Analyse critique et comparative de deux cartes
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Analyse critique et comparative de deux cartes

Organisation des territoires brésilien et étatsunien

Vincent Lahondère
mercredi 27 mai 2015

Il s’agit pour les élèves de terminale d’élaborer une critique constructive de deux représentations cartographiques figurant au programme.

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La carte initiale

Le constat : la carte est une représentation

Pour les élèves la carte est une source de référence, difficilement critiquable surtout lorsque celle-ci est issue d’un manuel ou du travail de leur professeur. Je me souviens de la remarque d’un de mes élèves qui avait intégré la classe de terminale S en cours d’année et qui avait utilisé un manuel de géographie différent du notre : « Monsieur, la carte sur les dynamiques territoriales aux USA est différente de celle de mon ancien manuel ». Ma réponse avait été : « la carte est la représentation personnelle d’un cartographe » et il m’avait répondu « mais alors qui a raison ? » A la suite de cette remarque pertinente, nous avons engagé une discussion très riche sur la carte comme représentation.
Quelques années plus tard, les nouveaux programmes de terminale introduisent la critique des cartes. Parmi les objectifs, « il faut développer une approche critique des représentations cartographiques . » Magnifique !

Pour aller plus loin : Fiche Eduscol - Des cartes pour comprendre le monde

Les objectifs pédagogiques et le déroulement de l’exercice

L’objectif pédagogique de cet exercice est de continuer à déconstruire chez mes élèves de terminale, une certitude ancrée depuis l ’école primaire selon laquelle la carte génère une vérité d’autant « plus vraie » qu’elle est le fruit d’un manuel ou du travail cartographique d’un professeur.

Cet exercice est une évaluation qui s’inscrit dans les cadres du thème 1, "Clés de lecture d’un monde complexe" et du thème 3, " Etats-Unis - Brésil : rôle mondial, dynamiques territoriales ».

Les questions posées

En répondant aux questions suivantes, vous ferez une analyse critique et comparative des deux croquis cartographiques proposées et de leur légende

1 – Quelles informations majeures apportent les deux croquis ?

2 – Ces informations importantes sont-elles enrichies par des renseignements complémentaires ou y a-t-il à votre avis, au contraire trop d’informations qui brouillent la compréhension générale ?

3 – Pour cartographier certaines informations, auriez-vous utilisé d’autres couleurs et d’autres figurés ? Expliquez.

4 – A travers ces deux croquis, montrez les similitudes et les différences entre le Brésil et les Etats-Unis en terme de maîtrise territoriale.

Il est notamment demandé aux élèves d’analyser puis de proposer des représentations cartographiques (choix sur les couleurs, les figurés et les informations cartographiées). Il s’agit d’un exercice de fin d’années effectué à la maison, le programme de géographie ayant été traité dans sa totalité. Pour effectuer ce travail, les élèves disposent de deux croquis cartographiques et de leur légende (documents 1 à 4) accompagnées de 4 questions (document 9).

L’activité se conclut par un débat en classe au cours duquel les différentes propositions sont confrontées. Il se dégage ainsi une version consensuelle du croquis que l’on réalise au fur et à mesure avec les élèves en utilisant le vidéo-projecteur et le logiciel Open-Draw (documents (5 à 8).

Pour aller plus loin – Tutoriel Open-Draw

Les critiques des élèves et les transformations

L’analyse détaillée des copies m’a permis de relever des remarques intéressantes que je vous livre ici.
La plupart des élèves trouvent que le croquis des USA est surchargé contrairement à celui du Brésil. « Les informations trop nombreuses brouillent la compréhension générale du croquis...Faire apparaître les twins cities n’est pas essentiel étant donné que l’on a déjà fait apparaître les espaces frontaliers dynamisés par l’ALENA (notamment les maquiladoras). Il faut faire des choix...de même on peut aussi supprimer les principaux centres de l’innovation technologique car ils se situent pour la plupart dans les zones motrices des USA et dans les centres d’impulsion de la mondialisation (les villes mondiales). » (Axel). Paul rajoute que « l’on observe un effet de surcharge dû à un amas de figurés différents sur les zones côtières : on en déduit qu’elles constituent des zones prioritaires dans les dynamiques territoriales des deux pays. » Btissem et Axel pensent qu’il faut éliminer l’item sur les autres métropoles importantes car « ce sont les seulement les villes mondiales et les principales métropoles décisionnelles » qui importent alors que Flora trouve que « les losanges qui indiquent les lieux de l’innovation technologique ne sont pas indispensables puisqu’un des espaces clés », le croissant périphérique intègre des lieux de hautes technologies. « On se doute alors que les pôles d’innovation vont s’y trouver . » De plus « des informations comme les axes fluviaux, les hubs (Jade, Lorine et Gabrielle) et les services exportés (Benoît) brouillent la compréhension générale du croquis sur les USA. » Quelques uns veulent changer des figurés ponctuels : « pour les pôles touristiques j’aurais mis un autre figuré comme par exemple une étoile pour ne pas confondre avec les lieux d’innovation technologique. » (Jade)

