L’abolition : un problème budgétaire pour la Monarchie de Juillet (1830-1848)
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L’abolition : un problème budgétaire pour la Monarchie de Juillet (1830-1848)

Dominique Chathuant
dimanche 1er février 1998

Louis-Philippe, Roi des Français (1830-1848)

Au cours du XIXe siècle, les arguments économiques des esclavagistes perdent de leur force. La traite est abolie en 1807 par le Parlement anglais et en 1815 par le Congrès de Vienne. Dans les années qui suivent les premiers progrès de la productivité betteravière contribuent à affaiblir le point de vue des planteurs. Enfin, en abolissant l’esclavage en 1833, l’Angleterre fait de ses îles à sucre des terres potentielles de refuge pour les marrons des îles françaises [4]. Les esclaves représentent alors un danger virtuel en cas de conflit franco- anglais.« Quelle que soit l’incontestable supériorité morale des blancs [...], il est sage de se dépêcher. Les 800.000 citoyens que les Anglais viennent de faire dans leurs colonies, poussent des cris de joie dont le retentissement arrive jusqu’aux cases à nègres et augmente le péril[...] »V. Schoelcher, lettre à Maurel Dupeyre, 30 décembre 1842, in » Coup d’œil sur la question d’affranchissement », in Colonies étrangères et Haïti, Paris, 1843, Désormaux, Pointe-à-Pitre, 1973, p. 473. Il s’agit de la supériorité de l’instruction et de la vie familiale sur la misère morale et intellectuelle. En 1832, le système anglais est censitaire. Il s’agit donc de citoyens passifs (jusqu’en 1944 dans les Antilles anglaises)... ».

Dans la décennie qui précède 1848, les débats n’achoppent pas tant sur la question de l’abolition que sur celle du montant de l’indemnité compensatrice aux « propriétaires ». C’est son coût budgétaire qui fait hésiter les Chambres [5].

Soucieuse de ne pas précipiter les choses, la Monarchie de Juillet a préparé le terrain, notamment avec l’interdiction des mutilations (1833), l’état civil servile (1839) et les lois Mackau (1845) réglementant le travail des esclaves. C’est sous ce régime que Victor Schoelcher se fait connaître. Député de l’extrême-gauche (implicitement républicaine), il a publié deux premiers plaidoyers contre l’esclavageDe l’esclavage des Noirs et de la législation coloniale, Paris, 1833 ; Abolition immédiate de l’esclavage, examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des Sang- Mêlé, Paris, 1840. et en écrit d’autres plus savants et plus concrets [6] après avoir visité les colonies.

Victor Schoelcher


  1. Pourquoi l’abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques (1833) pose-t-elle un problème à l’esclavage dans les colonies françaises ?
  2. Quelle nouvelle culture concurrence le sucre de canne sur le marché européen ?
  3. Pourquoi les chambres du parlement français hésitent-elles à abolir l’esclavage ?

Par Dominique Chathuant

[1Josette Faloppe, Esclaves et citoyens : les Noirs à la Guadeloupe au XIXe siècle dans les processus de résistance et d’intégration (1802-1910), Société d’Histoire de la Guadeloupe, Basse-Terre, 1992, p. 341.

[2V. Schoelcher, Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage, Paris, 1842, cité par Alain Buffon, » L’indemnisation des planteurs après l’abolition de l’esclavage », Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe, n°67-68, 1986, pp. 53-73. Outre la question de sa justification morale, l’indemnité est impliquée dans le passage au salariat.

[3 Des Colonies françaises, op. cit. ; Colonies étrangères..., op. cit. ; Histoire de l’esclavage pendant les deux dernières années, Paris, 1847 ; cf. Nelly Schmidt, Victor Schoelcher, Fayard, 1994, pp. 339-343 ; L’engrenage de la liberté, Presses d’Aix-Marseille I, 1995

[4Josette Faloppe, Esclaves et citoyens : les Noirs à la Guadeloupe au XIXe siècle dans les processus de résistance et d’intégration (1802-1910), Société d’Histoire de la Guadeloupe, Basse-Terre, 1992, p. 341.

[5V. Schoelcher, Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage, Paris, 1842, cité par Alain Buffon, » L’indemnisation des planteurs après l’abolition de l’esclavage », Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe, n°67-68, 1986, pp. 53-73. Outre la question de sa justification morale, l’indemnité est impliquée dans le passage au salariat.

[6 Des Colonies françaises, op. cit. ; Colonies étrangères..., op. cit. ; Histoire de l’esclavage pendant les deux dernières années, Paris, 1847 ; cf. Nelly Schmidt, Victor Schoelcher, Fayard, 1994, pp. 339-343 ; L’engrenage de la liberté, Presses d’Aix-Marseille I, 1995

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