040. A retrouver ici

http://territoires2040.datar.gouv.fr/spip.php?article230

17.30 à 24.00 : la gentrification en se concentrant sur l’exemple parisien et en historicisant le processus. Evocation des Halles.

26.00 à 32.00 : la transformation de la Seine Saint-Denis : un historique. Les ZUS.

45.00 à 54.00 : la Mayenne un territoire enclavé. Un cas avec des témoignages.

1.07.00 à 1.12.30 : d’autres agricultures sont possibles (amap).

1.13.00 à 1.25.00 : un exemple de métropole dynamique : le cas de Montpellier avec une approche nationale sur les migrations de population entre régions. Région congestionnée.

Une proposition autour du thème de la gentrification

Référence au programme
Thème 2 : aménager et développer le territoire français. La France en villes
Aménager les villes : réduire les fractures sociales et spatiales : concentration du tertiaire supérieur et gentrification au centre.

1- Projection d’un tag photographié il y a deux ans par un élève à l’issue du cours

Le but est de montrer que le tag est généralement un signe de protestation, et en l’occurrence contre la gentrification, terme peu connu des élèves. A partir de là, on en arrive à se demander contre quoi celui qui a tagué proteste ?

2- Projection d’un extrait de " La France en face". Repères chronologiques : 17.30 à 24.00 : la gentrification en se concentrant sur l’exemple parisien et en historicisant le processus. Evocation des Halles. L’extrait se termine en disant que ça concerne toutes les grandes villes.

3- Continuer (si possible) par une déclinaison locale à faire énoncer par les élèves.

4- Comment ce phénomène est-il analysé ?

document 2 : extrait de Fractures françaises de C Guilluy

"L’analyse fine des quartiers mixtes des grandes villes montre ainsi une très grande segmentation du parc de logements. Dans ces quartiers en voie de gentrification, des copropriétés privées peuvent côtoyer, sur le même îlot, des groupes de logements sociaux ou d’immeubles privés précarisés. Cette fracture spatiale et sociale en forme de tache de léopard est aussi une fracture ethno-culturelle. Dans les quartiers du Nord et de l’Est parisien, ceux qui s’embourgeoisent le plus rapidement depuis les années 1990, il n’est pas rare de trouver des copropriétés privées occupées exclusivement par des bobos, « blancs », jouxtant des immeubles où demeure une majorité de ménages précarisés d’origine maghrébine et africaine. Ces copropriétés privées, immeubles anciens, espaces industriels ou artisanaux réhabilités ou constructions nouvelles, se multiplient dans l’ensemble des anciens quartiers populaires. Ces espaces, souvent sécurisés, sont autant d’enclaves sociales. Ces espaces homogènes socialement et culturellement illustrent les limites de la « ville mixte ». Vus d’avion, ces quartiers illustrent apparemment l’idéal de la ville mixte, leur diversité sociale et culturelle étant une réalité perceptible dans l’espace public. En plan rapproché, la ville « arc-en-ciel » laisse la place à un découpage du parc de logements qui nous ramène plus à l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid. Une situation qui risque de perdurer du fait du renchérissement du foncier. En effet, les nouvelles populations immigrées ont toujours plus de difficulté à accéder à un parc de logements privés de plus en plus valorisé et qui attire des catégories sans cesse plus aisées. Dans le même temps, le parc social tend à se spécialiser davantage dans l’accueil de populations précarisées et immigrées. On a coutume d’opposer l’ouverture de la ville mixte à l’entre-soi xénophobe de la France pavillonnaire. L’analyse des stratégies résidentielles dans les quartiers hétérogènes et « boboïsés » montre que l’entre-soi des couches supérieures ne se porte pas mal clans les quartiers multiculturels. Le grégarisme résidentiel des bobos, avec digicode et interphone, n’a en réalité pas grand-chose à envier en matière de délimitation d’une sphère privée au petit lotissement. "

document 3 : comment le bobo est devenu le coupable idéal ?

"Des hypocrites, ces bobos qui prônent le mélange en ville ? C’est le principal reproche qui leur est adressé…Dans Fractures françaises, Christophe Guilluy …assimile carrément les bobos aux Blancs sud-africains sous le régime d’apartheid " ….Le journaliste politique Thomas Legrand, auteur d’un livre à paraître sur La République bobo, se montre plus prudent. Il distingue deux catégories : les « bobos gentrifieurs » et les « bobos mixeurs », dont il loue les vertus, jurant que ces derniers s’installent dans des quartiers suffisamment équipés en logements sociaux pour ne pas risquer l’embourgeoisement Non, les principes d’ouverture affichés par cette nouvelle bourgeoisie ne sont pas des vains mots. « Ce n’est pas un scoop, la proximité spatiale n’annule pas les inégalités sociales, avance Sylvie Tissot, professeur de science politique, spécialiste de la gentrification. Mais la revendication de mixité sociale par les bobos a des traductions concrètes dans leur manière de vivre avec les autres. » S’engager dans des collectifs du type RESF (Réseau éducation sans frontières), militer dans des associations de parents d’élèves comme la FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves), participer à la vie festive et culturelle locale sont de vraies formes d’échange — même si de telles pratiques permettent aussi de rester aux commandes de l’école et autres lieux clés du quartier. "
in Télérama n° 3332

5- Production d’un texte de synthèse par les élèves

On peut fournir un certain nombre de repères pour la rédaction de ce texte : définir le phénomène de gentrification, le situer historiquement, donner deux exemples et terminer en montrant le débat qu’il suscite.