Quelques élèves s’intéressent au langage des couleurs : « On aurait pu utiliser le même figuré mais d’une couleur différente pour représenter les interfaces maritimes et terrestres aux USA . » (Flora) alors qu’Axel aurait préféré des hachures. De même la couleur des Grandes Plaines ne satisfait pas tout le monde : « la couleur des Grandes Plaines des USA est surprenante, j’aurais plutôt utilisé la couleur verte ». (Guillaume, Btissem,Axel). Certains vont plus loin dans la critique : « pour cartographier les interfaces terrestres, plutôt que de colorier la zone, il aurait peut-être fallu juste surligner en marron par exemple la frontière entre les pays. En effet, le principal problème est que le Nord-Est (des USA), tout le Main Street est colorié, ce qui rend moins lisible les figurés à l’intérieur de cette zone et alourdit la carte. » (Guillaume). Quant à Flora, elle indique que « les lieux touristiques ne sont pas du tout mentionnés alors que c’est un pays qui attire des millions de touristes chaque année. »
Quelques rares élèves pensent qu’il n’y a pas de critiques majeures à faire. Ainsi Maylis écrit : « Les territoires étudiés étant immenses, le géographe peut se permettre d’utiliser un grand nombre de figurés, ce qui permet d’enrichir les informations principales par des renseignements complémentaires. Le croquis du Brésil est très lisible et n’est surchargée nulle part. Cependant sur le croquis des Etats-Unis, la Californie et la Mégalopolis concentrent un grand nombre de figurés ponctuels ce qui diminue la lisibilité mais ne brouille quand même pas la compréhension générale... Je n’aurais donc pas utilisé de figurés différents. »

Au cours du débat nous avons effectué des changements (documents 5 à 8).

Pour le croquis du Brésil, les changements sont assez peu nombreux : deux figurés ponctuels ont disparu (le cœur industriel du Brésil et les ports), un nouveau apparaît (les pôles touristiques) ; on note des changements de couleurs concernant les figurés de surface et quelques figurés ponctuels (les réserves aquifères, les interfaces terrestres et maritimes majeures) ; en revanche la carte des Etats-Unis subit des transformations plus nombreuses : 4 figurés ponctuels (autres métropoles importantes, principaux ports, les twin-cities, principaux hubs aéroportuaires), un trait (limites de la Sun Belt), une flèche (services exportés) et un figuré de surface (interfaces terrestres) disparaissent ou sont remplacés.
Les croquis apparaissent plus homogènes, moins chargées et donc plus facilement lisibles permettant ainsi une compréhension plus rapide d’autant plus que nous sommes dans une logique comparative (similitudes et différences portant sur la maîtrise du territoire des deux territoires).

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La carte finale

Les limites de l’exercice

Cet exercice demande une familiarité avec l’univers des cartes : les élèves découvrent en classe terminale qu’un croquis est une représentation que l’on peut critiquer. Il est donc indispensable de les habituer dès le collège à élaborer des croquis (ateliers cartographiques, travaux de groupe, carte collaborative...) pour leur montrer progressivement que l’on peut engager une discussion sur un document cartographique.
Les élèves de terminale S avec lesquels j’ai entrepris ce travail sont des élèves capables d’engager la critique tout en respectant le travail d’autrui. Ainsi les documents cartographiques que je leur ai proposés sont des croquis que j’ai élaborés moi-même. Le risque aurait pu être d’engager une critique de l’enseignant à travers le croquis. Je n’ai remarqué aucun affect dans les copies ni dans la critique orale finale. La question est de savoir si l’on peut effectuer cet exercice avec n’importe quelle classe ? Il est bien entendu difficile de répondre mais il me semble que si très tôt dans leur apprentissage, les élèves ont pu comprendre qu’un croquis était une représentation personnelle, il est ensuite plus facile d’entreprendre ce travail. La critique est un long apprentissage...

Par Vincent Lahondère

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