La Chine à l’école soviétique
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Étude critique de documents

La Chine à l’école soviétique

Bruno Modica
samedi 5 mars 2016

La mue de la Chine (1956)

« (...) J’avais quitté, fin 1949, une Chine où l’homme nouveau qui portait la marque communiste ou qui était en train de l’acquérir, vêtement, langage, style général et façon d’être était un être à part, littéralement noyé dans un océan, l’océan indifférent et immuable des Chinois de toujours. […] Aujourd’hui, d’un coup d’œil, il apparaît clairement que l’incroyable mutation s’est faite. Le style de l’isolé d’hier est devenu celui de l’océan des Chinois de maintenant. Et l’homme qui fait exception, c’est celui qui formait la multitude d’hier, le Chinois de toujours, qui n’est plus qu’un Chinois du passé. (...)
Simple rhabillage, sous lequel rien n’est changé ? Tout dément avec évidence cette hypothèse. Pour un “ancien de la Chine”, la Chine vue de ce train est marquée de changements à peine croyables. Je sais bien que le régime ne connaît pas de limites dans son souci d’organisation et de propagande, mais tout de même, il n’a pas truqué le décor sur 2 000 kilomètres à droite et à gauche du chemin de fer ? Une gare, des gares, toutes les gares, d’une propreté impeccable... (...)
Où sont les spectacles d’autrefois, les gares inondées d’une foule crasseuse, les haillons, les mendiants prostrés, les marmots quêteurs et voleurs, les bureaux sales, l’odeur de ce que je pense, et les mouches ? Ma première mouche, en vérité, je l’ai rencontrée au bout de plus de 1 000 kilomètres. (...)
Deux choses sont nouvelles. On voit partout, d’abord, les images qui montrent le développement du travail collectif et la présence de l’État : équipes organisées et encadrées, rassemblements de villageois, rendez-vous de paysans avec les collecteurs, leur apportant le grain ou le coton. Et la campagne, en second lieu, est habillée comme elle ne l’était pas autrefois. Je ne vois plus le long du train tout au moins, et cela du sud au nord de la Chine, l’extraordinaire vêtement du paysan chinois, habit d’arlequin de la misère, fait de cent pièces de haillons cousues ensemble. Et dans les villes, je n’ai à peu près jamais revu ce spectacle autrefois si courant : les hardes déchirées qui s’ouvrent sur de grands trous de peau nue. Le mendiant, le misérable, l’épave humaine, le vieillard déchu et abandonné, l’enfant vagabond, l’infirme vivant d’aumônes, toute cette ancienne cour des miracles a disparu. (...)
Hélas ! si j’aperçois du train, ici et là, des cités ouvrières plus nombreuses et plus vastes que je n’avais attendu, voici aussi l’océan des taudis anciens, quand le train traverse les villes. (...) Une [autre] chose me choque parce qu’elle est nouvelle et contraire à tout ce que j’attendais des Chinois : c’est l’effrayante uniformité de la multitude chinoise rhabillée en bleu.
J’y reviens parce que je soupçonne qu’il existe une articulation secrète entre cette pauvreté et cette uniformité. Ce n’est pas seulement parce que le régime communiste, après tout, en distribuant à six cents millions d’exemplaires ce bleu de chauffe, a apporté une réponse et un remède à la pauvreté. Mais c’est encore parce que pour qu’il ait pu imposer ce terrifiant manque d’originalité il a fallu qu’il ait affaire à une multitude non dégrossie, qui émerge encore à peine de la condition la plus arriérée. Et c’est surtout, voilà ce qui m’épouvante, parce que cette « soldatisation » de tout un peuple est bien faite pour retenir, ou rabaisser, les Chinois dans des privations et des sacrifices d’un autre ordre, la pauvreté ou l’appauvrissement des idées, de la personnalité, de l’esprit. Lutter contre la pauvreté des corps mais imposer en même temps la pauvreté des cerveaux, serait-ce un des mécanismes profonds du nouveau régime chinois ? »

Article de Robert GUILLAIN dans un numéro du Monde de 1956.

À l’aide des documents proposés

  • Montrer comment la Chine s’est développée entre 1946 et 1956.
  • Quel est le modèle de développement suivi ?
  • Quelles en sont les limites ?

Par Bruno Modica

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