A signaler :
On peut prolonger avec des extraits d’interviews de Christophe Guilluy disponibles sur youtube en saisissant Christophe Guilluy.

On pourrait aussi utiliser le livre de Jacques Lévy "Réinventer la France".

Quelques phrases ou passages collectés dans le livre pouvant servir dans les cours

Ces phrases sont données telles quelles avec uniquement le repère de chapitre. Les pages indiquées correspondent à l’édition de poche.

Introduction
"En 2010, les fins de mois de 15 millions de personnes se jouent à 50 ou 150 euros près et 8 millions de Français sont considérés comme pauvres.
Une France métropolitaine qui concentre 40 % de la population et une périphérique avec 60 % mais qui recouvre des territoires urbains, notamment des petites villes et villes moyennes, périurbanisation et ruraux.

Chapitre 1
Depuis 1990 la banlieue, les minorités et la classe moyenne occupent l’essentiel du discours des prescripteurs d’opinions.
Les représentations des territoires sont pour partie héritées de deux périodes : celle de la révolution industrielle et celle des Trente Glorieuses. Cette géographie de la moyennisation est celle de la France pavillonnaire.
Réduction de la population des quartiers sensibles aux seuls jeunes alors que la majorité de la population est composée d’adultes et de personnes âgées. Les banlieues vieillissent aussi. Ces territoires bénéficient de plus souvent d’une densité d’équipements publics supérieure à celle des territoires périurbains et ruraux.

Chapitre 2
85 % des ménages pauvres ne vivent pas dans les quartiers sensibles. Les quartiers sensibles ne représentent que 7 % de la population mais influence médiatique.

Chapitre 3
Ces territoires sont les plus mobiles de France. Selon la date d’observation ce ne sont pas les mêmes habitants qui résident en ZUS.
Déconnexion au marché de l’emploi métropolitain des catégories populaires.

Chapitre 5
En 1968 5 % seulement de la jeunesse blésoise était d’origine étrangère, trente sept ans plus tard c’est le cas d’un tiers d’entre elle.
Quartiers sensibles où ne vivent que 20 % des immigrés.

Chapitre 6
La survivance du mythe d’une classe moyenne. La classe moyenne apparaît comme une classe refuge, un palier protecteur face à la société multiculturelle. La classe moyenne notamment celle de la France pavillonnaire apparaît comme la face positive d’une pièce où la banlieue et les minorités symboliseraient la face noire.
Le poids des dépenses de logement est d’autant plus élevé que la classe moyenne inférieure, celle qui n’a plus les moyens d’accéder à la propriété, évite le parc social auquel elle a pourtant droit.
Si la maison individuelle est comme une protection face à l’insécurité sociale elle apparaît aussi comme la garantie symbolique de continuer à faire partie d’une classe moyenne mythique qui se construisit en opposition aux banlieues.
Ethnicisation du concept de classe moyenne empêche de distinguer l’émergence d’une classe moyenne issue des minorités.

Chapitre 7
Pour la première fois dans l’histoire les classes populaires ne sont plus au cœur de la production des richesses.
Ouvriers employés petits paysans petits indépendants retraités et jeunes de ces catégories vivent désormais à l’écart des territoires qui comptent : c’est une première hier les ouvriers vivaient sur les lieux de production de la richesse ; cette intégration économique favorisait l’intégration sociale et culturelle de ces catégories. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où ces catégories se répartissent dans une France des fragilités sociales. A la périphérie des territoires les plus dynamiques ceux des métropoles.
P 93 94 le processus de métropolisation
"Vitrines de la mondialisation heureuse, les métropoles, elles, bénéficient d’un accroissement de leur PIB et d’une augmentation du niveau de vie de ses habitants. Par leur poids économique et foncier, ces « territoires de la mondialisation » influencent et organisent la recomposition sociale de l’ensemble du pays. Ce développement métropolitain, qui repose sur une intégration à l’économie-monde, participe aussi à l’émergence d’une nouvelle sociologie urbaine et mondialisées Les métropoles proposent leurs « modèles économiques » mais aussi leurs « modèles sociologiques », voués à remplacer la « vieille économie » et des rapports de classes considérés comme obsolètes. Longtemps ignorée, la gentrification, c’est-à-dire l’embourgeoisement des anciens quartiers populaires, touche aujourd’hui l’ensemble des grandes villes. Ce processus est la conséquence de la recomposition économique des villes entamée dans les années 1970. L’étalement urbain s’est ainsi accompagné d’une tertiairisation des emplois et d’une désindustrialisation. À ce titre, et si on évoque beaucoup la délocalisation des industries à l’étranger, il faut rappeler que le mouvement s’est longtemps résumé à un déplacement de la ville vers les espaces périurbains et ruraux. À partir des années 1970, les industries se sont installées sur les territoires où le foncier était attractif et accessible. C’est à cette époque que le réseau routier s’est densifié et que la route est devenue le principal mode de transport. Ce déplacement industriel s’est accompagné d’une substitution des grandes unités de production par des sites plus petits. Dans les villes, l’emploi industriel s’est peu à peu réduit aux emplois de cadres et de professions intermédiaires travaillant dans les sièges sociaux des entreprises. La désindustrialisation et la tertiarisation des emplois des grandes villes engendrent alors le processus de « métropolisation ». Cette mutation économique se caractérise par une spécialisation du marché de l’emploi vers les activités les plus qualifiées des secteurs publics (administration, santé, formation, culture) et privés (recherche, information, télécommunications et informatique). Pour l’essentiel, les entreprises et secteurs concernés ont des activités internationalisées. L’intégration économique et culturelle des grandes villes au processus de la mondialisation est un aspect essentiel de la métropolisation. En attirant un nombre croissant de catégories supérieures et intellectuelles, les métropoles se gentrifient rapidement. Cet embourgeoisement touche l’ensemble des quartiers, y compris les quartiers populaires, et gagne désormais les proches banlieues qui, du fait de la raréfaction de l’offre de logements abordables, deviennent attractives. Par cercles concentriques, la métropolisation provoque une recomposition sociale des territoires allant de la ville-centre aux espaces périurbains et ruraux."

