Louis de Jaucourt : article « Traite des Nègres » dans l’Encyclopédie (1766)
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Louis de Jaucourt : article « Traite des Nègres » dans l’Encyclopédie (1766)

Dominique Chathuant
dimanche 1er février 1998

« Traite des nègres »

Que les colonies européennes soient donc plutôt détruites,que de faire tant de malheureux [3] !

Traite : C’est l’achat des nègres que font les Européens sur les côtes d’Afrique, pour employer ces malheureux dans leurs colonies en qualité d’esclaves. Cet achat [...], est un négoce qui viole la religion, la morale, les lois naturelles, et tous les droits de la nature humaine [...]

Si un commerce de ce genre peut être justifié par un principe de morale, il n’y a point de crime, quelque atroce qu’il soit, qu’on ne puisse légitimer. Les rois, les princes, les magistrats ne sont point les propriétaires de leurs sujets, ils ne sont donc pas en droit de disposer de leur liberté et de les vendre pour esclaves.

D’un autre côté, aucun homme n’a droit de les acheter ou de s’en rendre le maître ; les hommes et leur liberté ne sont point un objet de commerce ; ils ne peuvent être ni vendus, ni achetés, ni payés à aucun prix. [...] Un homme dont l’esclave prend la fuite, ne doit s’en prendre qu’à lui-même, puisqu’il avait acquis à prix d’argent une marchandise illicite et dont l’acquisition lui était interdite par toutes les lois de l’humanité [...]. Il n’y a donc pas un seul de ces infortunés [...] esclaves, qui n’ait droit d’être déclaré libre, [...] ; par conséquent la vente qui en a été faite est nulle en elle-même ; [...] C’est donc une inhumanité manifeste de la part des juges des pays libres où il est transporté, de ne pas l’affranchir à l’instant [...] puisque c’est leur semblable, ayant une âme comme eux. On dira peut-être qu’elles seraient bientôt ruinées, ces colonies, si l’on y abolissait l’esclavage des nègres. [...] Il est vrai que les bourses des voleurs des grands chemins seraient vides si le vol était absolument supprimé : mais les hommes ont-ils le droit de s’enrichir par des voies cruelles et criminelles ? Quel droit a un brigand de dévaliser les passants ? [...] Que les colonies européennes soient donc plutôt détruites, que de faire tant de malheureux ! Mais je crois qu’il est faux que la suppression de l’esclavage entraînerait leur ruine [...] C’est la liberté, c’est l’industrie [4].

Louis de Jaucourt, « Traite », L’Encyclopédie, 1766.


  1. Qu’est-ce que la traite ? L’auteur y est-il favorable ?
  1. L’auteur pense-t-il qu’un esclave a le droit d’être libre ?
  1. Selon l’auteur, la facture de vente d’un esclave donne-t-elle au maître le droit de garder ce qu’il a payé ?
  1. L’auteur croit-il que l’abolition de l’esclavage appauvrirait les colonies ?
  1. Expliquez la comparaison avec les voleurs de grands chemins. L’auteur pense-t-il vraiment qu’on peut justifier des crimes et des délits ?

Par Dominique Chathuant

[1L’expression est partiellement reprise par Robespierre au début de la Révolution : « Périssent les colonies plutôt qu’un principe ».

[2L’Industrie signifie à l’époque, l’activité économique, le travail qui sont les sources réelles de l’abondance.

[3L’expression est partiellement reprise par Robespierre au début de la Révolution : « Périssent les colonies plutôt qu’un principe ».

[4L’Industrie signifie à l’époque, l’activité économique, le travail qui sont les sources réelles de l’abondance.

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