Février 1794 / 16 pluviôse an II : la République proclame la liberté universelle
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Février 1794 / 16 pluviôse an II : la République proclame la liberté universelle

Dominique Chathuant
dimanche 1er février 1998

La République montagnarde peut revendiquer à juste titre l’abolition de l’esclavage mais elle doit beaucoup à l’oeuvre des Amis des Noirs, dont beaucoup sont des Girondins.

Robespierre

On cite souvent Robespierre en lui attribuant une vertueuse phrase de 1791 : Périssent les colonies plutôt qu’un seul de nos principes ! Dans le contexte de 1791, la parole lui est facile. Plus révélatrice est cette lettre datée de novembre 1793 où, achevant d’enterrer ses défunts adversaires, il assimile l’abolitionnisme brissotin à une menée séditieuse. Brissot aurait voulu armer tous les nègres pour détruire nos colonies [5]. Mensonge patriotique ou culpabilité refoulée ? La vertu n’est pas chose aisée. La marche à l’abolition s’accélère à la suite du décret du 28 mars 1792 puis après l’avènement de la République. Des bataillons se portent volontaires pour aller planter l’étendard de la liberté à Saint-Domingue [6].

Dans les îles, des rumeurs de libération parcourent les ateliers, expliquant ainsi les révoltes successives tant à Saint-Domingue qu’aux Iles du Vent. Profitant de l’agitation, dans la partie française de Saint-Domingue, l’Espagne apporte son soutien aux esclaves révoltés. Les discours de l’assemblée n’ayant abouti à rien, c’est cette révolte qui précipite les événements. Arrivé le 19 septembre 1792 à Saint-Domingue, Sonthonax, commissaire civil et Ami des Noirs, apprend quelques mois plus tard l’avènement de la République. Il demande alors qu’on statue sur le sort des noirs de Saint-Domingue (février 1793). Aucune décision n’est prise mais un décret de mars 1793 autorise les gouverneurs civils à user provisoirement de mesures exceptionnelles afin de maintenir la paix. Craignant que Sonthonax l’invoque pour libérer les esclaves, les colons présents à Paris réussissent à empêcher l’expédition de ce décret vers Saint-Domingue. Le 4 juin 1793, arrive à la Convention une délégation des Américains libres, porteuse d’une pétition opposée à l’esclavage. Revenant à la charge, l’abbé Grégoire demande l’abolition. Il échoue de nouveau mais réussit à faire supprimer les primes à la traite (27 juillet 1793). Alors qu’on peut craindre de nouveaux atermoiements, Sonthonax place la Convention devant le fait accompli. Prétendant avoir reçu par voie de presse, le décret de mars 1793, le commissaire de la République décide, le 29 août 1793, de la liberté générale. Il organise alors l’élection de députés qu’il envoie à Paris : Jean-Baptiste Belley, un noir, Louis-Pierre Dufay, un blanc, et Jean-Baptiste Mills, un mulâtre.

Les trois hommes arrivent à la Convention le 3 février 1794 (15 pluviôse an II). Leur parcours a été semé d’embûches. Ils ont été arrêtés à deux reprises à Lorient puis à Paris [7]. Fustigeant l’aristocratie cutanée, le Président, leur donne l’accolade fraternelle.

Jean-Baptiste Belley

Aprés le discours de Belley, la Convention peut-elle encore retarder l’abolition ? Lacroix demande que l’assemblée ne se déshonore pas par une discussion. Rédigé par Lacroix et voté par acclamation, le texte définitif d’abolition de l’esclavage est décrété le 16 pluviôse an II.

Danton

Danton est au mieux de sa forme :« Jusqu’ici, nous n’avions décrété la liberté qu’en égoïstes, pour nous seuls ; mais aujourd’hui (...) nous proclamons la liberté universelle [...] » [8]. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 est complétée en conséquence.

  • Art. 18 - Tout homme peut engager ses services, son temps ; mais il ne peut se vendre, ni être vendu ; sa personne n’est pas une propriété aliénable. La loi ne reconnaît point de domesticité ; il ne peut exister qu’un engagement de soins et de reconnaissance, entre l’homme qui travaille et celui qui l’emploie.

Reste qu’il a fallu une politique du fait accompli, ajoutée à l’effet sensationnel produit par Belley, pour faire admettre l’application d’un droit reconnu depuis le 26 août 1789.


  1. Quelle phrase donne l’image d’un Robespierre profondément abolitionniste ?
  2. Quelle phrase montre que Robespierre utilise la question de l’abolition au gré des circonstances politiques ?
  3. Quelle puissance profite de l’agitation dans les colonies françaises ?
  4. Quelle loi autorise Sonthonax à prendre des mesures exceptionnelles à Saint-Domingue sans attendre les ordres de Paris ?
  5. Quelle situation exceptionnelle permet à Sonthonax d’abolir localement l’esclavage contre l’avis des planteurs ?

Par Dominique Chathuant

[1Ibid.

[2B. Foubert, op. cit.

[3Ils mentionnent dans leur rapport un nommé Victor Hugues. Marseillais, capitaine corsaire pendant la guerre d’Amérique, fixé à Port-au-Prince, boulanger, négociant, imprimeur, enrichi puis ruiné. Membre de la loge « Choix des hommes », ami de Fouché. Accusateur public à Rochefort en janvier 1794. Ce personnage a inspir&eacute également le roman d’Alejo Carpentier, El siglo de las Luces, Mexico, 1962 ; Le siècle des Lumières, Folio, Paris,1962.

[4René Achéen et Léo Elizabeth, « Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises », Jack Corzani (dir.), Dictionnaire encyclopédique des Antilles et de la Guyane, vol. 1, Fort-de-France, Désormeaux, 1993, p. 16-39.

[5Ibid.

[6B. Foubert, op. cit.

[7Ils mentionnent dans leur rapport un nommé Victor Hugues. Marseillais, capitaine corsaire pendant la guerre d’Amérique, fixé à Port-au-Prince, boulanger, négociant, imprimeur, enrichi puis ruiné. Membre de la loge « Choix des hommes », ami de Fouché. Accusateur public à Rochefort en janvier 1794. Ce personnage a inspir&eacute également le roman d’Alejo Carpentier, El siglo de las Luces, Mexico, 1962 ; Le siècle des Lumières, Folio, Paris,1962.

[8René Achéen et Léo Elizabeth, « Abolition de l’esclavage dans les colonies françaises », Jack Corzani (dir.), Dictionnaire encyclopédique des Antilles et de la Guyane, vol. 1, Fort-de-France, Désormeaux, 1993, p. 16-39.

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