Chapitre 8
C’est 60 % de la population qui vit à l’écart des métropoles mondialisées. Près de 78 % des Français vivent dans un espace à dominante urbaine mais des réalités très contrastées.
Pages 109, 110 et 111

Depuis 1990, les espaces périurbains ont enregistré un taux de croissance en moyenne trois fois plus élevé que celui des centres urbains.
Contrairement à la situation qui a prévalu jusqu’en 1960 ce n’est pas la faiblesse du niveau de vie des agriculteurs qui explique la pauvreté dans les espaces ruraux puisque la majorité des habitants y sont ouvriers et employés. Près de 20 % de la population française y vit.
Dans toutes les régions pauvres ou riches les taux de pauvreté les plus élevés sont ceux des zones rurales.
Les pauvres ruraux hésitent à demander des aides qui les assimilent à des publics pauvres.
Depuis la fin des années 90 plus de 80 % des ménages arrivant dans les campagnes ont des revenus modestes cad sont éligibles au parc social.
Image d’Epinal de la maison individuelle : à l’époque l’achat de la maison individuelle venait concrétiser cette promotion. Façonnée pendant les 30 glorieuses l’association entre maison individuelle et classes moyennes semble perdurer alors qu’aujourd’hui la précarité et parfois la pauvreté touchent fréquemment des ménages propriétaires de leur maison.
Les interventions publiques territorialisées concernent prioritairement les situations de concentration donc incrustation de la précarité dans les espaces périurbains et ruraux montre que le traitement de la question sociale est rendu plus difficile par sa dispersion sur des territoires où le maillage social et associatif est plus faible. Le profond mépris des élites pour le "pavillonnaire" masque difficilement leur rejet de ce qu’est devenu le peuple.
La mobilité contrainte est une caractéristique de ces territoires.

Chapitre 10
Le séparatisme des couches supérieures n’est pas un phénomène nouveau. Avec l’étalement urbain et la gentrification des métropoles, de nouvelles enclaves bourgeoises sont apparues à l’extérieur de la ville dense.
Petits villages chics : pas de loi SRU
Le grégarisme résidentiel des bobos avec digicode et interphone n’a en réalité pas grand chose à envier en matière de délimitation d’une sphère privée au petit lotissement.
Le sentiment de "celui qui arrive "est toujours mis en avant, rarement celui du natif. L’autochtone était une figure référente à laquelle l’immigré pouvait s’identifier et ce statut référent permettait à l’autochtone d’accepter l’immigration comme un processus naturel et sans danger pour la culture dominante. Cette dynamique favorisait l’assimilation mais contribuait aussi valoriser l’autochtone. C’est ce statut de référent culturel qui a volé en éclats avec la fin de l’immigration de travail et le développement de la familiale. Départ des populations d’origine française.
L’installation dans des espaces périurbains et ruraux ne répond à aucune rationalité économique.
L’étalement urbain et l’accession à la maison individuelle symbolisaient hier l’accession de la classe moyenne et illustraient une moyennisation de la société française sur laquelle reposait la cohésion nationale.

Chapitre 11
Le vote des agglomérations tend à se désolidariser de celui de la France périphérique. Aujourd’hui la gauche est forte là où le peuple est faible donc elle l’emporte dans élections avec taux d’abstention des catégories populaires est le plus fort donc régionales et européennes.
Ça existe dans tous les pays européens.
Origine des électeurs influencent le résultat électoral : c’est une première cf 2007.

Par Jean-Pierre Costille

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