Un géant de l’agro-alimentaire dans le Mato-Grosso
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Un géant de l’agro-alimentaire dans le Mato-Grosso

Bruno Modica
mercredi 26 février 2014

http://braises.hypotheses.org/359

À partir de ce travail, une étude de cas sur les perspectives de développement du Brésil

Question 1 :

  • Quelle est l’image que ce groupe cherche à donner de lui-même en direction de l’extérieur ?

Une vidéo institutionnelle sur le site du groupe

http://www.bomfuturo.com.br/

L’entreprise

Le groupe appartient à la famille Maggi-Scheffer, ses propriétaires sont trois frères et un beau-frère, qui ont commencé leurs activités agricoles en 1964 à São Miguel do Iguaçu, dans le Paraná. En 1982 ils se sont installés dans le Mato Grosso, alors au début de son boom agricole. En 1988 ils cultivaient 3 000 ha en partenariat avec d’autres membres de la famille Maggi, dont l’un des membres, a été un temps le plus grand producteur de soja au monde, et gouverneur du Mato Grosso. En 1993 les quatre associés ont pris leur indépendance, achèté la fazenda Bom Futuro et en 1994 commencé à y planter du coton.

Ce choix sera une des raisons principales de leur succès, avec la pratique systématique d’une deuxième récolte annuelle (soja + coton ou soja + maïs), le semis direct dans les chaumes (sans labour) et la diversification (élevage, pisciculture, production de semences).

Question 2

  • Comment s’expliquent les choix de l’entreprise en matière de productions ?

Les dimensions

À sa fondation, le groupe cultivait 2 500 ha. Aujourd’hui il en cultive 420 000 (en deux récoltes, sur 250 000 cultivables), et le domaine compte en outre 160 000 de terres destinées à l’élevage et aux réserves forestières que la loi brésilienne leur fait obligation de conserver.

  • Soja : 230 000 ha
  • Maïs : 105 000 ha
  • Coton : 75 000 ha
  • Autres cultures : 10 000 ha
  • Total : 420 000 ha

Toutes ces terres n’appartiennent pas du groupe, la moitié sont louées à des propriétaires qui ont chacun 1 000 ou 2 000 ha. Le prix de la location est calculé en sacs de soja, l’unité de compte universelle dans la région, coté à 57,65 Reais le 21 février 2014 à Primavera do Leste – la référence locale – soit 17,74 Euros à la même date. En moyenne elle se monte à 9 sacs par ha et par an (160 Euros, mais variant de 5 sacs pour des terres sableuses sans infrastructure à 13 sacs pour des terres argileuses et dotées de bonnes infrastructures, comme des silos, l’électricité, etc.). À l’achat ces terres vaudraient de 80 à 100 sacs (1 400 à 1800 Euros) pour les pour les terres sableuses à 400-500 (7 000 à 9 000 Euros) pour des terres argileuses proches de la ville. Il y a 10 ans les prix moyens étaient respectivement de 50 et 200 sacs (900 et 3 500 Euros au cours actuel du soja et des monnaies), ils ont beaucoup monté avec les prix des commodities, les denrées cotées en bourse et demandées par le marché international, la Chine en tête.

Question 3

Comment le groupe a-t’il choisi de se développer ? Pourquoi n’est-il pas propriétaire de toutes les terres agricoles de l’exploitation ?

La production agricole

Le rendement en soja est en moyenne de 53 sacs par hectare, soit 3,2 t, mais cette année 2014 le groupe attend, si tout se passe bien, un rendement de 3,5 t/ha, avec de bon prix. Le maïs produit 6 t/ha en moyenne, mais comme il est planté en deuxième culture, il dépend beaucoup de la quantité de précipitations en fin de saison des pluies. C’est une loterie, mais qui peut donner de très bon résultats et de toute façon coûte peu, juste peu d’engrais puisqu’il utilise les mêmes terres, machines, silos et personnels que le soja qui le précède. Il est normalement prêt en 115 à 125 jours, mais souvent récolté à 140-150 jours puisqu’il clôt le cycle annuel et peut rester en terre sans dommage en période sèche.

À la fondation du groupe, le coton rapportait – selon le directeur technique – sept fois plus que le soja, mais cette différence tend à s’estomper, et ses cotations fluctuent beaucoup selon les années. Le marché est assuré puisque le Brésil consomme 800 000 t de fibres par an, et exporte le reste (mais pas tellement vers la Chine, un marché conquis par USA). En outre, comme le Brésil a réussi à conserver une partie de son industrie textile, les prix internes sont parfois meilleurs que ceux de l’exportation.

Question 4.

  • Quelles sont les difficultés auxquelles le groupe est-il confronté ?

Les problèmes, transports et énergie

Les deux problèmes principaux que doivent affronter les responsables du groupe sont ceux du transport de leurs produits vers les marchés consommateurs et la fourniture d’énergie. Le plus grave est sans conteste l’écoulement de leur récolte, en raison de la distance entre les zones de production et le principal port exportateur, Paranaguá, dans le Paraná. Ce port avait été choisi et équipé pour exporter le soja brésilien (et paraguayen) du temps où l’essentiel de la production se faisait dans le Sud, une décision alors logique mais qui est devenue de plus en plus absurde à mesure que les zones productrices se sont déplacées vers le nord.

Les distances à parcourir sont aujourd’hui démesurées, surtout si on les juge à l’aune européenne. Pour mieux apprécier les kilométrages que les camions de soja doivent parcourir, pour atteindre le port de Paranaguá depuis quelques-unes des villes de la région du soja, on les a rapprochées de distances similaires calculées depuis Paris (dans les deux cas en utilisant des logiciels de calcul de distances routières). Campos Novos dos Parecis est à 2 136 kilomètres du port d’embarquement, soit la distance Paris-Tirana (Albanie) ou Paris-Minsk (Biélorussie). Sorriso est à 2 196 kilomètres, soit Paris-Skopje (Macédoine), Sinop à 2 290 kilomètres, soit Paris-Bergen (Norvège), Alta Floresta à 2 603 kilomètres, soit Paris – Istanboul (Turquie).

C’est pourquoi des solutions alternatives commencent à se mettre en place. Des lignes de chemin de fer ont été construites ou réformées pour atteindre les zones de production, ou du moins s’en rapprocher : elles arrivent actuellement á Rondonópolis, dans le sud du Mato Grosso. Et un port céréalier a été construit par le groupe Maggi à Itacoatiara, sur l’Amazone (un peu en aval de Manaus), desservi par des barges fluviales descendant le rio Madeira au départ de Porto Velho (Rondônia). De là le soja part vers les marchés européens et asiatiques par navires de haute mer, d’une capacité volontairement limitée à 55 000 tonnes (navires dits Panamax) : quand ils descendent l’Amazone, puis font cap vers le nord, ils ne savent pas encore quelle sera leur destination finale, Europe ou Asie, et il faut donc qu’ils puissent, si l’ordre vient d’aller vers la Chine – le client principal – passer par le canal de Panama. Ces voies nouvelles offrent donc des alternatives, mais même pour atteindre le terminal de Porto Velho les distances restent grandes, et peuvent être à peu près équivalentes pour les producteurs du sud du Mato Grosso, dans le cas de Campos Verde 1 580 km contre 1 720 pour Paranaguá.

Synthèse :

À partir de cet exemple, montrer le potentiel agricole du Brésil ? Comment le Brésil participe-t-il de la mondialisation ?

Par Bruno Modica

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