Un négrier : Robert Surcouf (1773-1827)
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Un négrier : Robert Surcouf (1773-1827)

Dominique Chathuant
dimanche 1er février 1998

Lors de sa publication en 1998, ce petit texte suscita des bordées d’insultes adressées par des thuriféraires de Surcouf de Saint-Malo. La mémoire de l’esclavage est conflictuelle. Héros d’une certaine anglophobie des marins français et de l’ère napoléonienne, Surcouf fut à la fois le vaillant corsaire dont l’épopée fut portée au cinéma et un négrier. L’un est inséparable de l’autre dans l’histoire du personnage.

Robert Surcouf (1773-1827)

Corsaire malouin, Robert Surcouf fut davantage connu de l’imagerie populaire française pour ses hauts faits d’armes contre des vaisseaux anglais que pour sa large participation à la traite négrière.

De 1795 à 1800, il pratiqua la traite en dépit de l’abolition de l’esclavage par le décret du 16 pluviöse an II (4 février 1794) . Les bénéfices obtenus doivent également être ajoutés à ceux de la course, dont il est connu qu’ils furent ensuite investis dans d’autres opérations qui permirent à Surcouf de devenir un riche armateur.

Le régime de la Restauration, mis en place en 1815 après la défaite napoléonienne de Waterloo, était d’autant plus favorable à l’abolition de la traite qu’il voulait plaire aux Anglais. Cela n’empêcha pas Surcouf d’envoyer le 15 août 1815 l’Affriquain, vaisseau de 212 tonneaux, vers l’Angola. Surcouf était également colonel de la Garde Nationale de Saint-Malo et on imagine mal la dénonciation d’un héros aussi illustre au nom d’une loi inspirée par la Perfide Albion, objet phobogène traditionnel des marins français.

La marine britannique saisit alors trois vaisseaux français de Nantes et du Havre. Au ministère de la marine, une certaine indécision laissa croire que la traite pouvait continuer. Curieusement, le ministre français de la marine, fut, pendant quelques temps le marquis de Jaucourt, neveu de celui qui avait autrefois rédigé l’article consacré à la traite dans l’Encyclopédie.

Au total, Surcouf arma au moins trois expéditions de traite clandestine commandées par le capitaine Pottier, à bord du vaisseau Adolphe, dont on ne sait s’il était appelé ainsi pour railler Benjamin Constant, abolitionniste et auteur d’un roman dont Adolphe était le titre. A vrai dire, d’après un descendant de Surcouf, il s’agit plutôt et plus simplement du prénom du fils du célèbre corsaire-négrier.

En 1816, 36 vaisseaux de traite appareillèrent de France pour les côtes d’Afrique, du Cap Vert à l’Angola et de Madagascar à Zanzibar. La saisie, en 1817, du Louis de Nantes qui cinglait vers la Martinique entraina la condamnation de son capitaine par un tribunal de Sierra Léone. Bien avisé, celui-ci en appela à la cour de l’amirauté britannique qui lui donna gain de cause. La marine britannique reçut l’ordre de ne plus saisir les vaisseaux français. Les officiers de sa majesté obéirent à contre-coeur. C’était un plaisir bien compréhensible pour eux que de continuer d’entreprendre des actions contre les Français, bien que les Bourbons fussent de retour à Paris...

Par Dominique Chathuant

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