Saint-Domingue-Haïti : la liberté ou la France ?
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Saint-Domingue-Haïti : la liberté ou la France ?

Dominique Chathuant
dimanche 1er février 1998

Toussaint Louverture, le véritable portrait
Leclerc, est moins heureux à Saint-Domingue, que Richepance en Guadeloupe. Il se heurte sur place à la volonté du général Toussaint Bréda [6] ou Louverture.

Né en 1743, instruit, cet ancien cocher a été affranchi en 1776. Il a possédé une habitation et quelques esclaves. Passé au service des Espagnols en 1793, au moment où ceux-ci offraient la liberté, il s’est retourné contre eux en mai 1794. Promu général français, il a combattu victorieusement Anglais et Espagnols avant d’évincer ses rivaux autochtones ou métropolitains. Au moment où Leclerc débarque, Louverture a consacré officiellement l’autonomie de Saint-Domingue dont il a, en 1801, conquis la partie orientale en vertu du traité de Bâle (1795). Pour la forme, il compte faire approuver sa constitution autonomiste par Bonaparte.

Tooussaint Louverture (portrait imaginaire)
Tooussaint Louverture (portrait imaginaire)

C’est au prix de très lourdes pertes que le corps expéditionnaire consulaire vient à bout de l’armée de Louverture. Applaudi par une foule en liesse, malgré sa reddition, le général est invité un mois plus tard à une « consultation « (7 juin 1802). Il est alors capturé [7], dépouillé de son uniforme, conduit en France et incarcéré sans jugement dans une froide cellule du fort de Joux (Jura), où il meurt en avril 1803. Leclerc l’a précédé, en mourant en novembre 1802 de la fièvre jaune.

La résistance continue sous la conduite de Dessalines, Christophe et Pétion [8]. Surpassant la férocité des anciens esclaves, les Français inventent des prisons flottantes, les étouffoirs, où l’on asphyxie les prisonniers en brûlant du souffre. Ailleurs, les hommes de Noailles et Lavalette livrent des prisonniers à des chiens dressés, etc. [9]

La répression est rarement très efficace contre ceux qui n’ont rien à perdre. Elle ne fait que renforcer la rage des anciens esclaves. Les généraux haïtiens enlèvent alors les dernières places fortes, contraignant Rochambeau à se livrer à un navire anglais. Des régiments français s’enfuient. Noailles et ses hommes se réfugient à Cuba et Dessalines, ancien nègre de houe [10], souvent marron, plusieurs fois marqué, proclame l’indépendance d’Haïti (1er janvier 1804) au nom des principes de la Révolution française.


  1. Qui doit rétablir l’esclavage à Saint-Domingue ?
  2. Qui s’oppose au rétablissement de l’esclavage à Saint-Domingue ?
  3. Quelles méthodes sont utilisées par les Français envoyés par Bonaparte à Saint-Domingue ?
  4. Quel est le sort de Louverture ?

Par Dominique Chathuant

[1Nom de son habitation d’origine. Outre le français et le créole, il parlait arada. La tradition veut qu’il fût le petit-fils d’un roi arada. Lamartine lui consacre une pièce, cf. aussi V. Schoelcher, Vie de Toussaint Louverture, Paris, 1889.

[2Maurepas, général noir qui avait tenu tête, avec 600 hommes à 4000 Français, subit une trahison comparable. Invité par Leclerc à bord d’un navire, il est noyé après avoir assisté à la mort de sa femme et de ses enfants. Le récit des atrocités de part et d’autre rappelle les jacqueries des Chroniques de Froissart, cf. Schoelcher, Colonies étrangères..., op. cit. p. 136, et C. James, The Black Jacobins, N.-Y., 1938, 1989, p. 360, qui citent Christophe, Manifeste, Port-Au-Prince, 1814 en le comparant avec l’officier français : Pamphile de Lacroix, Mémoires pour servir à l’histoire de la révolution de Saint- Domingue, Paris 1819 ; Christophe écrit qu’après avoir lié Maurepas au grand mat, on lui cloua ses épaulettes, on cousit son chapeau sur son crâne en répétant sarcastiquement « général noir », il assista à la noyade de sa famille avant d’être noyé lui même.

[3Dessalines précède Christophe, cf. A. Césaire, La Tragédie du Roi Christophe, Paris, 1963.

[4V. Schoelcher, op. cit.

[5Coupeur de canne, dont le sort était plus dur que celui des nègres domestiques comme les cochers ou les cuisinières.

[6Nom de son habitation d’origine. Outre le français et le créole, il parlait arada. La tradition veut qu’il fût le petit-fils d’un roi arada. Lamartine lui consacre une pièce, cf. aussi V. Schoelcher, Vie de Toussaint Louverture, Paris, 1889.

[7Maurepas, général noir qui avait tenu tête, avec 600 hommes à 4000 Français, subit une trahison comparable. Invité par Leclerc à bord d’un navire, il est noyé après avoir assisté à la mort de sa femme et de ses enfants. Le récit des atrocités de part et d’autre rappelle les jacqueries des Chroniques de Froissart, cf. Schoelcher, Colonies étrangères..., op. cit. p. 136, et C. James, The Black Jacobins, N.-Y., 1938, 1989, p. 360, qui citent Christophe, Manifeste, Port-Au-Prince, 1814 en le comparant avec l’officier français : Pamphile de Lacroix, Mémoires pour servir à l’histoire de la révolution de Saint- Domingue, Paris 1819 ; Christophe écrit qu’après avoir lié Maurepas au grand mat, on lui cloua ses épaulettes, on cousit son chapeau sur son crâne en répétant sarcastiquement « général noir », il assista à la noyade de sa famille avant d’être noyé lui même.

[8Dessalines précède Christophe, cf. A. Césaire, La Tragédie du Roi Christophe, Paris, 1963.

[9V. Schoelcher, op. cit.

[10Coupeur de canne, dont le sort était plus dur que celui des nègres domestiques comme les cochers ou les cuisinières.

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