La représentation des colonies ou peut-on représenter des mulets aux États-Généraux du royaume de France ? (1789-1791)
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La représentation des colonies ou peut-on représenter des mulets aux États-Généraux du royaume de France ? (1789-1791)

Dominique Chathuant
dimanche 1er février 1998

Barnave

Le lobby esclavagiste se réunit à l’hôtel Massiac. Le Martiniquais Moreau de Saint-Mery y est le membre le plus influent. Gouy d’Arcy ou Barnave sont familiers du lieu. Reconnaissant la barbarie du système, Barnave estime qu’un changement « ferait peu pour la philosophie et [...] infiniment trop contre la paix et la tranquillité » [4].

Louis XVI, roi de France (1774-1789), roi des Français (monarque constitutionnel - 1789-1792)

S’il n’œuvre pas pour l’abolition, Louis XVI ne favorise pas le club Massiac. Brissot rapporte dans ses mémoires la réponse royale à Gouy d’Arsy venu solliciter l’interdiction des séances de la Société des Amis des Noirs : « Ces pauvres noirs ont-ils donc des amis en France ? Tant mieux, je ne veux pas interrompre leurs travaux [5] ».

Espérant imposer l’idée d’une représentation coloniale à Versailles, le club Massiac y introduit une délégation qui s’immisce illégalement dans la représentation du Tiers. La présence de ces hommes au Serment du Jeu de Paume rend leur éviction difficile.

Mirabeau

Bizarrement, c’est en se fondant sur le poids démographique de Saint-Domingue, esclaves compris, que la délégation prétend obtenir vingt sièges. Peut-on prétendre représenter ceux que l’on considére comme biens meubles ? Mirabeau objecte que si les noirs sont des bêtes de somme, on ne proportionne pas le nombre de députés à la quantité de chevaux ou de mulets [6].

La représentation de Saint-Domingue est finalement ramenée à six. Reste que la question du statut des hommes a été posée, ouvrant une brêche dans l’édifice esclavagiste.
Deux questions se posent aux assemblées. D’une part, celle de la citoyenneté des libres de couleur. D’autre part, celle de l’abolition. En août 1789, la Constituante abolit les privilèges et proclame les Droits de l’Homme et du Citoyen.

Voté dans l’enthousiasme par des parlementaires débutants, le texte du 26 août semble abolir ipso facto l’esclavage et la discrimination. A la vérité, les députés ont, pour la plupart, oublié les colonies. La Déclaration, en donnant une base juridique aux revendications des Amis des Noirs, va obliger les assemblées successives à légiférer et, partant, à donner un caractère concret aux idées des Lumières. La première assemblée concernée est la Constituante. Ayant proclamé les Droits de l’Homme, cette assemblée va paradoxalement donner un cadre juridique à l’oppression d’une catégorie d’hommes par une autre.

Par Dominique Chathuant

[1Barnave, Discours, 1791, Lucien Abénon, Jacques Cauna, Liliane Chauleau, Antilles 1789, La Révolution aux Caraïbes, Nathan, 1989, p. 111. Il s’agit de l’ouvrage principalement utilisé pour ce résumé.

[2Ibid., p. 106.

[3Ibid., p. 96.

[4Barnave, Discours, 1791, Lucien Abénon, Jacques Cauna, Liliane Chauleau, Antilles 1789, La Révolution aux Caraïbes, Nathan, 1989, p. 111. Il s’agit de l’ouvrage principalement utilisé pour ce résumé.

[5Ibid., p. 106.

[6Ibid., p. 96.

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