Documento   Último parte de la guerra civil española

En el día de hoy, cautivo y desarmado el Ejército rojo, han alcanzado las tropas Nacionales sus últimos objetivos militares. LA GUERRA HA TERMINADO”.

Burgos, 1º de Abril de 1939. Año de la Victoria. EL GENERALÍSIMO: Franco

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Commentaire

La guerre d’Espagne se termine officiellement le 1er avril 1939 par l’émission de ce dernier bulletin de guerre écrit et signé par le généralissime Franco. Un bref communiqué de deux phrases aura donc suffi pour annoncer la fin d’une guerre totale et fratricide de 1000 jours!

La victoire du camp national se profilait depuis 1938, depuis l’échec républicain lors de la bataille de l’Ebre. L’effondrement du camp républicain s’accéléra avec l’offensive sur la Catalogne et l’entrée des troupes franquistes dans Barcelone le 26 janvier 1939. Franco attendit la reddition de Madrid le 28 mars et l’entrée des troupes franquistes dans la capitale pour proclamer que “la guerre est terminée”.

Par sa concision, son caractère factuel et l’importance de l’événement annoncé, ce document historique mérite un commentaire.

Ce bulletin fut émis depuis Burgos qui était le siège de l’état -major de l’armée nationale. Le général Franco ayant été désigné chef de gouvernement de l’Etat espagnol le 1er octobre 1936, Burgos était donc aussi la capitale provisoire de l’état national.

Pour un peuple engagé dans un conflit, la fin de la guerre revêt toujours deux dimensions : la victoire ou la défaite puis le retour à la paix. Dans le cas d’une guerre civile, le retour à paix s’avère particulièrement complexe, puisque les vainqueurs doivent coexister avec les vaincus, afin que la nation dans laquelle la guerre a été engagée puisse continuer à exister. Au vainqueur revient la lourde tâche de définir le fragile équilibre entre exaltation de la Victoire et réconciliation nationale.

Mais ici, c’est le Généralissime, le chef de guerre qui s’exprime, pas le chef du nouvel Etat espagnol. L’ennemi, qui représente en gros la moitié du peuple espagnol, est réduit à “l’armée rouge”. “Elle a été capturée et désarmée”. Sa défaite est donc totale. “Les troupes nationales ont atteint leurs derniers objectifs militaires”, avec la chute de Madrid. Franco, en tant que caudillo, a donc atteint le but qu’il s’était fixé: mener une guerre d’usure ( “guerra de desgaste”) en refusant toute conciliation avec l’ennemi afin de réduire à néant l’Anti-espagne.

Ce texte préfigure donc ce que sera l’Espagne franquiste :

  • une société fondée sur la dichotomie vainqueurs/ vaincus.
  • une dictature personnelle dominée jusqu’à sa mort par un général victorieux, convaincu d’avoir été l’instrument de la Providence, d’avoir sauvé l’Espagne et auquel le pouvoir revenait de droit, Franco n’ayant de comptes à rendre que “devant Dieu et l’Histoire”.
  • Un régime incapable d’entamer une quelconque politique de réconciliation entre les espagnols. Car celle-ci aurait inévitablement conduit à questionner le rôle joué par le généralissime, contraint à réviser une histoire écrite par les vainqueurs et, finalement, à remettre en cause la légitimité du pouvoir franquiste.

Mais la guerre civile s’est-elle vraiment terminée le 1er avril 1939 comme le prétend Franco?
Sur le plan militaire, la victoire est incontestable. Cependant, commença en 39 une sorte de “guerre civile froide”. (L’état de guerre fut maintenu jusqu’en 1948…) Les opérations militaires furent remplacées par un système répressif impitoyable – du moins les premières années- pour les vaincus: dizaines de milliers d’espagnols fusillés à l’issue de caricatures de procès; centaines de milliers de détenus dans les camps de concentration, les camps de travail ou les prisons surpeuplées; expropriations des biens des vaincus; épuration de l’administration etc… Enfin, se maintinrent jusqu’au début des années 50 des poches résiduelles de résistance républicaine, “los maquis”.

Vainqueur de la guerre civile, Franco imposa donc au peuple espagnol “sa” paix fondée sur un État policier et répressif.